Faire face aux canicules de plus en plus fréquentes sans climatisation à Paris : pour une équipe de chercheurs, cela paraît très difficile. « Il faut donc s'attendre à ce que l'air climatisé soit largement utilisé à l'avenir à Paris », préviennent-ils.

En cas de canicule, des stratégies alternatives peuvent-elles vraiment remplacer l’utilisation de la climatisation ? Des scientifiques du CNRS ont tenté de répondre à cette interrogation dans une étude de la revue Environmental Research Letters présentée le 25 juin 2020. L’analyse est concentrée sur la ville de Paris. Et elle n’augure rien de bon en terme d’écologie.

« Les changements dans l’environnement peuvent inciter une société à prendre des mesures qui se traduisent par une aggravation de la situation », écrivent les auteurs. Le recours aux équipements de climatisation, lors des canicules ou des vagues de chaleur, est présenté comme « un exemple typique ». Deux raisons sont invoquées : la demande en énergie requise pour faire fonctionner les climatiseurs, ainsi que la libération de chaleur par ces appareils — qui contribue à accentuer la chaleur à l’extérieur.

À l’heure actuelle, les auteurs constatent que l’usage de la climatisation par les habitants de Paris reste encore rare. « Cependant, à la suite d’une succession d’étés chauds, le nombre d’installations d’air climatisé dans les habitations est en forte augmentation (13 % des ménages disposaient d’air climatisé en 2016, contre 5 % en 2005) », ajoutent-ils.

Grilles de climatisation. // Source : Flickr/CC/chinwei (photo recadrée)

À partir d’une base de données, les auteurs considèrent la probabilité de futures vagues de chaleur à Paris, en tenant compte de leur intensité et de leur durée. D’après ce scénario, il est à prévoir que d’ici les années 2070, il y aura une ou deux vagues de chaleur par an dans la capitale. Or dans les années 1960 à 90, il y avait une vague de chaleur tous les 9 ans.

La durée de ces vagues de chaleur pourrait s’étaler sur 6 à 12 jours à la fin du siècle. Le scénario des auteurs part aussi du principe que la croissance de la ville, d’ici à 2100, suivra les tendances actuelles en termes de densité.

Les effets de la chaleur sur le confort et la santé sont estimés à l’aide de l’indice universel du climat thermique (UTCI), un indice exprimé en degrés pour déterminer les conditions climatiques associées au confort du corps humain.

3 types de stratégies pour contourner la clim à outrance

Les actions pour s’adapter à ces épisodes de chaleur sont ensuite groupées en 3 catégories. Leur impact sur l’utilisation de la climatisation, la demande d’énergie et la dégradation du confort en extérieur sont étudiés. Ces trois actions peuvent être entreprises à l’échelle de la ville, des bâtiments individuels et des ménages.

  • Les « infrastructures vertes » : une politique urbaine visant à ajouter de nouveaux parcs et espaces verts dans l’agglomération parisienne. Dans cette hypothèse, 10 % de la surface de la ville serait consacrée à de nouveaux parcs, dont la végétation serait suffisamment arrosée.
  • Les « infrastructures physiques » : les chercheurs partent du principe que « des règles strictes d’isolation des bâtiments et l’utilisation de matériaux réfléchissants pour les murs et les toitures sont appliquées à tous les bâtiments de la ville » (sauf les bâtiments historiques de Paris).
  • Et « les comportements  », c’est-à-dire des changements dans la manière dont la climatisation est utilisée. Elle n’est pas totalement absente, mais son usage est modéré. Les climatiseurs serviraient à maintenir une température de 28°C dans les bâtiments résidentiels et de 26°C dans les bureaux.

Si toutes ces stratégies étaient mises en œuvre ensemble, quel serait leur impact ? Les chercheurs constatent d’abord qu’elles permettraient de refroidir l’air extérieur de façon importante, jusqu’à 4,2°C pendant la nuit. Néanmoins, les auteurs sont pessimistes lorsqu’il s’agit de savoir si ces actions suffiraient pour se passer de climatisation. Ces stratégies n’améliorent qu’assez peu la situation. Les contraintes thermiques (lorsque la température UTCI est supérieure à 32°C) au sein des bâtiments ne sont réduites que pendant 1 heure et 23 minutes par jour. « Il faudrait encore passer plus de 6 heures par jour dans des conditions de stress thermique élevées dans les bâtiments si aucune climatisation n’était utilisée », selon les chercheurs.

Un point positif : l’énergie nécessaire à la climatisation réduite

Le point positif est que ces stratégies permettent de faire baisser la consommation d’énergie utilisée par les climatiseurs lors des vagues de chaleur (de moitié) : les effets de cette consommation d’énergie sur le confort en extérieur sont en partie compensés. Comme le disent les auteurs, « même si les actions ne sont pas suffisantes pour remplacer la climatisation, elles permettent néanmoins en grande partie d’atténuer ses effets négatifs ».

Alors que cette étude part du principe que des actions ambitieuses seraient menées, elles ne seraient finalement pas suffisantes pour remplacer le confort qui serait prodigué par les climatiseurs. « Il faut donc s’attendre à ce que l’air climatisé soit largement utilisé à l’avenir à Paris et dans les villes aux caractéristiques similaires, si la population souhaite maintenir son confort thermique lors des vagues de chaleur », concluent les auteurs.

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