L'origine d'Oumuamua a fait l'objet d'une nouvelle hypothèse, trois ans après le passage du visiteur interstellaire. Il pourrait être né lors d'un événement violent : il serait le reste d'un corps planétaire qui se serait trop approché de son étoile.

Oumuamua, le premier visiteur interstellaire identifié par l’humanité, serait né dans des circonstances plutôt violentes. L’objet devrait peut-être sa forme allongée à des forces qui auraient été exercées sur son corps parent, par l’étoile du système dont il serait originaire. Cette hypothèse a fait l’objet d’une étude publiée dans Nature Astronomy le 13 avril 2020.

Découvert en octobre 2017, l’objet n’a cessé depuis d’intriguer la communauté scientifique. Oumuamua est le premier objet identifié en provenance de l’extérieur du système solaire. Sa nature a suscité de nombreuses interrogations. Même le SETI s’est intéressé à l’objet pour savoir s’il pouvait venir des extraterrestres. Oumuamua est d’autant plus intrigant que sa trajectoire n’est pas seulement influencée par des forces gravitationnelles, mais probablement aussi par un phénomène de dégazage.

Position d’Oumuamua à la mi-avril 2020. // Source : Capture d’écran JPL Small-Body Database Browser

Le scénario envisagé par les auteurs est le suivant. Un corps planétaire (soit une super-Terre rocheuse, soit un petit corps formé par agglutination de poussières) se serait approché un peu trop près de son étoile. À cause des forces de marées exercées par l’astre, le corps se serait déformé et déchiré. Oumuamua serait l’un de ses fragments, qui aurait été éjecté dans l’espace interstellaire et serait parvenu jusqu’à notre système solaire.

L’hypothèse expliquerait les particularités d’Oumuamua

À l’aide de simulations pour créer le supposé corps parent d’Oumuamua, les scientifiques ont mis à l’épreuve cette hypothèse. Le scénario permet d’expliquer les caractéristiques étonnantes d’Oumuamua. C’est le cas, par exemple, de la forme allongée du visiteur interstellaire. « La forme allongée est la plus convaincante si l’on considère la variation de la résistance du matériau lors de la rencontre stellaire », explique Yun Zhang des Observatoires astronomiques nationaux de l’Académie des sciences de Chine, co-auteur de l’étude, dans un communiqué.

Le scénario est également compatible avec les possibles dégagements gazeux d’Oumuamua, qui ne présente pourtant aucune activité cométaire. Si l’objet était un reste d’un tel événement, de la glace d’eau aurait pu rester enfouie sous sa surface. En passant dans le système solaire, l’objet aurait pu éjecter du gaz et accélérer de la manière dont on a pu le voir en observant la trajectoire d’Oumuamua.

Désormais, Oumuamua est loin de nous : il ne sera pas possible de l’observer encore pour vérifier la théorie. Mais cette étude est prometteuse, car les scientifiques pensent que d’autres visiteurs stellaires pourront être identifiés à l’avenir, notamment à l’aide de l’Observatoire Vera-C.-Rubin (en construction au Chili). Si de tels objets sont découverts, il sera alors possible de vérifier s’ils ont des propriétés comparables à celles d’Oumuamua et s’ils ont pu, dès lors, naître eux aussi selon l’hypothèse que les auteurs proposent.

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