Pour faciliter l'étude des méduses, calmars et autres poulpes, des chercheurs de l'université d'Harvard ont conçu un piège astucieux. Imprimé en 3D et inspiré de l'origami, il emprisonne et relâche les animaux sans leur nuire.

L’exploration des océans a probablement encore de nombreux mystères à révéler aux êtres humains : ils abritent entre 50 et 60 % des espèces vivantes sur Terre. Or, nombre de ces organismes ont un corps mou (méduses, calmars, poulpes), ce qui les rend d’autant plus difficiles à étudier sans prendre le risque de leur faire du mal.

Dans un article scientifique publié le 18 juillet 2018 dans la revue Nature, une équipe de chercheurs présente un dispositif permettant de contourner ce problème. Mis au point par le Wyss Institute, la John A. Paulson School of Engineering and Applied Sciences et le Radcliffe Institute for Advanced Study (tous rattachés à l’université d’Harvard), cette technique permet de capturer les animaux à l’intérieur d’un piège repliable, et de les remettre dans leur environnement naturel par la suite.

Ces organismes méritent d’être traités avec douceur, comme des œuvres d’art

Le petit enclos est directement inspiré de l’origami, un art consistant à plier du papier pour obtenir une forme spécifique. « Nous approchons ces animaux comme s’ils étaient des œuvres d’art : découperions-nous des morceaux de la Joconde pour l’étude ? Non, nous utiliserions les outils les plus innovants disponibles. Ces organismes qui vivent en eaux profondes, dont certains ont des milliers d’années, méritent d’être traités avec une douceur similaire lorsque nous interagissons avec eux », assure David Gruber, professeur en biologie et sciences environnementales, et co-auteur de l’étude.

Wyss Institute at Harvard University

Une boîte creuse à 12 faces

Le dispositif, baptisé « Dodécaèdre actionné par rotation » (ou RAD, pour Rotary Actuated Dodecahedron) prend la forme de cinq « pétales » de polymère, qui ont préalablement été imprimées en trois dimensions. Attachées ensemble à des joints rotatifs, elles forment une sorte d’ « échafaudage ».

« Quant un seul moteur applique un couple au point où les pétales se rencontrent, il fait tourner toute la structure autour de ses articulations et se replie en un dodécaèdre creux (comme une boîte à douze côté, presque ronde) », explique le Wyss Institute. Pour vous aider à visualiser l’objet, vous pouvez aussi imaginer qu’il ressemble à une Pokéball sous-marine.

Le RAD a déjà été testé à 500 mètres de profondeur

Le RAD a déjà fait ses preuves lors d’un test réalisé au Mystic Aquarium, dans le Connecticut. Le dispositif a réussi à capturer des méduses communes dans l’eau, avant de les libérer. Une fois amélioré pour qu’il puisse supporter les conditions océaniques, le RAD a été testé à des profondeurs allant de 500 à 700 mètres — avec un joystick permettant de contrôler l’ouverture et la fermeture du piège. À nouveau, des calmars et méduses ont pu être capturés dans leur habitat naturel, avant d’être relâchés sans heurts.

Désormais, les chercheurs songent à intégrer des caméras et capteurs au RAD, afin d’enregistrer un maximum de données sur les animaux marins capturés et libérés. Parmi les informations qu’ils souhaitent obtenir, figurent la taille, les propriétés matérielles et le génomes des organismes.

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