La guerre entre Epic Games et Google autour du Play Store prend une tournure déroutante : alors que les deux groupes négocient un règlement antitrust sur Android, un juge a découvert l’existence d’un accord commercial distinct, d’environ 800 millions de dollars, révèle The Verge le 22 janvier 2026.

La guerre des app stores prend une autre tournure. Tandis qu’Epic et Google sont en plein règlement antitrust autour du Play Store Android, le juge aurait découvert l’existence d’un accord secret et distinct entre les deux entreprises. Et ce, pour la modique somme de 800 millions de dollars, rapporte The Verge le 22 janvier 2026. Particularité importante : Epic verserait ce montant à Google pour des « services » sur six ans, ce qui s’apparente davantage à une relation commerciale d’envergure qu’à un simple rabais ou à une subvention accordée par Google.

Pourquoi Epic et Google sont-ils en guerre ?

Pour rappel, en août 2020, Epic a ajouté dans Fortnite sur Android un système de paiement direct contournant Google Play Billing, et donc la commission de 30 % prélevée par Google sur les achats in-app. En réponse, Google a retiré le jeu du Play Store pour violation de ses règles. Une décision qu’Epic utilisera comme point de départ pour déposer une plainte antitrust en 2020, parallèlement à son affaire contre Apple.

Epic accuse Google de maintenir un monopole sur la distribution d’applications Android et les paiements in-app, en rendant le Play Store de facto incontournable, malgré la possibilité théorique d’installer des applications ailleurs. Selon l’éditeur, Google étouffe la concurrence en liant l’accès au Play Store à son système Google Play Billing, en imposant le Play Store préinstallé sur la majorité des appareils Android et en signant des accords avec des fabricants et de grands développeurs pour qu’ils privilégient sa boutique.

L'Epic Games Store sur iPhone et Android. // Source : Epic Games
L’Epic Games Store sur iPhone et Android. // Source : Epic Games

À l’issue d’un procès fin 2023, le jury a donné raison à Epic sur l’ensemble des chefs d’accusation : Google a été reconnu coupable de pratiques anticoncurrentielles, de maintien illégal d’un monopole sur la distribution d’applications Android et la facturation in-app, ainsi que de « tying », c’est-à-dire l’obligation d’utiliser Google Play Billing pour être présent sur le Play Store. Le juge a alors prononcé une injonction de plusieurs années visant à forcer Google à ouvrir davantage Android, notamment en limitant certaines exclusivités et en facilitant les app stores alternatifs.

À la suite de la victoire d’Epic au procès et des procédures d’appel, Epic et Google sont parvenus fin 2025 à un projet de règlement modifiant les conditions imposées à Google pour le Play Store. Nous voilà (enfin) en 2026. Le juge James Donato devait alors valider — ou non — cet accord, afin de vérifier qu’il corrige effectivement les abus reprochés à Google sur Android et, surtout, qu’il améliore réellement la concurrence pour l’ensemble des développeurs, et pas uniquement pour Epic.

En quoi consiste cet accord à 800 millions entre Google et Epic ?

Pour que ce règlement entre en vigueur, les deux entreprises ont demandé à James Donato de modifier son injonction initiale. Le juge a donc organisé une audience afin d’évaluer si ce nouveau compromis restait conforme aux objectifs antitrust et à l’intérêt public. Mais lors de cette audience, il s’est dit « pris de court » et a évoqué un possible sweetheart deal : un accord gagnant-gagnant pour Epic et Google, mais susceptible d’aboutir à des sanctions plus faibles que ceux qu’il avait ordonnés après le verdict.

James Donato a notamment relevé que certaines injonctions jugées auparavant « critiques » — comme l’accès au catalogue d’applications et la distribution de stores concurrents via le Play Store — avaient disparu ou été fortement édulcorés dans le texte proposé. Et ce n’était pas le seul sujet d’inquiétude.

Au cours de l’audience, le juge a également pris connaissance de documents évoquant une nouvelle relation d’affaires entre Epic et Google, incluant un « développement de produits conjoint », un « engagement marketing conjoint » et divers « partenariats ». Intrigué, il a interrogé un expert économique d’Epic ainsi que Tim Sweeney, fondateur et patron d’Epic Games, en résumant les termes du partenariat : « vous allez aider Google à promouvoir Android, Google va utiliser votre technologie ». Le partenariat était désormais clairement posé sur la table.

Tim Sweeney, fondateur et patron d'Epic Games. // Source : Lex Fridman
Tim Sweeney, fondateur et patron d’Epic Games. // Source : Lex Fridman

Concrètement, cet accord étalé sur six ans prévoit qu’Epic consacre environ 800 millions de dollars à l’achat de services Google (cloud, publicité, infrastructures, etc.), sans que les détails précis soient rendus publics. Epic s’engage en parallèle à promouvoir Android, notamment via des campagnes marketing conjointes mettant en avant Fortnite et son écosystème. De son côté, Google obtient un accès élargi à la technologie d’Unreal Engine pour du co-développement de produits, et doit offrir davantage de visibilité à Fortnite et aux autres jeux d’Epic sur Android.

En clair, cet accord ne semble pas prévoir de conditions particulières pour les autres studios. Il instaure surtout une relation privilégiée entre Epic et Google. Le risque, pour le reste de l’écosystème, est que les solutions antitrust deviennent moins ambitieuses et que l’ouverture d’Android soit plus limitée, si Epic a désormais intérêt à ménager Google en coulisses.

Certes, les joueurs Fortnite sur Android pourraient bénéficier d’un jeu mieux intégré, plus performant et plus visible si Google le met davantage en avant. De même, une meilleure optimisation d’Unreal Engine sur Android pourrait profiter indirectement à d’autres jeux. Mais ces bénéfices dépendront largement des choix concrets opérés par Epic et Google.

Enfin, le juge n’a pas à « valider » l’accord commercial en tant que tel, puisqu’il s’agit d’un contrat privé. En revanche, il peut refuser le règlement antitrust s’il estime que ce partenariat conduit à des remèdes insuffisants pour le marché. Reste à voir si ce compromis sera jugé trop conciliant — et s’il entraînera, au contraire, un durcissement de l’injonction.




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