Seriez-vous prêts à dormir paisiblement dans une tente à proximité de centaines de moustiques ? C’est une expérience scientifique surprenante qui vient d’avoir lieu en Zambie. Les résultats aident à mieux comprendre comment certains moustiques peuvent repérer les humains de très loin.

Avec le retour des beaux jours, ils vont revenir : les moustiques. Les humains ne semblent pas tous égaux face aux piqures de moustiques, dont le système de détection très sophistiqué intrigue encore les scientifiques. Dans une nouvelle étude, publiée le 19 mai 2023 au sein de la revue Current Biology et repérée par Gizmodo, des chercheurs se demandent justement comment les moustiques parviennent à nous trouver d’aussi loin. Y compris lorsqu’on se trouve à des centaines de mètres de distance de leur trompe.

Afin de le déterminer, les scientifiques ont employé les grands moyens. Ils ont utilisé une « arène de test extérieure de la taille d’une patinoire en Zambie », résume un communiqué présentant les travaux. Les moustiques étaient libres de voler à l’intérieur de cette cage géante. Des tentes ont été même installées et reliées au piège géant : des humains y ont passé quelques nuits — heureusement, sans jamais être en contact direct avec les moustiques.

Un festin géant pour moustiques

Cette arène de 1 000 mètres cubes a permis aux scientifiques de constater que l’odeur corporelle des humains est bien un élément clé pour les moustiques, lorsqu’ils repèrent des humains sur de longues distances. Certains composants de l’odeur corporelle restés en suspension dans l’air expliqueraient pourquoi certaines personnes sont davantage piquées que d’autres.

« Il s’agit du plus grand système d’évaluation des préférences olfactives pour un moustique au monde, selon l’un des auteurs de l’étude, le neuroscientifique Diego Giraldo de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health (Maryland, États-Unis), cité dans le communiqué. C’est un environnement sensoriel très chargé pour les moustiques. » Concrètement, les scientifiques ont installé des zones d’atterrissage espacées et chauffées à 35° C (soit la température de la peau humaine) dans l’arène. Pendant la nuit, 200 moustiques affamés ont été relâchés dans la cage. À l’aide de caméras infrarouge, les chercheurs ont pu suivre à quelle fréquence les moustiques se posaient sur les zones d’atterrissage, probablement prêts à piquer.

La cage géante à moustique et les tentes. // Source : Via Twitter @McMenimanLab
La cage géante à moustique et les tentes. // Source : Via Twitter @McMenimanLab

Les zones chauffées ne semblaient pas particulièrement attirer les moustiques, sauf si elles contenaient aussi du CO2 (dioxyde de carbone). Toutefois, l’odeur corporelle des humains attirait énormément les moustiques, bien plus que le seul CO2. Pour aller plus loin, les chercheurs ont ensuite demandé à des individus de dormir autour de cette arène à moustiques pendant 6 nuits, dans les tentes. À l’aide de climatiseurs, l’air des tentes, chargé d’éléments relâchés par les humains dans leur sommeil, a été acheminé vers l’arène et notamment vers les zones d’atterrissage. Résultat : certains individus ont beaucoup plus attiré les moustiques que d’autres.

Les scientifiques ont alors entrepris d’analyser 40 substances chimiques, toutes émises par tous les cobayes humains, mais dans des quantités différentes. Ils ont ainsi découvert que les humains les plus attirants pour les moustiques émettaient beaucoup d’acide carboxylique (qui serait notamment produit par les microbes sur la peau).

Un moustique vecteur du paludisme

Ces travaux portent sur un groupe de moustiques en particulier, Anopheles gambiae. Cette espèce est vectrice du paludisme, particulièrement en Afrique. Cette maladie mortelle, transmissible par les piqures de certains moustiques, est une vraie préoccupation de santé publique dans le monde. À tel point que certains spécialistes se demandent s’il ne faudrait pas tout simplement éradiquer les moustiques. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, on recensait 619 000 décès imputables au paludisme en 2021. 95 % des cas de paludisme étaient enregistrés en Afrique cette même année.

Le moustique Anopheles gambiae apprécie tout particulièrement se poser sur la peau humaine dans les heures précédant minuit, avec des indices olfactifs pour trouver ses proies. « L’odeur humaine joue un rôle essentiel pour guider […] la sélection des hôtes par ce vecteur prolifique du paludisme lorsqu’il se dirige vers les humains, ce qui entraîne une hétérogénéité intrinsèque dans le risque de piqure humaine », résument les auteurs de l’étude.

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