Amazon envisagerait de racheter Globalstar, un opérateur de satellites en orbite basse (1414 km), selon le Financial Times. Devenu un maillon stratégique de l’iPhone grâce au SOS d’urgence, le groupe est détenu à 20 % par Apple. En toile de fond : la tentative d’Amazon de rattraper Starlink dans la course aux constellations.

Le marché des satellites pourrait bientôt basculer — et Apple se retrouver au cœur de la manœuvre. Amazon envisagerait de racheter Globalstar, un opérateur télécoms en orbite basse encore discret, selon un article du Financial Times publié le 2 avril 2026. Derrière cette opération se joue bien plus qu’un simple rachat : le contrôle d’une infrastructure devenue critique pour des millions d’iPhone.

Relativement méconnu du grand public, Globalstar est pourtant détenu à environ 20 % par Apple, qui a investi près de 1,5 milliard de dollars pour sécuriser des capacités satellites essentielles, notamment pour le SOS d’urgence. L’entreprise est valorisée autour de 9 milliards de dollars en bourse et son action a bondi d’environ 15 % à plus de 20 % en séance prolongée le 1er avril, après les premières rumeurs. Sur l’année écoulée, son titre a bondi d’environ 230 %.

Bien qu’encore au stade de discussions, cette acquisition permettrait à Amazon de renforcer sa constellation, baptisée Amazon Leo, dans un contexte où SpaceX conserve une avance massive avec Starlink.

L'action Starlink au 2 avril 2026.  // Source : Capture d'écran Numerama
L’action Starlink au 2 avril 2026. // Source : Capture d’écran Numerama

Un petit opérateur devenu stratégique : qui est Globalstar ?

Globalstar exploite des satellites en orbite basse, historiquement dédiés à des usages de niche comme la télémétrie, les balises ou les communications dans les zones blanches (mais à 1 414 km d’altitude, quand Starlink est à 550 km). Pendant longtemps, l’entreprise est restée en marge du secteur, avec une flotte limitée et un modèle économique fragile. Mais tout a changé lorsqu’Apple décide de s’appuyer sur son réseau.

Depuis l’iPhone 14, les smartphones de la marque peuvent envoyer des messages d’urgence sans réseau cellulaire, en se connectant directement aux satellites de Globalstar. Pour rendre ce service possible, Apple a réservé l’essentiel de la capacité du réseau, environ 80 à 85 %, et finance en grande partie la nouvelle génération de satellites ainsi que les infrastructures au sol. Globalstar est ainsi passé du statut d’acteur discret à celui de fournisseur critique d’une fonction vitrine de l’iPhone.

Pour Apple, il s’agit d’une brique d’infrastructure invisible mais essentielle. La promesse est simple : même isolé en montagne ou en mer, un iPhone peut contacter les secours. En coulisses, cela repose sur un accord structurant : Apple finance, priorise son usage du réseau et façonne indirectement l’évolution de la constellation.

Apple n’est donc pas seulement client. Avec environ 20 % du capital, l’entreprise dispose aussi d’un levier stratégique, y compris sur un éventuel rachat. Si Amazon prenait le contrôle de Globalstar, Apple dépendrait alors d’un concurrent pour une fonction directement liée à la sécurité de ses utilisateurs. Apple pourrait alors renoncer à Globalstar et à sa constellation satellitaire.

Amazon Leo veut rattraper Starlink, qui a beaucoup d’avance

Face à SpaceX, Amazon Leo, anciennement Project Kuiper, accuse un retard important. La constellation compte aujourd’hui un peu plus de 200 satellites en orbite, alors que Starlink en a déjà lancé plus de 10 000 et revendique une base de clients mondiale. L’objectif reste pourtant similaire : proposer un accès Internet haut débit depuis l’espace, à destination du grand public comme des entreprises, dans les zones mal couvertes par les réseaux terrestres. Amazon a d’ailleurs déjà signé des contrats avec JetBlue et Delta pour fournir du Wi-Fi à bord des avions à partir de 2027 et 2028, preuve que le projet vise des débouchés commerciaux concrets, au-delà du simple rattrapage technologique.

Amazon Leo. // Source : Amazon
Amazon Leo. // Source : Amazon

Dans ce contexte, Globalstar représente un raccourci stratégique : plutôt que de construire chaque brique, Amazon pourrait acquérir une flotte déjà opérationnelle, des stations au sol, des fréquences attribuées et un savoir-faire éprouvé. Avec, en bonus, un client premium : Apple.

Pour autant, au cœur du dossier, trois logiques s’entrechoquent. Du côté de Globalstar, un rachat par Amazon signifierait un changement d’échelle, avec davantage de moyens, des synergies techniques et une intégration dans une constellation bien plus ambitieuse. Mais aussi un repositionnement, de partenaire quasi exclusif d’Apple à composant d’un écosystème Amazon… avec un réseau techniquement moins bon que celui créé par Amazon.

Pour Amazon, l’opération coche presque toutes les cases : accélération industrielle, renforcement d’Amazon Leo, acquisition d’un actif régulé et génération de revenus via Apple. Pour la firme à la pomme, en revanche, le scénario est nettement plus ambigu. Un Globalstar soutenu par Amazon pourrait sécuriser le service dans la durée… mais pourrait perdre Apple au passage.

À court terme, Apple devra s’assurer que ses contrats garantissent la continuité et la priorité du service, voire envisager des alternatives ou une stratégie multi-opérateurs si la dépendance devient trop risquée. Car en rachetant Globalstar, Amazon ne mettrait pas seulement la main sur un opérateur satellite, mais sur une infrastructure liée à la sécurité publique.

Difficile, dans ce contexte, d’altérer ou de dégrader le service SOS sans s’exposer à des tensions majeures, à la fois avec Apple, qui en a fait un argument clé de l’iPhone, et avec les régulateurs, pour qui les communications d’urgence constituent un service prioritaire. Reste une question centrale : Apple peut‑il durablement accepter de dépendre d’un concurrent pour une fonction vitale de ses appareils ?

Les rumeurs devront quant à elles être confirmées. « Conformément à la politique de l’entreprise, Globalstar ne commente pas les spéculations ou les rumeurs du secteur », a déclaré Globalstar au Financial Times. Amazon a refusé de commenter, tandis qu’Apple n’a pas répondu immédiatement.

Découvrez les bonus

+ rapide, + pratique, + exclusif

Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l'I.A, contenus exclusifs et plus encore.

Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.

S'abonner à Numerama+

Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci

Il y a une bonne raison de ne pas s'abonner à

Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.

Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :

  • 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
  • 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
  • 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.

Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.

S'abonner à Numerama+
Toute l'actu tech en un clien d'oeil

Toute l'actu tech en un clin d'œil

Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !


Tous nos articles sont aussi sur notre profil Google : suivez-nous pour ne rien manquer !