Voir une fusée exploser serait presque devenu banal aujourd’hui après tant d’essais ratés du Starship par exemple. Mais pour un vrai lanceur, en état de marche, et prêt à mettre une charge utile en orbite, c’est un peu plus rare. Et si l’échec de la New Glenn est si spectaculaire aujourd’hui, il n’est pas le seul exemple des quelques ratés qui ont émaillé l’histoire du développement des technologies spatiales. Voici quelques exemples pour remettre tout cela en perspective.
La championne en titre : la N1
Considérée comme la plus grosse explosion jamais vue dans l’histoire spatiale, celle de la fusée soviétique N1 a marqué la Guerre froide et a signé un tournant pour le secteur en URSS. C’était le 3 juillet 1969, lors du deuxième essai du lanceur lourd développé dans l’objectif d’amener des humains sur la Lune.
Quelques mois auparavant, le premier essai s’était déjà soldé par un échec spectaculaire, et la mission rivale Apollo 11 approchait à grands pas. Dans la précipitation, les ingénieurs soviétiques n’ont pas eu le temps de prendre en compte tous les retours issus du précédent vol et ont dû faire décoller la fusée malgré tout, dans l’incertitude.
Résultat, la fusée n’a pu décoller que de quelques mètres avant d’exploser d’une manière extrêmement violente. Quasiment tous les moteurs se sont arrêtés, la fusée s’est inclinée avant de retomber et l’onde de choc fut si violente que des débris ont été projetés jusqu’à une dizaine de kilomètres alentour. À peine 23 secondes après le top départ du lancement, la fusée retombait au sol, rasant tout le pas de tir.
Si la fusée contenait l’équivalent théorique de 5 kilotonnes de TNT en carburant, l’explosion réelle est estimée à environ 1 kilotonne. Cela en fait l’une des plus puissantes explosions non nucléaires d’origine humaine de l’histoire, la boule de feu illuminant le ciel nocturne à des dizaines de kilomètres à la ronde.
Un évènement qui n’a pas fait de victimes, si ce n’est le programme spatial soviétique qui n’a jamais vraiment réussi à se relever après ça.
Un peu plus tard, deux essais supplémentaires ont été menés avec la N1, mais là aussi sans succès, jusqu’à ce que l’URSS abandonne définitivement le programme.
L’explosion meurtrière de la Longue Marche 3B
En 1996, le secteur spatial chinois était encore très loin de ce qu’il est aujourd’hui, mais commençait déjà à se développer. Dix ans auparavant, la Chine avait commencé à créer un lanceur dédié au marché des satellites géostationnaires, la Longue Marche 3B. Son premier contrat : le satellite Intelsat 708, construit par l’entreprise américaine Space Systems/Loral.
Plusieurs échecs avaient eu lieu auparavant, mais la collaboration s’est tout de même poursuivie entre la Chine et les États-Unis. Et encore une fois, tout ne s’est pas passé comme prévu.

Deux secondes après le décollage, la fusée a commencé à s’incliner à cause d’une défaillance de son système de guidage, puis s’est mise à voler presque à l’horizontale. Les équipes au sol n’ayant pas déclenché le système d’autodestruction, le lanceur totalement incontrôlable a fini sa course 22 secondes plus tard en s’écrasant directement sur un village proche du pas de tir.
L’explosion fut catastrophique pour les villages alentour qui ont reçu une pluie de débris dont le bilan est encore aujourd’hui très incertain. Si les autorités chinoises évoquent six morts et une cinquantaine de blessés, certaines expertises occidentales évoquent plusieurs centaines de victimes. Dans tous les cas, cet échec est souvent considéré comme le pire dans l’histoire du spatial chinois. Même si des événements ultérieurs ont également posé des problèmes.
Sea Launch et le désastre en mer
Dans ce qui semble être un autre monde, les États-Unis, la Russie, l’Ukraine et la Norvège collaboraient au sein d’une entreprise commune : Sea Launch. Leur but : envoyer des satellites en orbite, notamment grâce à une fusée nommée Zenit-3SL.
Depuis 1999 et le premier lancement réussi, tout semblait aller à peu près bien malgré quelques échecs. En tout cas, jusqu’en 2007. C’est là que la Zenit-3SL devait mettre en orbite un satellite de télécommunications NSS 8 pour le compte d’un opérateur néerlandais.

Mais la fusée a explosé de manière spectaculaire directement sur le pas de tir, au moment même de l’allumage des moteurs, avec une telle puissance que les images montrent une immense boule de feu suffisamment grosse pour masquer toute la plateforme de lancement placée sur l’eau.
Heureusement, le pas de tir avait été évacué et on ne déplore aucun blessé dans l’accident, même si la plateforme a été extrêmement endommagée, suffisamment pour stopper les lancements pendant un an.
Endettée, la compagnie s’est mise en faillite en 2009. Elle a pu reprendre ses lancements par la suite, avant de devoir suspendre définitivement ses opérations en 2014 en raison des vives tensions géopolitiques entre la Russie et l’Ukraine. L’entreprise a finalement été rachetée par un groupe privé russe en 2016.
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