Les crèmes solaires bio sont de plus en plus répandues, car toujours davantage demandées par les consommateurs. Mais l'argument d'un produit « bio » est-il suffisant pour certifier une protection de l'environnement ? La réponse est mitigée. Nous avons tenté d'y voir plus clair.

Face aux critiques de plus en plus fortes contre les crèmes solaires, les versions « bio » ont rapidement conquis le marché. Elles séduisent les consommateurs, non seulement parce qu’elles sont meilleures pour la santé, mais aussi parce qu’elles éviteraient une trop forte dégradation de l’environnement.

L’être humain ne se rend pas toujours bien compte des effets qu’il peut avoir sur la nature. Par exemple, lorsque l’on nage dans la mer avec des tartines de crème solaire sur la peau, elle s’échappe en partie pour se déverser dans les océans. La vie marine, dont les récifs coralliens, est menacée par certains ingrédients. C’est notamment pour cette raison que la communication des marques est maintenant axée sur des crèmes solaires qui seraient moins nocives pour l’environnement. Mais cette communication reflète-t-elle la réalité ?

Les crèmes solaires chimiques sont mauvaises pour la santé et pour l’environnement. Mais les crèmes bio sont-elles vraiment meilleures ? // Source : Pexels

Même des ingrédients naturels peuvent être nocifs

« Ce n’est pas simplement parce qu’un ingrédient est naturel ou biologique que c’est sans danger pour l’environnement ou pour les humains », nous assure le docteur Craig Downs, du laboratoire environnemental Haereticus. Pour lui, ce sont avant tout des termes marketing, car dans les faits un ingrédient ne se résume pas à « dangereux » ou « pas dangereux ». S’il peut être sans risque pour certaines espèces et populations, il peut aussi se révéler hautement toxique pour d’autres.

En 2013, Craig Downs et son équipe ont mené une étude écotoxicologique sur soixante crèmes solaires différentes. Le but était justement d’évaluer jusqu’à quel point les compositions naturelles s’avèrent moins nocives pour la nature que les compositions chimiques. Résultat, « de nombreux produits se disent moins nuisibles, mais quand nous les testons, nous découvrons qu’ils sont très toxiques pour les embryons d’oursins ou de crevettes ».

Craig Downs a référencé plusieurs types d’ingrédients qui, s’ils sont parfois mis en avant dans les produits bio ou naturels, ne sont pas pour autant sans risque pour l’environnement :

  • Les extraits de lavande : à cause des phyto-estrogènes que la plante génère, elle peut être nocive pour les garçons, les jeunes hommes et certaines espèces sauvages. En revanche, elle peut avoir des effets bénéfiques pour les femmes. Ce cas illustre très bien la complexité à évoluer la nocivité des ingrédients naturels.
  • L’eucalyptus, la théine, la caféine : ces plantes contiennent des pesticides naturels. Résultat, «  ces extraits peuvent être incroyablement toxiques pour les invertébrés aquatiques et marins ».
  • La cire d’abeille : la toxicité provient soit des pesticides recueillis par les abeilles et déposés dans la cire, soit des apiculteurs qui utilisent des pesticides pour lutter contre les acariens de type varroa. Ces pesticides sont dangereux pour les invertébrés aquatiques et marins.

L’idée est également très répandue qu’un filtre solaire 100 % minéral serait meilleur qu’un filtre chimique. Si cette affirmation est en partie vraie, il faut rester mesuré : les compositions minérales ne sont pas pour autant la panacée pour protéger l’environnement. Par exemple, certaines sources bon marché d’oxyde de zinc et d’oxyde de titane « peuvent être contaminées par des métaux lourds, comme le  plomb, le cadmium, le cuivre, le cobalt et, dans certains cas, même le mercure ».

Une crème solaire, même avec un filtre minéral, peut être nocive pour l’environnement. // Source : Flickr/CC/Iko

Faut-il vraiment se fier à une certification « bio » ?

Aux États-Unis, aucune crème solaire ne peut obtenir de certification « organic » (bio) délivrée par le National Organic Program, pour toutes ces ambiguïtés citées par Craig Downs. En Europe, le label est davantage répandu et constitue un fort argument de vente.

C’est pour cela que la marque française NIU, qui s’est lancée au début de l’été 2019, a ainsi préféré s’annoncer comme « naturelle » sans pour autant se dire officiellement bio. Hadrien Collot, le cofondateur, confirme à Numerama que «  c’était une volonté, car en plus de coûter très cher, le label bio ne veut pas dire que ce n’est pas dangereux ni sans impact ».

La marque a décidé d’opter pour une communication assumant directement « qu’une crème solaire, même naturelle, reste impactante, car c’est un élément extérieur introduit dans un milieu naturel ». Hadrien Collot explique que le but de NIU est surtout de « réduire cet impact au minimum ». Pour l’instant, la crème n’est qu’à 99 % naturelle. Le pourcentage restant provient de deux conservateurs chimiques : le benzoate de sodium et le sorbate de potassium. « Les conservateurs ont besoin d’être toxiques pour fonctionner, commente Craig Downs. Ils ne sont pas très dangereux pour l’être humain, mais en forte concentration, ils peuvent l’être pour des formes de vie sauvage ».

Hadrien Collot veut également passer rapidement à des tubes biodégradables… ou plutôt, compostables. « On va inciter les gens à les mettre dans du compost, où il y a les bonnes conditions pour la dégradation. Car si vous jetez un tube biodégradable dans la mer, elle ne va pas se dégrader en quelques jours, mais en plusieurs mois, en restant un danger pour les animaux marins ».

L’application de crème solaire laisse des traces blanches : quand il n’y en a pas, c’est le signe que le filtre est à base de nanoparticules, ce qui est plus nocif. // Source : Flickr/CC/NicolasR

Un autre problème se présente dans la conception des crèmes solaires même biologiques : les traces blanches. Quand une crème ne laisse pas ce genre de traces, c’est parce qu’elle contient soit des filtres chimiques, soit des filtres minéraux « naturels » mais sous forme de nanoparticules. Ces dernières pénètrent dans la peau. Or, l’intrusion du zinc et du titane dans l’organisme est à éviter.

Pour Hadrien Collot, il existe alors un dilemme : même si les consommateurs veulent se diriger vers des produits plus sains, ils tiennent également aux aspects esthétiques. Pour le fondateur de la marque, il faut donc trouver un entre-deux, qu’il espère avoir atteint.

Dans une optique de comparaison avec les crèmes solaires standards, il est clair que les produits bio permettent de réduire bien davantage l’impact environnemental sur les espèces marines. Mais il semble également fondamental d’avoir conscience que l’argument du naturel a des limites, et que la réalité de ce type de produits, même bio, conservent un impact important sur la nature.

Crédit photo de la une : Pixabay

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