Habemus Piratam de Pierre Raufast est sorti en février 2022 aux éditions des Forges de Vulcain. L’auteur imagine une sorte d’Arsène Lupin du numérique. C’est plaisant et désespérant tout à la fois, un roman essentiel sur le piratage informatique.

En sortant du confessionnal, Francis est un peu sous le choc. Au fin fond de sa campagne, le jeune prêtre est habitué aux confessions d’octogénaires sur les tricheries au Scrabble. Mais celles d’un hacker de haut vol, alors là, c’est d’un tout autre niveau. Il lui faudra bien un verre de vin, ou deux, ou trois, pour gérer tout cela.

Francis n’est autre que le personnage principal de Habemus Piratam, roman de Pierre Raufast dont Les Forges de Vulcain nous offrent une nouvelle édition, en librairies depuis le 9 février 2022. Vous vous passionnez pour le hacking ? Ce roman est fait pour vous. Vous ne vous intéressez pas au hacking ? Ce roman est quand même fait pour vous. Voici les confessions d’un hacker auprès d’un prêtre.

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Bien évidemment, ce hacker n’est pas un ange : vols et escroqueries ont été son quotidien. Ses méfaits vont à l’encontre de tous les commandements de Dieu. Le prêtre et le hacker passent donc un contrat tacite : pour espérer le pardon, le pirate devra venir, semaine après semaine, lister ses péchés pour chaque commandement.

Dans chaque chapitre, Pierre Raufast imagine un « coup » auquel le hacker a participé, aidé ou assisté. Vols de tableaux, de manuscrits, extorsions de fonds (mais seulement quelques dollars par personne !), et autres subtilisations sont au programme. Toute une pléthores d’escroqueries que le pirate nous raconte comme une série de petites astuces malicieuses. Habemus Piratam n’est pas loin d’un récit à la Arsène Lupin, à la différence que les méthodes utilisées par le voleur sont intégralement numériques.

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Habemus Piratam, Pierre Raufast // Source : Aux Forges de Vulcain

Pierre Raufast s’amuse avec l’informatique. Et il prend un plaisir tellement palpable à imaginer ces coups farfelus que l’on s’amuse avec lui. À l’image du prêtre, qui enfile les verres de vin en attendant impatiemment les nouvelles anecdotes du hacker, on se prend totalement à ces jeux informatiques, on tourne les pages avec une curiosité renouvelée à chaque nouvelle arnaque. Un simple transfert USB devient passionnant sous la plume de Pierre Raufast et Habemus Piratam nous captive sans cesse dans les méandres du piratage informatique.

Mais l’auteur est encore bien plus rusé que cela : il s’amuse avec nous bien davantage qu’on ne l’imagine au début (et bien davantage qu’on ne peut le révéler ici). Derrière l’humour qui infuse tout le roman, se cachent les failles de notre monde numérique, dont l’on prend conscience chapitre après chapitre. L’auteur ne part pas de rien pour écrire les anecdotes du hacker : chacune d’elles est relativement crédible car documentée à partir de véritables techniques de piratage informatique, des actualités similaires, des termes existants. Il glisse même un glossaire des termes informatiques à la fin du roman.

Habemus Piratam se révèle finalement tragicomique. Certaines des arnaques perpétrées par le pirate et ses compères vont trop loin et les conséquences en sont parfois assez tristes. Bien que tout relève du domaine du virtuel dans les méthodes utilisées, Pierre Raufast rend les conséquences du piratage tangibles. C’est bien pour cette raison qu’il n’est pas nécessaire de se passionner pour le numérique avant d’ouvrir ce roman. Pierre Raufast livre une lecture aussi pertinente que malicieuse sur la réalité humaine du hacking.