Alors que le plus grand site de téléchargement illégal francophone a été réduit en cendres par un hacker, ses anciens administrateurs viennent de reprendre la parole sur leur nom de domaine. Au menu de ce retour surréaliste : un démenti formel, la promotion des offres légales, et un mystérieux teasing.

On croyait l’histoire d’YggTorrent définitivement terminée, après un final digne d’une série télévisée : la destruction dans la nuit du 3 au 4 mars 2026 de toute l’infrastructure par Gr0lum, un hacker bien décidé à se venger de l’attitude du célèbre annuaire francophone de liens BitTorrent, qui comptait près de 6,6 millions de membres.

Mais de toute évidence, une nouvelle saison se prépare : en tout cas, il y a des signes d’un rebondissement. En effet, la page d’accueil du site a été mise à jour avec un affichage scindé en deux. À gauche, un message qui rejette toutes les affirmations de Gr0lum, avec des sections qui semblent s’apparenter à du trolling. À droite, un étrange décompte.

Source : Capture d'écran
Source : Capture d’écran

Le grand démenti, et un grand virage ?

système paiement yggtorrent
Parmi les accusations visant YggTorrent, un système élaboré de blanchiment d’argent. // Source : Capture d’écran

Concernant les allégations, d’abord, tout est nié en bloc et en détail. « Nous tenons toutefois à rassurer [les ex-membres d’YggTorrent] : aucune donnée bancaire n’a jamais été collectée ni stockée par nos systèmes, et l’ensemble des mots de passe des comptes actifs étaient protégés par un hachage cryptographique sécurisé », est-il affirmé.

Cependant, par précaution, ils conseillent à leurs anciens membres de modifier leurs mots de passe, si ceux-ci sont les mêmes que ceux utilisés sur YggTorrent.

Pour les gérants de la plateforme, le hacker a multiplié « les déclarations mensongères ». Les faits sont déformés, selon eux, les preuves fabriquées et rien de ce qui est avancé « ne reflète la réalité de notre infrastructure ». Une ligne de défense classique.

Mais c’est surtout l’apparent virage qui étonne. « Aujourd’hui, YggTorrent cesse définitivement ses opérations », est-il asséné, signe que les gérants entérinent la fin d’une ère. Vraiment ? Car en réalité « YggTorrent cesse définitivement ses opérations ». Tout au long du texte, la deuxième moitié du nom est curieusement barrée.

Signe que le site se détacherait pour de bon de la pratique du peer-to-peer (P2P), qui est au cœur de l’écosystème BitTorrent — un protocole qui permet justement d’échanger directement des fichiers entre individus ? On pourrait y croire. Après tout, le texte se conclut avec le conseil de se tourner « vers les nombreuses solutions légales désormais disponibles. »

Une « pub » lunaire pour Netflix et… l’Arcom

D’ailleurs, plusieurs offres légales sont listées. Dans l’audiovisuel (Netflix, Canal+, Disney+, Prime Video, Crunchyroll), la musique (Spotify) ou les jeux vidéo (Steam). Des solutions gratuites sont aussi affichées (France.TV, Arte, Pluto TV, Tubi, Internet Archive, Projet Gutenberg). Mais le pompon est sans doute la référence à l’Arcom.

Derrière cet acronyme se cache en effet l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, une instance administrative née de la fusion entre le CSA et… la Hadopi. Or, cette autorité était précisément celle qui avait pour mission de lutter contre les échanges en P2P permis par des sites comme… YggTorrent, via la riposte graduée.

arcom
Le logo de l’Arcom. // Source : Arcom

Ces recommandations confinent à l’absurde, non pas parce qu’elles sont de piètre qualité, mais parce qu’elles viennent de l’ancien grand carrefour du piratage francophone, qui a participé illégalement à la distribution de millions d’œuvres protégées par le droit d’auteur. Et cela, pendant une bonne décennie, en engrangeant pas mal d’argent au passage.

Et pour couronner le tout, l’équipe déclare même procéder à la vente de l’intégralité de ses noms de domaine, en précisant bien que la cession se fera « exclusivement pour un projet légal, sans aucun lien avec le torrenting ni le téléchargement d’œuvres protégées ». Une adresse mail de contact est même mise à disposition pour en discuter.

Le mystère « YGG » et un étrange compte à rebours

Sur l’autre moitié de la page, on y lit l’épitaphe « YggTorrent est mort », avec là encore le terme de torrent ostensiblement barré. Juste en dessous, les trois lettres « YGG » s’affichent en lettres capitales massives, suivies de la mention « ARRIVE… ». Et au centre de la section trône un compte à rebours qui promet quelque chose dans une dizaine de jours.

« Quelque chose se prépare ». Un nouveau site de P2P ? Pourtant, il était question de rompre avec cet univers. « Si un jour le nom YGG réapparaît, ce sera pour proposer un service différent, en phase avec l’évolution du paysage numérique et dans un cadre entièrement repensé », est-il d’ailleurs rappelé dans le texte, à gauche.

Une nouvelle offre légale ? Au regard du passif d’YggTorrent, on doute que les ayants droit seraient disposés à coopérer. Toujours est-il que cette mise en scène est parachevée très théâtralement avec une célèbre citation latine du poète Horace : Non omnis moriar. Traduction : « Je ne mourrai pas entièrement ». Parce que pourquoi pas.

Peut-être s’agit-il d’une énième provocation, d’un écran de fumée de la part d’une équipe acculée, d’un coup de bluff visant à faire grimper les enchères ou une manière de tirer leur révérence avec une séquence ayant un peu plus de panache qu’un piratage ayant pulvérisé l’infrastructure. Les hypothèses sont, à ce stade, nombreuses.

Rendez-vous à la fin du décompte pour en savoir plus. En attendant, tout le monde y va de son petit commentaire. C’est cependant au moins l’occasion de faire naître des mèmes amusants.

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Source : Capture d’écran
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