Twitch a porté plainte contre deux auteurs présumés de cyberharcèlement raciste et homophobe, notamment au moyen de bots programmés pour inonder les fenêtres de conversations d’utilisateurs

Il y avait le volet technique pour combattre les raids de haine, en développant des outils de modération et de contrôle au profit des victimes de ces déferlements hostiles. Il y aura aussi un volet judiciaire. Twitch a en effet décidé de mobiliser un nouveau levier pour endiguer un phénomène qui a pris une ampleur critique ces derniers mois, au point de pousser des vidéastes à faire grève.

Dans son édition du 9 septembre, Wired signale que la plateforme spécialisée dans la diffusion de parties de jeux vidéo en direct cible particulièrement deux internautes qui sont suspectés d’avoir industrialisé ces agressions virtuelles, en employant des « bots », c’est-à-dire des programmes conçus pour effectuer des tâches automatiquement — comme envoyer des messages à la chaîne.

Ces messages profitent du fait que le principe même de Twitch est de permettre à un joueur ou une joueuse d’interagir avec son public par un tchat, en direct, en même temps que se déroule la partie. En effet, les internautes peuvent poser des questions, interagir entre eux ou bien réagir à ce que dit ou fait le joueur. Ces raids de haine submergent ces canaux d’échange, rendant toute interaction impossible.

Deux responsables se trouveraient en Europe

Twitch motive son action en justice par le fait que les deux internautes enfreignent ses conditions d’utilisation, qui sont censées être lues, acceptées au moment de l’inscription, et respectées par la suite. Il n’est pas si fréquent qu’un service passe par la case plainte quand survient une violation de ses règles — d’ordinaire, le site se contente de bannir le compte fautif, ce qui suffit à régler le problème.

Dans ce domaine, on peut se souvenir du studio américain Blizzard, qui est allé aussi devant les tribunaux pour poursuivre et faire condamner les auteurs de logiciel de triche. Le non-respect des conditions générales d’utilisation de la plateforme Battle.net, à travers laquelle se déroulent les parties en ligne en multijoueur, avait été mis en avant. Ces textes interdisent expressément toute forme de triche.

L’un des visuels utilisés lors de la journée de protestation : il liste les demandes formulées à Twitch pour améliorer la situation.

Twitch aussi interdit l’emploi de bots. Le géant du streaming de jeu vidéo déclare que les membres acceptent de ne pas accéder à Twitch en utilisant des robots, « spiders », « scrapers », « crawlers » ou n’importe quel autre moyen automatisé à toute fin, et de ne pas chercher à contourner les mesures que le site utilisent pour empêcher ou restreindre l’accès à ses espaces.

Les deux suspects, identifiés par les pseudonymes Cruzzcontrol et CreatineOverdose, seraient basés en Europe, l’un aux Pays-Bas, l’autre en Autriche. Le fait est que les deux auteurs présumés seraient à la tête d’un réseau de quelques milliers de bots, mobilisables pour enclencher des raids de haine contre des vidéastes, en les inondant d’injures, de liens douteux, de médias violents ou hostiles, ou de spam.

Les deux mis en cause ont été bannis de Twitch, mais, d’après la plainte, citée par Wired, « ils ont contourné les interdictions de Twitch en créant de nouveaux comptes et en modifiant continuellement leur « code de raid haineux » pour éviter d’être détectés et suspendus ». Cruzzcontrol aurait notamment mobilisé 3 000 bots au cours de récentes opérations de harcèlement sur Twitch.

Des outils de modération sont en route

La situation semble avoir à ce point dégénéré que des vidéastes se sont organisés courant août pour organiser une journée de protestation : #ADayOffTwitch. En France, l’initiative a été suivie par des vidéastes et les statistiques publiques montrent qu’il y a eu un impact sur l’audience, quoique modéré. Quelques dizaines de milliers de chaînes n’ont pas diffusé et des centaines de spectateurs n’étaient pas en ligne.

Avant la survenue de la journée de mobilisation #ADayOffTwitch, Twitch s’était engagé à des mesures et avait rappelé les outils en place pour affermir la modération sur chaque chaîne. Le service n’avait toutefois pas répondu directement aux demandes formulées par les vidéastes qui sont pris pour cible en raison de leur origine ethnique, de leur orientation sexuelle, de leur religion, de leur genre ou des positions qu’ils prennent.

La journée de mobilisation s’est notamment organisée en France, via quelques vidéastes. // Source : Twitch

Twitch a repris la parole après la grève, pour réitérer sa volonté de prendre le problème à bras le corps. Des outils de modération sont en route, d’autres sont déjà en place et une session vidéo expliquera aux vidéastes comment s’en servir avant et pendant un raid de ce site. Le site a aussi évoqué des mesures au fil de l’eau, mais sans en donner le détail pour, dit-il, éviter de donner des indices aux fauteurs de troubles.

Twitch, qui est une filiale d’Amazon depuis 2014, n’avait toutefois pas évoqué l’idée de se servir de la justice pour tenter de reprendre la main sur un problème pour lequel aucune réponse n’a été jusqu’à présent décisive. La plateforme n’a pas non plus dit si elle finirait par intégrer les suggestions des manifestants, comme la possibilité de bloquer des raids entrants afin de vérifier ce qui arrive.

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