Sultan Al Jaber va potentiellement être nommé président de la COP28, événement majeur dédié aux actions internationales sur la crise climatique. Il dirige pourtant la 12e entreprise la plus productrice d’énergies fossiles dans le monde, tout en investissant dans les énergies renouvelables. Une ambiguïté qui ne rassure pas.

La COP représente l’événement politique le plus important pour le climat, chaque année. Paradoxalement, en 2022, la COP27 avait été marquée par la forte présence de lobbyistes défendant les intérêts de l’industrie des énergies fossiles. Résultat, le rapport final ne mentionnait pas réellement d’actions visant à réduire ces émissions polluantes, ni même ne rappelait le rôle de l’humanité dans le changement climatique.

Une partie des lobbyistes présents à la COP27 appartenaient aux pays du golfe, dont les Émirats arabes unis, pays très présent dans l’industrie pétrolière. La COP28, en 2023, se tiendra pourtant bien à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Mais, le paradoxe va bien plus loin : comme le relève The Guardian, le 11 janvier, il semblerait que le président des débats sera Sultan Al Jaber. Celui-ci n’est autre que le PDG d’Abu Dhabi National Oil Company (Adnoc).

Adnoc ou la 12e puissance pétrolière du monde

L’entreprise pétrolière Adnoc est la 12e au monde en termes de production. Sultan Al Jaber endosse par ailleurs d’autres rôles dans le pays : il est le ministre de l’Industrie et des technologies avancées ; et il dirige la société Masdar dédiée de son côté aux énergies renouvelables.

Les Maldives avaient apporté une horloge climatique pour rappeler l'urgence des objectifs de réduction de gaz à effet de serre. En vain. // Source : UN Climate Change
Lors de la COP27, en 2022, les Maldives avaient apporté une horloge climatique pour rappeler l’urgence des objectifs de réduction de gaz à effet de serre. En vain. // Source : UN Climate Change

Le problème, c’est bien l’incompatibilité des intérêts : le président ou la présidente des sessions de la COP a un rôle d’arbitre, en faveur des actions pour mitiger le réchauffement de la planète, pour induire une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il doit demander des comptes aux gouvernements ne respectant pas les objectifs tels que ceux de l’Accord de Paris. Il paraît assez improbable que le dirigeant d’une entreprise pétrolière modère correctement des débats visant à réduire la marge de manœuvre des entreprises pétrolières.

Le profil de Sultan Al Jaber est assez ambiguë quant à sa capacité à endosser ce rôle sans conflit d’intérêt. Tout en dirigeant une société pétrolière, il participe tout de même au développement d’énergies renouvelables dans son pays et il s’est illustré, lors de plusieurs forums internationaux, avec des prises de position en faveur d’une réponse au changement climatique — mettant l’accent sur l’intérêt économique des énergies renouvelables. C’est un paradoxe que le Wall Street Journal mettait en avant en juin 2022 : l’un des plus gros investisseurs dans les énergies renouvelables, sur le plan financier, est aussi un producteur majeur d’énergies fossiles.

« Il est impératif de rassurer le monde entier en quittant son rôle de PDG de la compagnie pétrolière nationale », a déclaré Tasneem Essop, de Climate Action International, auprès de la BBC. « Il ne peut pas présider un processus qui a pour mission de s’attaquer à la crise climatique avec un tel conflit d’intérêt, en étant à la tête d’une industrie qui est elle-même responsable de la crise. »


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