Le nouveau Copyright Madness est là avec au programme le robocopyright de YouTube qui frappe avant la mise en ligne d'une vidéo, Greta Thunberg enregistre son nom comme marque ou encore Jeff Bezos qui s'illustre en tant que déposeur de brevets compulsif.

Copyright Madness

Science ouverte. Avec la crise du coronavirus, les États sont en alerte pour tenter de limiter la propagation de l’épidémie et les virologues du monde entier sont en train de chercher un moyen d’éradiquer le virus. Mais ce ne sont pas les seuls à agir. Si des ministres à l’image d’Agnès Buzyn considèrent qu’une politique d’affichage des gestes à adopter est suffisante, d’autres prennent des mesures plus radicales pour permettre à la science de progresser. Face à l’urgence de la situation, un groupe d’archivistes a pris l’initiative de collecter des articles scientifiques sur le coronavirus, protégés par des murs payants et de les mettre à disposition via à un dépôt en ligne. Ce sont 5 000 articles relatifs au virus qui sont ainsi mis à la portée des scientifiques afin que la recherche puisse avancer la science et trouver un remède. La propriété intellectuelle expose ces archivistes à un risque juridique alors que leur démarche relève de l’intérêt général.

Le coronavirus nCov-2019 (illustration). // Source : Numerama / Claire Braikeh

Minority Report. Le robocopyright de YouTube fait régulièrement son entrée dans le Copyright Madness. Bien souvent, il s’agit d’une demande de retrait totalement abusive de la part de titulaires de droits ou d’un excès de zèle de l’algorithme. Cette fois-ci YouTube a franchi un cap en retirant une vidéo avant même qu’elle ne soit diffusée ! Un vidéaste américain avait annoncé la diffusion d’un direct sur sa chaîne, programmé après un débat des démocrates sur CNN. Il prévoyait de discuter à chaud par caméra interposée avec une autre personne. Mais Warner Bros qui possède CNN a probablement cru que le vidéaste allait diffuser des morceaux du débat. En prévision d’une éventuelle infraction, Warner Bros a tiré plus vite que son ombre. Le pré-crime de la propriété intellectuelle est déjà en place et l’article 17 de la réforme européenne du droit d’auteur risque de conduire à une multiplication de ces dérives par anticipation.

Masochisme. Dans le Copyright Madness, il arrive assez régulièrement que des ayants droit s’adressent des plaintes à eux-mêmes et on aime toujours beaucoup ces grands moments de n’importe quoi ! Cette fois, c’est la société Sony qui a réussi ce petit miracle de s’auto-shooter. Les internautes ont en effet remarqué qu’en début de semaine, le logo de la PlayStation que Sony utilise comme photo de profil sur son compte Twitter avait disparu, remplacé par un rond blanc, avec ce message : « Cette image a été retirée en raison d’une notification du titulaire de droits ». On ne saura sans doute jamais ce qui est passé par la tête de l’employé distrait, quelque part dans les bureaux de Sony, qui a appuyé sur le bouton pour demander ce retrait. Avait-il perdu un pari ? A-t-il subitement oublié pour quelle boîte il travaillait ? Mystère…

Précoce. Les fuites sont devenues l’une des hantises des producteurs de films et dans une certaine mesure, on peut les comprendre. Mais certains d’entre eux tombent carrément dans la psychose et, dans le doute, dégainent leur copyright et réfléchissent après. Cette semaine avait lieu une cérémonie de lancement du nouveau film Dune, réalisé par Denis Villeneuve, que de nombreux fans attendent fébrilement depuis des années. Pour faire monter le suspens, aucun extrait du film n’a été dévoilé et on ne voyait sur scène qu’une image de planète désertique avec le titre du film écrit avec une police stylisée. Certaines personnes qui assistaient à l’événement ont pris des photos et les ont postées sur Twitter. Bam ! Retrait immédiat pour violation du copyright ! Du coup, plusieurs internautes se sont mis à troller en refabriquant eux-mêmes l’image pour la spammer sur le réseau social. Pas certain que cela assure une très bonne pub pour le film…

Dune
Ceci est juste une photo de dune, ce n’est pas une image promotionnelle du film. // Source : Boris Ulzibat

Trademark Madness

Réchauffement climatique. La planète brûle et le changement climatique provoque des catastrophes qui risquent de nous conduire droit dans le mur. Mais il faut croire que la chaleur commence à taper et produire des effets pervers y compris parmi celles et ceux qui militent pour l’urgence climatique. En effet, la militante Greta Thunberg a annoncé sur les réseaux sociaux qu’elle a enregistré son nom comme marque. Sa décision a été motivée par les usurpateurs et les arnaqueurs à la petite semaine qui ont tenté de surfer sur sa notoriété. À l’image de Banksy, elle a été contrainte de recourir au droit des marques pour limiter les usages frauduleux de son nom. Elle indique que les revenus qui pourraient être générés en conséquence serviront à financer la fondation qu’elle a créée. Définitivement rien à voir avec la famille Kardashian…

Cocorico ! Disruption, disruptif.. ces mots auront été répétés en boucle lors de la dernière décennie, jusqu’à l’écœurement. Mais figurez-vous que ce terme a été inventé par un Français en 1992. On le doit en effet à Jean-Marie Dru, un publicitaire aujourd’hui président du groupe de communication américain TBWA.  Non content d’avoir été le premier à utiliser ce terme pour désigner une méthodologie créative qu’il proposait à ses clients, Jean-Marie Dru l’a aussi déposé comme marque pour le protéger dans 36 pays. On connaissait les trolls qui déposent des marques sur les mots du langage courant, mais c’est encore plus malin de déposer avant même qu’ils entrent dans le vocabulaire ! Les mauvaises langues diront aussi que c’est peut-être un Français qui détient la marque disruption, mais ce ne sont pas forcément les entreprises françaises qui sont les plus disruptives…

Patent Madness

Petit génie. Jeff Bezos, le célèbre patron d’Amazon, est l’un des hommes les plus riches du monde. Mais depuis tout petit, son rêve était de devenir inventeur, comme Thomas Edison, et ses parents le faisaient jouer avec des rebuts d’appareils électroniques pour qu’il s’amuse à créer des machines et des robots. Devenu grand, Jeff Bezos garda ce goût pour la bricole, mais elle s’est transformée en tendance à déposer les brevets à la chaîne. Sa société Amazon détient à elle seule plus de 11 000 brevets, dont 154 ont été signés par Jeff Bezos lui-même. Certaines années, il en a obtenu une grosse vingtaine, représentant 20 % des dépôts de sa boîte. On imagine bien Jeff Bezos quittant une réunion d’affaires en criant : « Eurêka, j’ai trouvé ! » pour courir vers son département chargée de la propriété industrielle. L’histoire ne dit pas si c’est lui qui a inventé l’achat en un clic, l’un des brevets les plus WTF d’Amazon…

Le Copyright Madness vous est offert par :

Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à celles et ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

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