C’était le 2 juillet 2025. Au détour d’un énième vol au profit de la constellation satellitaire Starlink, Elon Musk acclamait la formidable longévité du booster B1067, qui équipe les fusées Falcon 9. En effet, le propulseur présentait alors une sacrée endurance : 29 atterrissages à son compteur. Le cap symbolique des 30 retours sur Terre était alors imminent.
Presque un an a passé depuis, et l’exemplaire B1067 est toujours bon pour le service. On l’a encore constaté tout récemment, avec une mission qui s’est achevée le 8 juin au profit, là encore, de Starlink. Le fameux trentième retour qui manquait à SpaceX pour passer le seuil symbolique qui lui échappait il y a peu ? Non : il s’agit du trente-cinquième.

L’un des boosters les plus anciens encore en activité
Le propulseur a ainsi bouclé six autres missions depuis début juillet 2025, et a repoussé un peu plus loin la marque du record d’emploi pour un booster de Falcon 9. Jamais, en effet, un tel composant de lanceur n’avait autant été employé. C’est aujourd’hui le segment le plus sollicité des boosters toujours en activité opérationnelle.
C’est aussi l’un des plus anciens : il faut remonter au 3 juin 2021 pour retrouver son tout premier vol, c’est-à-dire il y a cinq ans et cinq jours. Ce n’est toutefois pas le plus vieux toujours dans la course. Le booster B1063 a fait ses débuts le 21 novembre 2020 et il a servi pour la dernière fois le 11 avril 2026, soit cinq ans, quatre mois et vingt-et-un jours après ses débuts.
Malgré la remarquable durabilité du B1067, qui affiche un compteur inégalé (il est toutefois suivi de près par les boosters B1063, B1069 et B1071, qui ont respectivement 32, 31 et 33 vols à leur actif), le seuil d’exploitation visé par l’entreprise américaine n’est pas encore officiellement atteint. Il faudrait que le B1067 vole encore au moins cinq fois.
C’est l’horizon que fixait justement SpaceX il y a deux ans : « Nous travaillons actuellement à la certification de notre flotte de propulseurs et de carénages Falcon afin qu’ils puissent être utilisés pour 40 missions chacun. L’augmentation du nombre de vols des Falcon nous fournit des informations précieuses sur la réutilisation répétée. »
De la NASA à Starlink, la métamorphose d’un vétéran
Pour transformer cette ambition en réalité, le B1067 va devoir maintenir un rythme soutenu, mais les voyants statistiques sont au vert. Si l’on se penche sur l’ensemble de sa carrière, le propulseur affiche une moyenne globale de 53,8 jours entre chaque décollage. Un chiffre honorable, mais qui ne reflète pas tout à fait sa vélocité actuelle.
À ses débuts, le booster s’est vu confier des missions de haute voltige pour le compte de la NASA, propulsant notamment les astronautes des missions Crew-3 et Crew-4. Pour ces vols habités ultra-critiques, la sécurité imposait de longs mois d’inspections méticuleuses au hangar.

Mais depuis qu’il a rejoint les rangs plus industriels de la constellation Starlink, ce propulseur vétéran a fortement changé de braquet, enchaînant les rotations à une cadence infernale et tombant régulièrement sous la barre des 35 jours. Dès lors, l’objectif de voir ce pionnier franchir le cap des 40 tirs avant la fin de l’année 2026 relève de la probabilité forte.
Au lendemain de son succès du 8 juin 2026, l’équation est simple : il reste exactement 206 jours à SpaceX pour planifier les 5 missions manquantes. Cela exige de maintenir un délai moyen de 41,2 jours entre chaque rotation pour être dans les temps. Un rythme que le B1067 maîtrise aujourd’hui sur le bout des doigts.
Un objectif plancher plutôt qu’un plafond
Même en comptant sur une immobilisation un peu plus longue pour une révision majeure — une routine de sécurité logique pour un engin soumis à de telles contraintes —, la marge reste confortable. Sauf incident technique majeur clouant toute la flotte au sol, l’engin devrait, vraisemblablement, s’offrir sa quarantième couronne avant les fêtes de fin d’année.
Et après ? Il n’y a en réalité pas de raison de stopper la trajectoire du B1067 si les inspections de routine ne relèvent rien de sérieux. L’objectif des 40 tirs doit plutôt être lu comme un objectif plancher idéal à atteindre pour SpaceX : la carrière opérationnelle d’un booster aussi vieux n’a aucunement besoin d’être arrêtée si elle continue de donner pleine satisfaction.
Pour casser cette dynamique, il faudrait vraiment que SpaceX soit confronté à un gros loupé — comme une fusée qui explose soudainement en plein vol ou bien qui se rate complètement à l’atterrissage, au moment de se placer pour se poser sur la barge océanique. Mais ce type d’incident est plutôt rare, tout particulièrement chez l’industriel américain.
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