Voilà quasiment trois mois que des astronomes un peu partout dans le monde scrutent un débris spatial de quatre tonnes qui doit bientôt s’écraser sur la Lune. Il s’agit d’un reste de fusée Falcon 9 lancée en début d’année 2025 et qui s’est retrouvé à errer dans l’espace au lieu de redescendre sur Terre comme prévu.
En avril 2026, le site spécialisé Project Pluto, et l’astronome Bill Gray qui le gère, avaient alerté sur cet événement d’ores et déjà programmé dans la matinée du 5 août. Depuis, de nouvelles observations ont été réalisées, avec notamment une table ronde d’experts et une étude prépubliée sur le serveur ArXiv le 16 juillet. On y apprend, sous la plume de toute une série de spécialistes européens, asiatiques et américains, que l’événement sera potentiellement observable depuis la Terre et par des télescopes placés dans l’espace.
Impact d’un débris SpaceX sur la Lune : une observation scientifique inédite et attendue
L’enjeu scientifique est là : jamais un impact artificiel n’a été observé en temps réel sur la Lune. Ces événements peuvent pourtant apporter des renseignements importants sur la manière dont se comporte le régolithe lunaire, mais aussi sur les conséquences sismiques qu’ils provoquent, ce qui nous apporte des informations sur les dynamiques internes de notre satellite.
Ces données ont déjà pu être récoltées lors d’impacts de météorites, beaucoup plus fréquents. Mais ici, l’avantage est de connaître précisément la masse, la taille, et la composition de l’objet qui va frapper la Lune. Il ne s’agit pas d’une météorite observée de loin, mais bien d’un morceau de fusée construite sur Terre, et dont nous connaissons parfaitement toutes les caractéristiques.
Malgré tout, il reste quelques données moins prévisibles, ce qui empêche de répondre précisément à la question : serons-nous capables de voir l’impact ? Par exemple, la position qu’aura le débris au moment de l’impact ne peut pas être connue à l’avance, et elle jouera sur la quantité de poussière déplacée.
Sa vitesse exacte est aussi mal connue. Or, c’est elle qui déterminera la violence du choc, et donc le fait qu’on puisse ou non le voir depuis la Terre. Il n’est donc pas dit qu’un flash de lumière soit visible, même avec des télescopes performants. En plus, le lieu de l’impact n’est pas idéalement situé, puisqu’il aura lieu à la bordure de la face visible de la Lune.
Comment tirer le maximum de données d’un événement rare ?
Les auteurs de l’étude considèrent que trois événements distincts pourront être observés dans le meilleur des cas :
- Un flash de lumière de moins d’une seconde lorsque l’impacteur sera vaporisé lors du choc.
- Un nuage de poussière éjecté à la chute de la fusée, et qui restera en suspension plusieurs minutes.
- Un cratère final, d’un diamètre estimé entre 20 et 30 mètres. Voire un double cratère si jamais l’objet est brisé en plusieurs morceaux lors de sa chute.

Le flash lumineux pourra peut-être être vu avec un télescope amateur, mais la magnitude de l’événement ne peut pas être prévue avec précision, ce qui rend l’observation assez incertaine. Pour le nuage de poussière, il faudra un télescope professionnel et un moyen de masquer la luminosité de la Lune pour voir apparaître les particules par contraste. Enfin, le cratère sera beaucoup trop petit pour être vu de la Terre et ne pourra être observé que par des sondes en orbite lunaire.
Depuis l’Europe, rien de tout cela ne sera visible, car l’impact aura lieu vers 9 heures du matin, alors que le jour sera déjà levé. Mais le continent américain pourra profiter du spectacle. Malgré ces limites, les auteurs de l’étude appellent toutes les personnes intéressées à tenter d’assister à l’impact tout de même. Et ils ont aussi créé un site internet, le Lunar Impact Flash Portal pour rassembler toutes les données récoltées à cette occasion.
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