C'est la première fois qu'une évolution itérative est constatée avec des preuves solides chez des oiseaux.

C’est un comeback pour le moins inattendu. Les râles à gorge blanche sont un genre d’oiseau appartenant à la famille des Rallidés. Ressemblant un peu à des poulets, dont ils font la même taille, ils sont divisés en deux espèces, dont l’une ne sait pas voler. Mais leur véritable particularité, c’est que cette espèce inapte au vol s’est éteinte, avant que l’évolution ne reproduise à nouveau l’exacte même espèce une seconde fois, des milliers d’années après. Il s’agit d’un processus naturel de dé-extinction appelé évolution itérative.

Ces râles sont endémiques de Madagascar. C’est là que l’espèce est née. Puis la population augmentant, les oiseaux sont partis coloniser d’autres îles isolées : l’île Maurice, la Réunion, Aldabra. Sur Aldabra, atoll formé il y a environ 400 000 ans, ils ont connu une évolution particulière : ils ont perdu leur capacité de voler. La raison ? Très probablement comme les Dodos, à savoir l’absence de prédateurs, grâce à laquelle la population pouvait prospérer sans la nécessité d’une mobilité aérienne.

Puis vint le jour, il y a 136 000 ans, où Aldabra a été intégralement submergée, faisant disparaître l’intégralité de la faune et de la flore sur l’atoll — aucune vie n’a pu survivre à cette submersion, qui a duré des milliers d’années. Les oiseaux en question, cette espèce particulière de Rallidés s’est éteinte. Mais rassurez-vous : l’histoire continue et c’est justement là que l’évolution révèle ses curieux ressorts.

Le râle à gorge blanche a donné lieu à une espèce particulière, inapte au vol. Cette espèce s’éteint avant de renaître, en raison d’un écosystème similaire. // Source : Brian Gratwicke / Wikimedia

C’est la première fois que l’on observe cela chez des oiseaux

Il y a 100 000 ans, la Terre a connu une ère glaciaire. L’atoll Aldabra s’est reformé à cette occasion… et les râles à gorge blanche ont recolonisé l’écosystème, en ré-évoluant à nouveau en une espèce spécifique inapte au vol. Les paléontologues, qui présentent ces résultats dans le Zoological Journal, ont en effet analysé les fossiles de ces oiseaux avant et après l’inondation d’Aldabra. Ils sont formels : il s’agit de la même espèce. Le plus probable est donc que des râles soient à nouveau partis de Madagascar, jusqu’à coloniser la même île, et évoluer de la même façon.

En résumé, à deux reprises dans l’histoire, un groupe de râles a colonisé une même île et, sous des conditions environnementales locales très proches, a indépendamment évolué vers la même espèce. «  Les conditions étaient telles sur Aldabra, la plus importante étant l’absence de prédateurs terrestres et de mammifères concurrents, qu’un râle a évolué indépendamment à chaque fois vers une inaptitude au vol », commente David Martill, l’un des paléontologues. Évidemment, c’est un processus relativement rare, qui comporte son lot de chanceux hasards (l’itération, mathématiquement, se définit comme la résolution d’une équation par des approximations successives).

Ce n’est pas le premier exemple d’évolution itérative, mais c’est la première fois que des preuves existent d’un tel processus chez des oiseaux, comme l’expliquent les auteurs de cette étude. « Nous ne connaissons aucun autre exemple de râles, ou d’oiseaux en général, qui démontre ce phénomène de manière aussi évidente. Il n’y a qu’à Aldabra, qui possède les plus anciennes archives paléontologiques de toutes les îles océaniques de la région de l’océan Indien, que l’on dispose de preuves fossiles démontrant les effets des changements du niveau de la mer sur les phénomènes d’extinction et de recolonisation. »

Crédit photo de la une : Charles J. Sharp / Wikimedia

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