La recherche médicale mondiale est concentrée sur le coronavirus. Il existe des pistes pour des thérapies médicamenteuses, mais aucune n'est confirmée pour l'instant.

Fin février 2020, des études chinoises affirmaient que la chloroquine, un antipaludique commercialisé sous les noms de Nivaquine ou Plaquenil, pourrait être efficace pour soigner les patients atteints du nouveau coronavirus. L’hypothèse était arrivée jusqu’en France avec les déclarations du professeur français Didier Raoult affirmant qu’il était impératif de l’utiliser immédiatement. Mais cette suggestion manquait de précautions, puisque les preuves d’une efficacité sont insuffisantes. Ce médicament expose potentiellement les patients à des effets secondaires graves. Le gouvernement avait même, à l’époque, publié un post de « désintox » à ce sujet sur les réseaux sociaux. Il était effectivement trop tôt pour se prononcer. Qu’en est-il maintenant, à l’heure où la recherche accélère plus que jamais ses essais pour trouver des solutions contre la pandémie ?

Pourquoi parle-t-on tant de la chloroquine ?

Le terme « chloroquine » et ses dérivés commerciaux font de nouveau la Une. Le professeur Didier Raoult a conduit des essais cliniques sur 24 patients atteints du coronavirus. Dans une vidéo Youtube (#9 des tendances au moment où nous la consultons), il affirme que 75 % de ceux ayant reçu le médicament sont guéris, soit bien plus que le pourcentage de guérisons des personnes qui n’ont pas reçu ce traitement sur le même laps de temps. Alors que, fin février, de nombreuses personnes allaient déjà en pharmacie pour tenter de se procurer de la chloroquine, ces nouvelles déclarations ne devraient pas arranger les choses. Or, non seulement ce médicament n’est de toute façon donné que sur ordonnance, mais cela engorge les pharmacies pour rien. Les essais cliniques du professeur Raoult restent préliminaires.

Illustration du coronavirus. // Source : Numerama / Claire Braikeh

Les résultats de l’étude menée par le professeur français sont jugés « prometteurs » par la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. Et, oui, ils le sont. De fait, la France va mener de nouveaux essais, par des équipes indépendantes du professeur Raoult. C’est dans la logique de la méthode scientifique : des résultats, aussi bons soient-ils de prime abord, doivent toujours être révisés par des pairs, être produits avec un taux de réussite similaires lors de plusieurs études. Les 100 patients testés en Chine et les 24 patients testés par Didier Raoult sont un échantillon largement insuffisant.

Le professeur s’avance beaucoup trop lorsqu’il dit dans Les Échos qu’« on sait guérir la maladie ». Des résultats prometteurs ne sont pas des résultats confirmés. Aujourd’hui, il n’est pas possible d’affirmer qu’il existe une preuve scientifique de l’efficacité de la chloroquine contre Covid-19. Une utilisation de ce médicament pourrait même s’avérer dangereux : la chloroquine est réputée avoir de graves effets secondaires (comme la rétinopathie maculaire, une perte de vision irréversible), et elle peut entraîner la mort, notamment par arrêt cardiaque. En cause ? Le composé atteint rapidement le seuil de toxicité pour l’organisme et fait preuve de nombreuses interactions médicamenteuses (en présence d’autres médicaments, la chloroquine devient encore plus dangereuse). La substance est, dans sa forme actuelle, déconseillée aux plus de 60 ans, alors même que la majorité des malades atteints par Covid-19 ont plus de 60 ans.

Si l’on en vient à une utilisation réelle de la chloroquine contre le nouveau coronavirus, cela s’appliquera selon une posologie bien définie d’une nouvelle version de la molécule. Il n’y a donc aucune raison valable pour essayer de se procurer de la chloroquine aujourd’hui. D’autant que le laboratoire Sanofi s’est engagé, si les résultats se confirment, à livrer des doses suffisantes pour guérir 300 000 malades.

Quels sont les autres médicaments à l’étude ?

Dans un contexte de course contre la montre, où tant de laboratoires sont mobilisés, énormément de substances sont envisagées. Cela donne lieu à beaucoup d’articles de recherche publiés rapidement, et qui ne sont pas révisés par les pairs. Il n’est pas possible ni pertinent de citer toutes les solutions en cours de travaux, et aucune d’entre elle n’apparaît comme un remède miracle.

Cela dit, certaines solutions apparaissent toutefois comme des pistes plus sérieuses et sont soigneusement envisagées par la communauté scientifique. À ce titre, un essai clinique européen va être lancé très bientôt, sur 3 200 patients (dont 800 en France) en état grave. C’est ce qu’a annoncé le ministère de la recherche, la semaine dernière. Trois traitements nouveaux seront testés afin de comparer leur efficacité respective :

  • Comme base à la recherche, un premier quart des patients sera traité de manière classique, à l’aide principalement de la ventilation, de l’oxygénation, de l’hydratation.
  • Le premier traitement testé sera basé sur l’antiviral expérimental Remdesivir. Celui-ci est déjà impliqué dans d’autres essais cliniques pour lutter contre la fièvre Ebola.
  • Le second traitement sera également un antiviral, mais pas expérimental : le Kaletra. Ce dernier est basée sur l’association (combinaison moléculaire) lopinavir/ritonavir. Il est traditionnellement utilisé contre le VIH. Quelques données montrent qu’il pourrait être efficace contre MERS-CoV, cousin de SARS-CoV-2. De premiers tests contre le nouveau coronavirus sont assez prometteurs, mais cela reste encore trop peu significatif.
  • Le troisième traitement testé, sur le dernier quart des malades, est une association entre le Kaletra et de l’interféron bêta (un type de protéine naturelle qui peut booster le système immunitaire contre les infections virales).

Tous les patients impliqués dans ce grand essai clinique seront aussi traités comme tous les autres aujourd’hui, à savoir de manière générique contre leurs symptômes. Vous noterez par ailleurs que la chloroquine ne fait pas partie de cette opération européenne, même si de nouveaux essais cliniques vont être réalisés en France. Ce n’est pas parce que la chloroquine est exclue d’office, mais parce que les autres thérapies envisagées que nous venons de citer auraient potentiellement moins d’effets secondaires risqués pour les patients. Cet essai clinique européen sera de toute façon évolutif : si l’une des thérapies ne présente aucune efficacité scientifique, elle sera stoppée ; tout comme la chloroquine pourrait être ajoutée si les nouveaux tests étayent davantage les premiers résultats.

À l’heure où nous écrivons cet article, il n’existe donc aucun médicament ayant prouvé son efficacité contre Covid-19, c’est-à-dire un médicament s’attaquant au coronavirus sans risquer la santé des patients.

Mise à jour 24/03/2020 : Depuis la publication de cet article, la chloroquine a été ajoutée à l’essai européen Discovery. L’IUH de Marseille a également indiqué procéder à un traitement quasi systématique par la chloroquine. Nous faisons le point sur le cadre légal et éthique de cette démarche dans un article où nous interrogeons le président du comité éthique de l’Inserm.

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