Piloter un robot à la surface de Mars, ce n’est pas faire de la voiture radiocommandée sur un terrain vague. L’exercice impose une contrainte majeure : vingt minutes séparent l’envoi d’une commande depuis la Terre de sa réception sur place — en moyenne, Mars est à 225 millions de kilomètres de nous. Il est donc impossible de contrôler le rover Perseverance en temps réel. Chaque trajet doit être préparé à l’avance : c’est le travail traditionnellement confié aux ingénieurs du JPL qui passent des heures à définir point par point l’itinéraire à suivre. Une erreur peut coûter cher : le rover Spirit s’était ainsi retrouvé coincé définitivement dans une dune en 2009.
Les équipes du JPL ont pourtant confié à Claude, l’IA d’Anthropic, la planification de deux parcours d’environ 400 mètres chacun, les 8 et 10 décembre. Une première pour une IA, qui a gagné la confiance d’un des laboratoires dont les actions sont les plus critiques sur la planète.
Après avoir assimilé des années d’expertise accumulée sur le terrain martien, l’IA a analysé les images aériennes et rédigé ses instructions dans le langage informatique conçu pour les rovers. Comme à son habitude depuis qu’il est doté de capacités de raisonnement, Claude a procédé par auto-évaluation, revenant sur ses propres choix pour les améliorer.
In fine, le parcours proposé a subi le même protocole de vérification que n’importe quel plan humain, nous rappelle le compte-rendu d’Anthropic : une simulation mobilisant plus de 500 000 paramètres, exécutée sur Terre. Résultat ? Hormis quelques ajustements mineurs — notamment sur une zone étroite bordée de rides de sable —, le plan produit par Claude s’est avéré exploitable. Et ce faisant, Anthropic a écrit son nom dans la grande Histoire de l’exploration spatiale : Perseverance a parcouru sans encombre les deux trajets programmés par l’IA.
Un gain opérationnel majeur pour la Nasa
L’impact, pour le JPL, est significatif : cette méthode devrait diviser par deux le temps de préparation des routes que le rover doit emprunter. Moins d’heures perdues en planification manuelle signifie davantage de sorties possibles pour le rover, donc plus d’échantillons collectés et plus de terrain étudié sur Mars.

Comme le note Anthropic, cette expérience préfigure un bouleversement pour l’exploration spatiale. Le programme Artemis, qui vise à réinstaller des astronautes sur la Lune, nécessitera précisément ce type d’assistance intelligente pour cartographier le relief, surveiller les équipements vitaux et gérer les ressources limitées. De la même manière, il est probable que des robots préparent le terrain sur Mars avant que l’Homme y pose le pied. Sans contrainte biologique, ils pourraient tester l’environnement et aller jusqu’à assembler les premières briques d’une base.
« Cette démonstration témoigne des progrès considérables de nos capacités et élargit nos perspectives pour l’exploration d’autres mondes », a déclaré Jared Isaacman, nouveau boss de la Nasa. « Les technologies autonomes de ce type peuvent permettre aux missions de gagner en efficacité, de s’adapter à des terrains difficiles et d’accroître les retombées scientifiques à mesure que la distance avec la Terre augmente. C’est un excellent exemple de la manière dont les équipes mettent en œuvre de nouvelles technologies avec soin et responsabilité dans le cadre d’opérations réelles. »
Plus loin encore, les scientifiques imaginent déjà des sondes autonomes capables d’explorer les lunes glacées du système solaire externe — Europe, Titan — là où les délais de communication se mesurent en heures et où aucun contrôle terrestre en temps réel n’est envisageable. Ces 400 mètres parcourus dans le cratère Jezero, très encadrés et très surveillés, pourraient être la première pierre d’un projet d’autonomisation des robots que nous envoyons dans l’espace : nous leur donnerions une mission et les opérations pour l’accomplir seraient laissées à leurs mains, capables de s’adapter en temps réel à des environnements que nous maîtrisons peu.
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