L'océan situé sur Europe « pourrait être tout à fait habitable pour la vie », selon des scientifiques. Ils estiment que des processus auraient pu générer assez de chaleur pour permettre à l'eau liquide d'exister sur cette lune glacée de Jupiter.

L’océan qui se cache probablement sous la surface d’Europe, l’une des lunes de Jupiter, pourrait en théorie être habitable. Une équipe de scientifiques a présenté son travail lors de la Goldschmidt Conference, un événement international organisé par l’association européenne de géochimie (EAG) du 21 au 26 juin 2020. « La lune de Jupiter Europe abrite un océan de plus de 100 km de profondeur sous sa coquille glacée de 3 à 30 km. La clé pour comprendre l’habitabilité de l’océan d’Europe est sa composition et son origine », peut-on lire dans ce document.

Pour ces chercheurs, des processus auraient pu générer suffisamment de chaleur pour permettre à l’eau liquide d’exister sur cette lune glacée, où la température est d’environ -140°C. Ces phénomènes correspondraient à la désintégration radioactive (on parle aussi de décroissance radioactive, une loi qui permet de connaître la période radioactive d’un élément donné) et les forces de marée. Ces phénomènes auraient provoqué la décomposition de minéraux contenant de l’eau, formant ainsi l’océan que l’on soupçonne de se trouver sous la surface de la lune.

Europe et Jupiter. // Source : Flickr/CC/Kevin Gill (photo recadrée)

Des minéraux qui perdraient de l’eau

À partir des observations de la sonde spatiale Galileo, qui a étudié Jupiter entre 1995 et 2003, les scientifiques ont modélisé la géochimie des réservoirs d’Europe. Leur modèle a donné des informations sur la composition et les propriétés chimiques que possèdent, en théorie, le noyau, la couche de silicate et l’océan d’Europe. « Nous avons constaté que différents minéraux perdent de l’eau et des substances volatiles à différentes profondeurs et températures  », résume le géochimiste Mohit Melwani Daswani du Jet Propulsion Laboratory, cité dans un communiqué. En additionnant les substances volatiles, les auteurs ont constaté une cohérence avec la masse actuelle supposée de l’océan sur Europe.

Avec la décroissance radioactive ou des mouvements de marées, une accumulation de chaleur ou une hausse de la pression pourraient dégrader les minéraux contenant de l’eau — qui relâcheraient alors cette eau. Dans ce scénario, les évolutions connues par Europe pour devenir un monde océanique relèveraient de ce qu’on nomme le métamorphisme : une transformation profonde d’un terrain, suscitée par diverses actions isolées ou simultanées (pression, température, apport de nouvelles substances).

« Sa composition ressemblerait davantage à celle des océans sur Terre »

Le modèle des auteurs semble montrer que l’eau serait riche en chlorure — alors qu’on soupçonnait plutôt cet océan d’être plutôt riche en acide sulfurique. Une autre étude, récemment parue dans Science Advances, dresse d’ailleurs un constat similaire à partir des observations du télescope spatial Hubble : du chlorure de sodium est présent à la surface d’Europe. « Sa composition ressemblerait davantage à celle des océans sur Terre. Nous pensons que cet océan pourrait être tout à fait habitable pour la vie », résume Mohit Melwani Daswani.

Les scientifiques se demandent désormais si la composition de cette eau en chlorure pourrait être en partie expliquée par le volcanisme des fonds marins de la lune. La mission Europa Clipper, en cours de développement par la Nasa, pourrait être lancée d’ici 2025 : les relevés de la sonde pourraient permettre d’en savoir un peu plus sur l’habitabilité d’Europe.

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