En étudiant deux météorites, une équipe scientifique internationale a découvert des sucres. Cet élément vient étayer une hypothèse sur les origines de la vie sur Terre, qui aurait été apportée par des météorites.

Comment la vie est-elle apparue sur Terre ? Cette question n’a aujourd’hui qu’une réponse partielle. On ne connaît pas tout, précisément, de la recette de nos origines. L’un des éléments de réponse pourrait bien provenir de l’espace. Dans un communiqué publié ce 18 novembre 2019, la Nasa dévoile qu’une équipe internationale a trouvé des sucres « extraterrestres » dans deux météorites. La découverte de ces éléments essentiels à la vie pourrait confirmer une théorie sur nos origines. La recherche est publiée dans Proceedings of the National Academy of Science.

Ce ne sont pas les premiers ingrédients de la vie détectés dans les météorites. En 2009, l’agence spatiale américaine annonçait la découverte de glycine dans une comète, c’est-à-dire des acides aminés utilisés par les organismes vivants pour produire des protéines. La présence de nucléobases — composés biologiques de l’ADN et de l’ARN — a également été confirmée. Ces découvertes permettaient déjà à de nombreux scientifiques d’avancer l’hypothèse que les astéroïdes, corps célestes « parents » des météorites, sont animés par des réactions chimiques produisant des ingrédients de la vie. Mais le sucre restait, jusqu’à maintenant, le grand absent de l’équation pour confirmer l’idée.

Structure moléculaire du sucre de type ribose et, à droite, un fragment de météorite. // Source : Yoshihiro Furukawa

Les météorites ont-elles apporté les bases de la vie ?

Les chercheurs se sont penchés sur deux météorites primitives : NWA 801, écrasée en 2001 en Amérique du Nord, et Murchison, tombée en 1969 en Australie. Les sucres qu’ils y ont découverts sont le ribose, l’arabinose et le xylose. Le ribose est un sucre qui entre en interaction avec l’ARN, en jouant ainsi un rôle fondamental dans la transcription du code génétique d’une forme biologique. Jason Dworkin, co-auteur de la recherche, s’étonne que l’on ait retrouvé une molécule «  aussi fragile » dans un «  matériau aussi ancien ».

Cette découverte n’est pas seulement une surprise quant à la composition des météorites, elle vient participer plus largement à la compréhension de nos origines. Une hypothèse loin d’être minoritaire avance que la vie n’a pas émergée directement sur notre planète. Les ingrédients auraient été apportés depuis l’espace par un bombardement de météorites. La présence de sucres aussi essentiels aux formes biologiques, en plus des précédentes découvertes, tend à étayer toujours un peu plus cette piste.

« Le sucre extraterrestre pourrait avoir contribué à la formation d’ARN sur la Terre prébiotique  »

«  Cette recherche fournit les premières preuves directes de la présence de ribose dans l’espace et de la ‘livraison’ du sucre sur Terre. Le sucre extraterrestre pourrait avoir contribué à la formation d’ARN sur la Terre prébiotique [avant l’existence de toute forme biologique], ce qui pourrait avoir conduit à l’origine de la vie », affirme Yoshihiro Furukawa, qui dirige l’étude. Pour être précis, le plus important n’est même pas forcément la présence de sucre, mais sa nature. Les chercheurs pensent que la détection de molécules de sucre liées spécifiquement à l’ARN, et non pas à l’ADN, est un facteur fondamental.

La théorie de la vie apportée par les météorites postule en effet que les toutes premières formes biologiques terrestres ne contenaient pas d’ADN, mais seulement de l’ARN. Même si l’ADN est aujourd’hui le code source de la vie, les molécules d’ARN ont une capacité complémentaire, cruciale, que l’ADN n’a pas : elles peuvent se répliquer toutes seules, sans l’intervention d’autres molécules, et peuvent servir de catalyseur aux réactions chimiques. L’ARN aurait très bien pu être le premier code source des premières formes de vie, du fait de cette caractéristique. C’est seulement en se complexifiant que la vie en serait venue à l’ADN.

De fait, les scientifiques à l’origine de cette étude affirment que la présence exclusive d’ARN pose une corrélation importante en faveur de cette théorie. Ce n’est toutefois pas à partir de deux météorites que l’on peut tirer des conclusions définitives et génériques. L’équipe de recherche va donc poursuivre son travail sur d’autres météorites, tout en cherchant à caractériser davantage le sucre extraterrestre.

Crédit photo de la une : NASA's Goddard Space Flight Center Conceptual Image Lab

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