Cette semaine, le Copyright Madness revient sur une histoire de DRM impactant l'accès à un jeu vidéo, YouTube qui cause des soucis à un vidéaste qui voulait diffuser une vidéo consacrée à son propre jeu ainsi que sur le buste de Néfertiti. Bonne lecture et à la semaine prochaine !

Copyright Madness

Player 1. On le dit et on le répète, les biens dématérialisés que nous achetons ne nous appartiennent pas. L’anecdote suivante nous le rappelle une fois de plus. Des joueurs ont fait l’amère expérience qu’il ne leur était plus permis de jouer au jeu vidéo Tron : The Evolution, sorti il y a quelques années. En effet, en essayant de lancer le jeu, ils ont constaté que cela ne fonctionnait pas. Un message d’erreur indiquait que la licence a expiré, pour la simple et stupide raison que Disney n’a pas renouvelé son abonnement auprès de la société SecuRom qui permet d’activer ou de désactiver le jeu. Autrement dit, des personnes ayant acheté légalement un jeu se retrouvent dans l’incapacité de pouvoir profiter librement de leur achat. Si ce n’est pas une incitation à faire sauter les verrous numériques que sont les DRM, qu’est-ce que c’est ? !

Tron The Evolution
Cinématique de Tron : The Evolution. // Source : Disney

Game Over. Le système de gestion des droits sur YouTube revient à une fréquence alarmante dans cette chronique, semaine après semaine. Mais il est encore capable de nous étonner par sa capacité à générer des bugs improbables. Cette fois, c’est un concepteur de jeu dénommé American McGee qui a reçu un avertissement sur sa chaîne pour avoir posté une vidéo où il joue… à son propre jeu. Cette absurdité s’explique par le fait qu’une compagnie, Illustrated Sound Music, lui a adressé une plainte, sans aucun fondement. Cette société est d’ailleurs connue pour multiplier les signalements abusifs pour s’approprier les revenus publicitaires des vidéastes . Évidemment, comme toujours, cette société va s’en tirer en toute impunité, une preuve supplémentaire de l’injustice qui règne sur YouTube à propos du droit d’auteur.

YouTube // Source : Pxhere

Scan Like an Egyptian. En 2016, une histoire étrange était arrivée à propos d’un célèbre buste de Néfertiti, conservé au Neues Museum de Berlin. On avait en effet vu apparaître sur Internet des scans 3D de cette œuvre si précis que les experts avaient conclu qu’ils n’avaient pu être réalisés qu’à partir de l’original. La copie avait été faite par des activistes qui ont sans doute utilisé des Kinnects pour réaliser discrètement cette capture dans le but de « libérer » le buste de Néfertiti en le rendant imprimable par quiconque. Le musée n’avait pas du tout apprécié cette initiative, car il estimait avoir un copyright sur l’image de l’œuvre. Finalement, l’établissement a un peu changé sa position : il diffuse à présent des fichiers pour l’impression 3D, mais avec une licence CC-BY-NC qui interdit l’usage commercial. Bien tenté, mais cela ne va toujours pas ! L’œuvre a 3 000 ans et appartient au domaine public et ce n’est pas faire un scan 3D fidèle qui permet de générer une nouvelle œuvre protégeable. Il serait temps de laisser Néfertiti vivre sa vie sur Internet…

Néfertiti égypte
Le buste de Néfertiti. // Source : Paul Mannix

Trademark Madness

Fantaisie. Les auteurs de littérature de l’imaginaire font preuve de créativité… avec parfois quelques excès. L’autrice Christine Feehan a sombré dans des univers abyssaux et nous l’avons probablement perdue à jamais. Elle a fait une demande d’enregistrement de la marque « Dark » auprès du bureau américain des marques et brevets. Elle souhaiterait être la seule à pouvoir utiliser le mot « sombre » dans les titres de livres. Embêtant : d’une part, elle tente de s’approprier un mot du langage courant, et d’autre part, elle n’a peut-être pas lu assez de romans parce que la liste des ouvrages contenant ce terme ne se limite pas à ses œuvres. La propriété intellectuelle a cette capacité à faire émerger le Côté Obscur de la Force…

Christine Feehan
Christine Feehan. // Source : RT Book Reviews

N pour Nul. Depuis que nous écrivons cette chronique, nous avons vu des sociétés revendiquer des marques sur à peu près toutes les lettres de l’alphabet. Cette fois, c’est la lettre N qui se fait privatiser. Le fabricant américain de chaussures New Balance a réussi à faire condamner en justice une société chinoise qui utilisait comme lui le N sur des chaussures de sport. Il s’agit pourtant d’un N complètement banal, en blanc avec un simple trait noir pour détourer la lettre. En 2017, New Balance avait déjà réussi à faire reconnaître par la justice chinoise une violation similaire de sa marque, avec un dédommagement record d’un million et demi de dollars. C’était la première fois que la Chine, qui fut longtemps le paradis de la contrefaçon, accordait une telle somme à une société étrangère. C’est formidable de voir la mondialisation en marche du Trademark Madness !

new balance basket chaussure
Une paire de New Balance. // Source : Bart Booms

Patent Madness

Cliché. Ce mois-ci, l’Electronic Frontier Foundation décerne son prix du brevet stupide au troll des brevets Rothschild Patent Imaging LLC pour avoir réussi à obtenir un brevet sur « un appareil mobile de capture d’image ». Dans un jargon moins juridique, il s’agit d’un appareil photo. Le brevet est assez vague car il s’applique sur des dispositifs comme des « récepteurs sans fil », qui vont de pair avec des « émetteurs sans fil » unis par un « processeur fonctionnel » capable d’effectuer un tri de photos par thème ou sujet. Bien évidemment, il n’a pas fallu attendre 2018 pour pouvoir envoyer des photos d’un téléphone à l’autre. Ça s’appelle le Bluetooth. Mais grâce à ce brevet, le patent troll essaie de s’en prendre à la fondation Gnome. Malheureusement, ce brevet a été accordé sans tenir compte de la « décision Alice » prise par la Cour Suprême il y a quelques années. Celle-ci empêche de pouvoir breveter des dispositifs permettant l’automatisation de tâches pouvant être effectuées par des individus.

WTF madness
Bon sang ! // Source : Pierre Lognoul

Le Copyright Madness vous est offert par :

Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à celles et ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

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