Une étude montre que les seiches sont capables d'attendre pour obtenir une meilleure récompense. Le « contrôle de soi » n'existe pas chez toutes les espèces.

Le « test du marshmallow » avait été imaginé en psychologie dans les années 1970 pour étudier les mécanismes de gratification. Il était essentiellement destiné aux enfants. Dans un groupe, on offre à chacun et à chacune une friandise (une guimauve dans le test d’origine), mais avec une indication : ne pas manger tout de suite la friandise permet d’en obtenir deux par la suite. C’est notamment la durée de résistance à la récompense immédiate qui est étudiée, ce qui aboutit à différents niveaux de contrôle de soi — une plus grande patience (attendre, pour obtenir deux friandises au lieu d’une) fait partie de l’intelligence.

Dans un papier publié ce 3 mars 2021 dans Proceedings of the Royal Society B, des biologistes décrivent les résultats qu’ils ont obtenus en adaptant ce test à des seiches. On savait déjà, notamment grâce à de précédents tests, qu’elles ont un cerveau particulièrement sophistiqué, mais cette équipe voulait pousser l’étude un peu plus loin pour mesurer leur self-control.

Les seiches sont patientes

Les biologistes ont créé une version du test du marshmallow pour six seiches. Elles ont d’abord été entrainées à reconnaitre les différences entre un accès immédiat et un accès différé à une chambre transparente. Sur une première chambre, la présence d’un cercle signifiait que la porte s’ouvrirait directement ; sur la deuxième, un triangle signifiait que l’accès à la chambre serait possible qu’entre 50 et 130 secondes après avoir poussé la porte ; la troisième chambre était impossible d’accès et symbolisée par un carré.

Ensuite, les seiches ont été divisées en deux groupes. Le premier groupe était face à deux chambres : dans l’une, accessible immédiatement, il y avait une crevette déjà morte — dont on sait que les seiches raffolent bien moins ; dans l’autre, accessible en différé une crevette vivante et donc appétissante. Dans le deuxième groupe, qui est un groupe de contrôle, la chambre contenant la crevette appétissante était une chambre totalement inaccessible.

Finalement, dans le premier groupe, les seiches ont patiemment attendu d’avoir accès à la crevette la plus appétissante. Dans le groupe de contrôle, les seiches n’ont pas attendu puisqu’elles avaient repéré que, de toute façon, elles n’auraient pas accès à la crevette appétissante. « Les seiches de l’étude ont toutes été capables d’attendre la meilleure récompense et ont toléré des délais allant jusqu’à 130 secondes, ce qui est comparable à ce que l’on observe chez les vertébrés à gros cerveau tels que les chimpanzés, les corbeaux et les perroquets », explique Alexandra Schnell, l’autrice principale de l’étude.

Une seiche, en train de patienter. // Source : Alexandra Schnell

L’étude montre donc que les seiches ont acquis une capacité de contrôle de soi dans l’optique d’accéder à une meilleure nourriture. Les biologistes ont par ailleurs constaté que les seiches qui étaient capables d’attendre le plus longtemps pour leur récompense sont celles qui ont montré les meilleures performances cognitives dans des tâches d’apprentissage.

Reste à comprendre comment l’évolution a conféré le contrôle de soi aux seiches. Parmi les espèces dont on a observé cette capacité, elle provient en général d’un besoin de planification — cacher de la nourriture — et de coopération sociale. Pourtant, les seiches ne sont pas des animaux sociaux, et ne cachent pas de nourriture. Cela pourrait provenir de leur mode d’alimentation très risqué. Les seiches passent une grande de partie de leur vie « à se camoufler, à se poser et à attendre, ce qui est ponctué par de brèves périodes de recherche de nourriture ». Durant cette recherche, elles brisent leur camouflage et s’exposent à tous les prédateurs. « Nous supposons que la gratification retardée a pu évoluer comme un sous-produit de cette situation, de sorte que la seiche peut optimiser sa recherche de nourriture en attendant de choisir une nourriture de meilleure qualité », suggère Alexandra Schnell.

Ce qui impressionne en tout cas les biologistes à l’origine de cette étude repose dans l’évolution convergente d’espèces distinctes. Les primates et les seiches ont développé une caractéristique cognitive commune malgré des différences bien nettes entre leurs environnements et leurs histoires évolutives.

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