L’annonce a été faite à la fois par un mail adressé aux clients d’Infomaniak, mais aussi par voie de communiqué de presse. Boris Siegenthaler, le fondateur de l’entreprise informatique suisse, a transféré la majorité des droits de vote de son entreprise à une fondation d’utilité publique (la Fondation Infomaniak), afin de sanctuariser son indépendance.
Jusqu’ici, le plan de Boris Siegenthaler était de transmettre l’entreprise à ses équipes de manière progressive. D’ailleurs, trente-six individus se partageaient déjà 25 % du capital. Sauf que ce chemin comportait deux grandes difficultés : quid en cas de départ simultané de plusieurs salariés actionnaires ou de disparition du fondateur ?

Échapper aux rachats et au piège de la succession
Dans le premier cas, Infomaniak serait confrontée à la nécessité de racheter leurs actions, avec un coût financier qui pouvait devenir intenable, constate le billet de blog qui accompagne la nouvelle. Dans l’autre, les héritiers du fondateur risqueraient de se faire approcher par des investisseurs étrangers, avec le risque de perdre la main.
« Avec la majorité des droits de vote, on contrôle une société. On peut tout changer. Tout défaire », résume Infomaniak. D’où l’idée de tout basculer dans une fondation, via des actions spéciales non cessibles pour régler ces angles morts. La fondation récupère ainsi la majorité des droits de vote, procédure par ailleurs validée « à l’unanimité par tous les actionnaires ».
Ainsi, l’entreprise devient légalement impossible à racheter ou à détourner de sa mission. « La Fondation a un pouvoir de blocage permanent qui ne pourra jamais être cédé », est-il souligné. Par ailleurs, un cloisonnement opérationnel existe, de manière à laisser à l’équipe dirigeante le soin de piloter Infomaniak, sans interférence de la fondation.

IA, environnement et vie privée : des promesses gravées devant notaire
Si la direction opérationnelle reste inchangée (menée par Marc Oehler, directeur exécutif, Céline Morey, directrice financière et Boris Siegenthaler, directeur de la stratégie), la fondation devient la gardienne d’un document particulier : la Charte des participations. Avec des statuts signés devant notaire, elle fixe 9 principes fondamentaux vis-à-vis desquels il sera interdit de s’écarter. Par exemple :
- Vie privée et IA : la charte interdit strictement d’utiliser les e-mails ou les données des clients pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle sans leur consentement explicite et révocable.
- Attention écologique : Infomaniak s’engage à conserver ses serveurs jusqu’à 15 ans (le triple de la moyenne de l’industrie) et à réutiliser 100 % de l’électricité de son dernier data center pour chauffer 6 000 ménages.
- Ancrage local : 100 % des équipes restent basées en Suisse et aucune délocalisation économique n’est autorisée, mettant de fait les données des clients hors de portée des lois extraterritoriales comme le Cloud Act américain.
Pour prouver sa bonne foi, l’entreprise publiera chaque année un rapport d’impact public. La fondation sera quant à elle soutenue par une part allant jusqu’à 5 % du bénéfice annuel d’Infomaniak, si la santé du groupe le permet. Cette somme sera dédiée au soutien de projets d’intérêt général (numérique éthique, souveraineté numérique, transition énergétique…).
Grandir à l’échelle européenne sans vendre son âme
Ce verrouillage juridique intervient alors que l’entreprise, qui affiche une santé financière solide (56 millions de francs suisses de chiffre d’affaires en 2025, et +50 % en trois ans), entend changer d’échelle. Infomaniak prévoit en effet d’ouvrir son capital à des investisseurs externes afin de financer le développement d’un cloud souverain à l’échelle européenne.
Et c’est là que l’intérêt de la fondation prend tout son sens. Là où une ouverture de capital classique peut rimer avec une perte de contrôle et compromis sur les principes, la fondation aura une majorité de blocage permanente. Et cela, sans empêcher le groupe de rivaliser avec les géants du cloud. C’est en tout cas le plan prévu sur le papier.
Cette stratégie, rappelle Infomaniak, est déjà adoptée par des groupes de premier plan, comme Bosch, Carl Zeiss, Bertelsmann, Rolex ou Victorinox. Et Infomaniak estime qu’à sa connaissance, c’est une première pour un acteur du cloud européen.
Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci
Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.
Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :
- 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
- 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
- 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.
Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.
Toute l'actu tech en un clin d'œil
Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !
Pour ne rien manquer de l’actualité, suivez Numerama sur Google !












