La lune Triton, en orbite autour de Neptune, est singulière. Une proposition de mission, nommée Trident, a été faite auprès de la Nasa afin d'explorer cet astre aux caractéristiques déroutantes.

L’exploration de Neptune et de ses satellites n’a été réalisée que par une seule sonde, Voyager 2. Un projet de mission, proposé à la Nasa dans le cadre du Discovery Program, pourrait peut-être changer la donne. L’agence spatiale a indiqué pourquoi Triton, la plus grosse des lunes de la planète, mériterait de faire l’objet d’une future mission le 16 juin 2020.

Ce projet de mission, nommé « Trident », fait partie d’un ensemble de quatre propositions que l’agence spatiale a retenues en février dernier. Ces projets visent à contribuer à l’exploration du système solaire. Pour l’instant, aucune des missions n’est officialisée : la sélection finale est prévue pour l’an prochain. Trident a de sérieux arguments en sa faveur, car Triton est une lune aux caractéristiques bien curieuses.

Neptune et Triton vues par Voyager 2. // Source : Flickr/CC/Justin Cowart (photo recadrée et modifiée)

Le survol de Neptune et Triton par la sonde Voyager 2, qui a eu lieu en 1989, a apporté de précieux renseignements. L’événement a aussi suscité de nouveaux questionnements, pour lesquels des réponses sont encore à apporter, trois décennies plus tard. La présence de panaches sombres de matériau glacé a été constatée. La question de savoir comment jaillissent ces geysers, d’autant que les observations montrent que le paysage glacé est relativement jeune sur Triton, reste sans réponse. L’activité de cette lune est encore mal comprise.

Rencontre avec Triton en 2038

Comprendre l’évolution de Triton serait justement l’objet de la mission Trident, baptisée ainsi en référence à la lance brandie par le dieu romain des océans, Neptune. La date de lancement a été proposée pour octobre 2025 (avec une possibilité de la décaler en octobre 2026) : une fenêtre serait alors ouverte pour utiliser l’attraction gravitationnelle de Jupiter afin d’envoyer la sonde vers Triton. La rencontre avec la lune de Neptune aurait alors lieu en 2038, pendant une durée de 13 jours.

La Nasa résume les principales interrogations auxquelles le projet de mission entend trouver des explications.

  • Pourquoi l’ionosphère (une zone de la haute atmosphère) de Triton est-elle si intense ?
  • D’où viennent les panaches émis par Triton (et comment sont-ils émis) ?
  • Comment se fait-il que le paysage sur Triton semble toujours se renouveler ?
  • Triton est-elle un monde couvert d’un océan ?

L’objet cumule d’étranges caractéristiques

Les particularités étranges de Triton sont nombreuses. On sait par exemple que la lune orbite dans la direction opposée, par rapport au sens dans lequel Neptune tourne sur son axe. Triton est la seule grande lune dans le système solaire présentant cette caractéristique. L’orbite de la lune est par ailleurs très inclinée, par rapport à l’équateur de Neptune (de 23 degrés). Il est fort probable que ce corps n’ait pas toujours occupé cette position : une hypothèse est que Triton aurait migré depuis la ceinture de Kuiper, une zone composée de petits corps en forme d’anneau, dont l’étendue dépasse l’orbite de Neptune.

Au niveau de l’atmosphère de Triton, son ionosphère est bien plus active que celle des autres lunes du système solaire. Ce fait est surprenant, car l’astre est extrêmement éloigné du Soleil : une autre source que l’énergie de l’étoile doit sans doute alimenter ce processus. Quant au climat de la lune, il est étonnant de dynamisme : on soupçonne qu’un flux d’azote neige constamment à sa surface.

Pour élucider tous ces mystères, la mission Trident devrait embarquer un instrument capable de sonder le champ magnétique de l’astre (ce qui permettra de savoir si Triton abrite un océan), ainsi que des instruments pouvant récolter des données sur cette ionosphère si dense et cette surface aux caractéristiques surprenantes. Géologiquement, la surface de l’objet parait relativement jeune, avec peu de cratères visibles.

Avec Voyager 2, la communauté scientifique a pu voir 40 % de cette lune : Trident pourrait dresser un portrait plus complet de Triton, y compris de sa zone abritant les panaches. « Triton a toujours été l’un des corps les plus excitants et intrigants du système solaire », commente Louise Prockter, planétologue et directrice du Lunar and Planetary Institute. La scientifique, citée dans le communiqué de la Nasa, pourrait être amenée à diriger la mission Trident, si celle-ci se concrétise. « J’ai toujours aimé les images de Voyager 2 et leurs aperçus captivants de cette lune folle et bizarre que personne ne comprend. »

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