Malgré sa mort de plus en plus probable, le rover chinois Zhurong surprend encore. Une nouvelle étude indique qu’il aurait découvert des traces d’eau liquide à la surface de Mars. Un phénomène qui aurait pu avoir lieu relativement récemment.

Zhurong a beau être à l’article de la mort, le rover chinois qui entamait son exploration de la surface de Mars il y a deux ans refait parler de lui. Dernière trouvaille en date : il aurait découvert ce qui ressemble à des traces d’eau relativement récente au sol.

Une étude parue ce 28 avril 2023 dans la revue Science Advances revient sur la détection par le rover de formes étranges au sol, dans la région d’Utopia Planitia. Des craquelures qui pourraient avoir été laissées là par de l’eau liquide. Les auteurs chinois écrivent : « Ces caractéristiques ont été formées entre 1,4 million et 400 000 ans. Nous ne pensons pas qu’elles aient pu être créées par du vent et du CO2, mais l’implication d’eau salée est très probablement la cause principale. »

« C’est intéressant, car nous n’avons jamais vu de telles formes, précise Nicolas Mangold, géologue spécialiste de Mars, qui n’a pas participé à l’étude. Ça ressemble un peu à ce qu’a vu la sonde Phoenix arrivée en 2008, mais c’était beaucoup plus au nord, près de la calotte polaire. Ici, c’est une zone très différente. »

Utopia Planitia, terra incognita

Utopia Planitia a été très peu explorée par le passé. Zhurong est le seul rover à parcourir cette immense plaine relativement jeune, et même si des modèles climatiques prévoyaient que de l’eau a pu exister à cet endroit, avoir de vraies traces in situ est beaucoup plus précieux.

Les auteurs de l’étude restent prudents, et précisent bien que ces formes peuvent être dues à autre chose que de l’eau, mais les autres hypothèses sont encore plus improbables. « Il pourrait s’agir de traces de gel, considère Nicolas Mangold, mais ce serait vraiment étonnant d’en avoir à ces latitudes. »

Images prises par Zhurong d'agglomérats de roches
Images prises par Zhurong d’agglomérats de roches. // Source : Étude

Malgré tout, les auteurs pensent mener d’autres études plus poussées pour éliminer toutes les hypothèses. La question de l’existence de l’eau à la surface de Mars dans la période la plus récente est centrale. Si les preuves d’un passé humide de la planète rouge sont nombreuses, la certitude est beaucoup moins forte pour ce qui concerne l’Amazonien. Durant cette période qui a commencé il y a un peu plus de 3 milliards d’années, Mars a perdu son champ magnétique et s’est considérablement refroidie et asséchée. Certaines hypothèses évoquent des restes d’eau liquide à la surface, mais en petite quantité et dans certaines circonstances bien précises. C’est pourquoi les recherches de Zhurong dans une Utopia Planitia formée à cette période sont importantes.

« De l’humidité, guère plus »

D’ailleurs, l’étude affirme que si ces traces sont dues à de l’eau, il s’agit d’une eau extrêmement salée, proche de la saumure. Le sel est utile pour faire baisser le point de fusion, ce qui permet l’existence d’eau liquide, même à des températures loin en dessous de 0°.

« Si cette eau était trouvée sur Terre, nous aurions du mal à la considérer comme de l’eau liquide, nuance Nicolas Mangold. C’est une saumure en très petite quantité, qui pourrait, à la limite, être définie comme une humidité, mais guère plus. »

Pas très appétissant, mais les auteurs assurent que si c’est confirmé, cela pourrait changer la manière dont nous cherchons des traces de vie sur Mars. L’existence de cette saumure de façon « tardive » pourrait signifier que des conditions favorables pour créer la vie ont existé, et perduré, et que c’est une piste à creuser. Ils envisagent, par exemple, des études dédiées aux microbes terrestres qui survivent dans les environnements extrêmement salés, pour voir si des équivalents peuvent être trouvés sur Mars.

Des projets qui rendent Nicolas Mangold un peu sceptique : « Ce type de saumure peut être trouvé sur Terre en Antarctique, et dans le désert de l’Atacama, au Chili. Mais, si de la vie peut y prospérer, c’est avant tout parce qu’il y a de la vie partout ailleurs sur Terre. Ce n’est pas un environnement très hospitalier, même si nous manquons évidemment de données pour en être certains. »

Zhurong le 6 juin 2021. // Source : NASA/JPL/UArizona
Zhurong, vu du ciel de Mars en juin 2021. // Source : NASA/JPL/UArizona

En d’autres termes, l’hypothèse serait que de la vie a existé sur Mars. Cependant, lorsque le climat est devenu plus sec et plus froid, d’autres formes se seraient adaptées à ces poches d’eau liquide salée pour prospérer dans un monde devenu partout ailleurs inhabitable. Une hypothèse intéressante à creuser, mais dont les preuves actuelles restent assez limitées.

Les auteurs de l’étude concluent en disant : « Nos découvertes sont des indices utiles pour préparer les futures stratégies d’exploration pour les rovers martiens. » Ce futur se fera probablement sans Zhurong, puisque le rover chinois arrive sans doute à la fin de sa vie. Des sondes de la Nasa l’ont aperçu immobile depuis des mois, et il ne donne plus de nouvelles. Le responsable chinois de la mission a expliqué le 25 avril dernier que l’accumulation de poussière sur les panneaux solaires était probablement la cause de l’arrêt, mais que les données n’étaient pas suffisantes pour savoir s’il serait encore capable de se réveiller et d’activer son nettoyage des panneaux. Il pourrait avoir jusqu’au 12 juillet pour y parvenir. Au-delà, le solstice d’été sera passé et l’ensoleillement demeurera trop bas pour espérer un retour.

Qu’elle que soit l’issue, Zhurong nous aura apporté une connaissance nouvelle sur cette zone si peu explorée avant lui.

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