Article mis à jour après la réponse de Gérald Darmanin :
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a finalement répondu à Jean-Baptiste Kempf, directement dans les commentaires de sa publication LinkedIn. « À ma connaissance, je n’ai pas été saisi directement (pas même sur ce réseau social où vous me mettez en cause) et donc je n’ai pas pu répondre à votre épouse ou à vous-même », assure d’abord le Garde des Sceaux.
Il invite l’ingénieur à lui écrire personnellement ou à former un recours gracieux. Visiblement irrité, il ajoute : « j’espère que votre honnêteté vous poussera à modifier votre post qui est donc inexact et, permettez moi de vous le dire, légèrement agressif ».

S’engage alors un échange nourri entre les deux hommes. Jean-Baptiste Kempf réplique que son épouse a bien adressé un recours gracieux à la mi-septembre 2025, puis un recours hiérarchique en octobre, restés à ce stade sans réponse. Il affirme également avoir tenté de prévenir le cabinet du ministre à plusieurs reprises (SMS, iMessage, mails et message LinkedIn) afin d’annoncer la publication à venir.
Dans une nouvelle réponse, Gérald Darmanin rappelle que le Conseil d’État a déjà rejeté un référé dans ce dossier, manière de souligner que la responsabilité ne reposerait pas uniquement sur lui : « Je constate d’ailleurs qu’il n’y a pas que “Darmanin” qui est responsable ». Selon lui, il convenait d’attendre l’issue de ce recours avant d’envisager un éventuel réexamen de la situation, ce qui expliquerait l’absence de réponse formelle du ministère.
Le ministre invite par ailleurs Audrey Prévost à lui transmettre directement son recours par mail — en précisant que la démarche doit venir d’elle — avant de conclure sur une note plus conciliante : « J’ai le plus grand respect pour elle d’avoir réussi ce difficile concours et, en effet, la magistrature manque de personnes connaissant le numérique ».
Ironie finale : dans le même message, le Garde des Sceaux rappelle que la publication effectuée via le compte X de VideoLAN — depuis supprimée — et qui encourageait vraisemblablement à interpeller le ministère, pourrait constituer un délit si des faits de harcèlement étaient caractérisés. Jean-Baptiste Kempf a depuis mis à jour son message et supprimé le tweet problématique.

Article original, après la publication de Jean-Baptiste Kempf
Jean-Baptiste Kempf, l’un des fondateurs de VideoLAN — et donc du fleuron français VLC media player — menace tout simplement de quitter la France.
Dans un message publié sur LinkedIn le 22 février 2026, l’ingénieur ne cache pas son amertume : « J’envisage de quitter la France, et c’est intégralement la faute de M. Gérald Darmanin », écrit-il dans une longue prise de parole. Une décision qui est directement liée à la situation de sa femme.

Pourquoi le fondateur de VLC envisage-t-il un tel départ ?
Pour rappel, VideoLAN est à l’origine un projet étudiant né à l’École Centrale Paris dans les années 1990. Son objectif : diffuser de la vidéo sur le réseau du campus. De cette initiative émerge un client vidéo, le « VideoLAN Client », qui deviendra par la suite VLC. En 2001, le projet passe en open source, ouvrant la porte aux contributions de développeurs du monde entier.
Jean-Baptiste Kempf rejoint Centrale au début des années 2000 et s’implique rapidement dans VideoLAN, d’abord au sein du réseau de l’école, puis sur le développement de VLC lui-même. Lorsque le projet dépasse le cadre étudiant, il en prend progressivement le leadership technique et organisationnel. Afin d’en assurer la pérennité, il participe à la création de l’association VideoLAN, dont il devient président.
Comment en est-il arrivé, alors même que son logiciel constitue une fierté tricolore, à envisager un départ de la France ?

En réalité, cette volonté est liée à un différend concernant sa femme, Audrey Prévost. Après la naissance de leur second enfant, et compte tenu de la « situation professionnelle confortable » de Jean-Baptiste Kempf, celle-ci a, selon ses mots, « décidé de se rendre utile à la société et à l’État français ». « Au vu de sa formation universitaire en droit, de son expérience professionnelle et associative, elle a décidé de passer le concours de l’ENM pour devenir juge », explique-t-il.
Concrètement, pour passer le concours professionnel de l’ENM — destiné aux personnes déjà en activité et accessible sur dossier — il faut justifier de plusieurs années d’expérience dans une activité considérée comme « particulièrement qualifiante pour exercer la profession de juge ». Autrement dit, une pratique qui, aux yeux de l’administration, implique un exercice réel et quotidien du droit (contentieux, contrats, procédures, etc.). Les candidats admis disposent ensuite de 12 mois de formation. Cette voie constitue la passerelle la plus courte pour devenir magistrat.
Après une première tentative infructueuse, Audrey Prévost se présente une deuxième fois. Elle réussit les épreuves écrites et orales, se classant 9e du concours. Jusqu’au moment où elle reçoit un courrier du ministère lui indiquant « qu’elle n’a pas le droit de concourir, au motif d’une prétendue insuffisance d’activité juridique qualifiante ». Et ce, quel que soit l’avis du jury ou de l’école.
Une décision qui fait vivement réagir Jean-Baptiste Kempf. Pendant dix ans, explique-t-il, sa femme a participé à la gestion d’attaques juridiques visant VLC : brevets, droit d’auteur, marques, contrats internationaux, réquisitions… autant de domaines qui relèvent pleinement du droit.
L’argument avancé par l’administration ? Ce travail au sein de VideoLAN n’aurait pas véritablement de valeur, puisqu’il est techniquement bénévole. « Le travail autour de VideoLAN est titanesque, même bénévole, et il n’appartient pas au Garde des Sceaux ni à son administration de déjuger notre travail », défend l’ingénieur. Avant d’ajouter : « Le mieux, c’est lorsque M. Darmanin écrit que le numérique […] et le droit du numérique ne sont pas utiles au magistrat de l’ordre judiciaire ».
Selon Jean-Baptiste Kempf, le blocage du dossier de sa femme ne relèverait pas d’un simple « accident », mais de choix politiques et administratifs assumés, dont il tient directement le Garde des Sceaux pour responsable. Il dénonce un système qui favoriserait principalement les « insiders » — notamment les assistants de justice — et se montrerait hostile aux profils issus du numérique.
À ses yeux, la justice française reste trop corporatiste et réticente à ouvrir l’ENM à des parcours plus variés. Une situation qui le conduit aujourd’hui à affirmer qu’il ne souhaite plus aider l’État gratuitement — et à envisager, sérieusement, de quitter la France.
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