Avec son casting impeccable, la série Betty monte en puissance au fil des épisodes : une ode ultra-contemporaine à la nonchalance et au droit à exister dans une société post-MeToo. C'est beau, doux et puissant. Elle arrive le 2 mai en France.

« Je veux arrêter de me battre contre le patriarcat et commencer à aider le matriarcat », lance Kirt, jeune lesbienne au look de skateuse pastel, après avoir renoncé à en coller une à un homme abusif. Betty, la nouvelle minisérie de HBO en six épisodes, contient peu de punchlines féministes aussi frontales, mais lorsqu’elles fusent, elles font l’effet d’une bombe.

Betty n’est pas le nom d’un personnage ; il s’agit d’un mot d’argot américain qui désigne une jeune femme qui fait du skateboard. Ou plutôt, qui fait semblant. Le terme est souvent utilisé de manière péjorative, pour renforcer les discriminations envers les femmes dans l’espace public en leur niant la possibilité d’accéder aux mêmes loisirs que les hommes. Une Betty est une poseuse, une fausse skateuse, qui n’aime pas vraiment la planche, mais le fait pour être cool.

Toute la portée de la série de Crystal Moselle, adaptée de son propre film Skate Kitchen (2018), est de se réapproprier ce statut sans chercher à faire de ses héroïnes des modèles. Kirt, Janay, Honeybear et Indigo ne sont pas des skateuses pro, elles ne passent pas uniquement leurs journées sur les rampes ; elles connaissent quelques tricks, mais rien qui mériterait de finir au ralenti sur une chaîne YouTube. Mais elles veulent une place, comme tous les autres garçons plantés au sommet des bowls, qui enchaînent les vannes pas drôles et les joints trop chargés.

« Betty » sur HBO

Éloge de la flânerie pour toutes

Les personnages sont d’une nonchalance rare, qui emprunte par moment à celle popularisée par Ilana Glazer et Abbi Jacobson dans Broad City — moins dans leur attitude que dans leur approche hédoniste du quotidien new-yorkais. Les plaisirs simples sont à portée de skate : déambuler dans la rue, aller manger une glace, se promener pour un premier rendez-vous galant, engloutir des champignons et triper dans un parc canin… La quasi-totalité de la série se passe d’ailleurs dans la rue, sur les trottoirs, à l’arrière des camionnettes. On retrouve aussi cette ambiance urbaine caniculaire typique des grandes villes au mois d’août, où on se laisse vivre dans la moiteur des autres, les rayons de soleil couchant dans le dos. Rares sont les protagonistes sur qui on pourrait coller des étiquettes stéréotypées, à part peut-être le dealer un peu trop gentil, comic relief superflu dans un casting presque entièrement féminin.

Le militantisme de Betty n’est pas didactique : il se diffuse à travers les scènes d’errance, il imprègne les relations entre ces femmes politisées, qui comme pour le skate, montrent qu’elles ont le droit d’être imparfaites, que ce soit dans leurs opinions ou leurs actes. Camille (Rachelle Vinberg), une des seules à savoir vraiment bien faire de la planche, n’hésite ainsi pas à abandonner les autres lorsqu’il s’agit d’entrer dans un skatepark très sélect dont on refuse l’accès à ses camarades. Janay (Dede Lovelace), quant à elle, n’aura au départ que des insultes pour cette inconnue qui accuse son ex de l’avoir agressée sexuellement.

« Tu sais ce qu’il se passe quand on court. »

La scénariste et réalisatrice Crystal Moselle ne résiste pas à quelques scènes un peu plus convenues, comme le photoshoot grotesque au cours duquel un homme survolté demande à des mannequins de faire mine de venir « du ghetto (…) mais version commerciale », ou encore cet épisode attendu, où une skateuse explique à une petite fille que pour tenir debout sur sa planche, il faudra qu’elle se débarrasse de sa longue jupe serrée qui empêche son corps d’être mobile et stable.

Si être une femme dans l’espace public est un combat, être une femme noire relève de la lutte de Sisyphe. L’inégalité sera abordée frontalement à la fin d’un épisode, où Honeybear (Kabrina « Moonbear » Adams) lance à sa camarade blanche qui lui somme de courir quand la police débarque dans un bar : « Tu sais ce qu’il se passe quand on court. » La phrase est presque murmurée, noyée dans la cacophonie des sirènes, c’est un axiome, pas un débat.

Dans une société post-MeToo qui tente de se convaincre qu’elle a changé, Betty est un porte-étendard d’autant plus brillant que la série est douce, lente et touchante. Elle monte en puissance à chaque épisode, pour se clôturer sur une magnifique scène d’occupation de la rue en skate, de dizaines femmes, des dizaines de personnes cis, trans, non-binaires, à roulettes ultra stylées qui veulent simplement exister, rapides et furieuses.

Betty est diffusée en France en H+24 sur OCS à partir du 2 mai

En bref

Betty

Note indicative : 5/5

Avec douceur et en prenant son temps, Betty montre un New-York moite et chaleureux, où les femmes prennent de l’assurance avec nonchalance. Une photographie estivale dont le message féministe est d’autant plus fort qu’il est diffus.

Top

  • Un casting divers hors pair
  • La douceur du quotidien confrontée aux discriminations latentes
  • New York l'été

Bof

  • Une série très courte
  • Met un peu de temps à décoller

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