Quoi de neuf dans le Copyright Madness ? Une mésaventure amusante pour Donald Trump sur Twitter, mais plusieurs choses du côté du droit des marques avec Banksy qui se trouve obligé d'ouvrir une boutique à Londres ou Apple pris dans une histoire d'émoticônes.

Copyright Madness

Retrait. Nul n’est à l’abri des foudres du Copyright Madness, pas même… Donald Trump ! Pris dans une vilaine affaire à propos d’un coup de fil avec le président ukrainien, Trump a essayé de contre-attaquer en postant sur son compte Twitter un mème basé sur un extrait du clip de la chanson Photograph du groupe de rock canadien Nickelback. Mal lui en a pris, car le label Roadrunner Records, qui détient les droits sur ces images, a effectué une demande de retrait que Twitter a accepté de valider. Résultat : alors que le message de Trump avait été retweeté plus de 100 000 fois, il porte à présent une case blanche, avec la mention : ce contenu a été retiré à la demande des ayants droit. C’est la seconde fois qu’une telle mésaventure arrive à Trump, après un premier retrait d’une vidéo passant en fond sonore la musique du film Dark Knight Rising. Au troisième retrait, Twitter supprimera le compte du Président des États-Unis ? Suspens…

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Donald Trump. // Source : Michael Vadon

Trademark Madness

Absurde. À la surprise générale, l’artiste de rue Banksy a ouvert dans les rues de Londres un Pop-Up Store dans lequel il vend des objets plus étranges les uns que les autres, comme des paillassons confectionnés à partir de gilets de sauvetage récupérés dans des camps de migrants en Grèce. Cette décision pourrait paraître assez contradictoire pour un artiste connu pour s’opposer à la marchandisation de l’art. Mais la raison est à trouver dans le droit des marques et ses absurdités. En effet, Banksy a déposé une marque sur son nom pour empêcher que d’autres ne vendent des produits dérivés réalisés à partir de ses oeuvres. Mais un marchand de cartes postales conteste la validité de cette marque, en faisant valoir que Banksy ne l’utilise pas. Et la loi, cela peut effectivement conduire à son annulation, voire même à son transfert au profit de ce petit malin. Pour éviter cela, Banksy est obligé d’ouvrir une boutique pour prouver qu’il exploite bien la marque. Au royaume de la propriété intellectuelle, c’est toujours la marchandise qui gagne à la fin…

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L’un des graffitis réputés de Banksy. // Source : Diego Fornero

Initiales. Kim Kardashian, alias la reine du Trademark Madness, fait son retour dans cette rubrique. Elle a déposé plainte contre une société chinoise qui a déposé la marque KKW pour vendre des articles comme des étuis pour téléphones portables, des enceintes, des écouteurs ou des lunettes de soleil. Or, KKW fait référence, selon elle, à Kim Kardashian West, son nom complet, et elle a déjà déposé comme marque les trois lettres pour une ligne de maquillage et des objets comme… des lunettes de soleil. Très modeste, Kim Kardashian ajoute que sa renommée mondiale lui permet de s’opposer à cet usage à l’autre bout du globe. Attention si vous avez l’intention d’utiliser les lettres K et W pour quoi que ce soit, Kim pourrait vous attaquer pour dilution de sa glorieuse réputation.

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Kim Kardashian. // Source : The Heart Truth

Géographie. La ville de Liverpool est connue notamment pour son célèbre club de foot, mais le Liverpool Football Club est allé un peu trop loin dans le délire des marques. Voilà plusieurs années que le club cherche à obtenir une marque sur « Liverpool », le nom même de la ville, pour « protéger ses intérêts et ceux de ses supporters ». Or, la ville abrite de nombreux commerces et aussi d’autres clubs de foot qui auraient pu sévèrement pâtir d’un tel dépôt de marque. L’office anglais de la propriété intellectuelle a finalement choisi la voie de la sagesse en rejetant cette demande. Il estime que le mot « Liverpool » a « principalement un sens géographique ». Le plus fort, c’est qu’il soit nécessaire de le redire. Oui, un nom de ville est d’abord fait pour désigner un point sur une carte et pas pour finir en marque !

Le monde du foot est un terreau propice aux délires de la propriété intellectuelle. // Source : Facebook LFP

Trombine. C’est bien connu, chez Apple, des trucs sont tentés et parfois, ça donne une révolution, comme avec l’iPhone. Parfois, ça peut aussi être un peu absurde et même leur causer des soucis sérieux. C’est ce qui arrive avec les memojis, une idée de génie qui consistait pour Apple à proposer à leurs utilisateurs de réaliser une émoticône personnalisée à partir de leur visage. Jusqu’ici, rien de bien exceptionnel, sauf qu’en juin dernier, Apple a ajouté le mot memoji à sa liste officielle de marques. Or il s’avère qu’Apple n’avait pas encore déposé ce terme, sur lequel une autre société, Social Tech, détient de son côté les droits. Pour que l’imbroglio soit encore plus complet, il semble qu’Apple ait fait une erreur en publiant le mot dans sa liste avec un petit R dans un cercle au lieu d’un TM (pour Trademark) et ce sont deux choses différentes aux États-Unis. Le responsable de cette bévue chez Apple doit faire une tête d’émoticône qui pleure…

À lire sur Numerama : Apple est poursuivi en justice à cause de ses memojis

Patent Madness

Parité. La BBC consacre cette semaine un article à un autre aspect peu reluisant du monde des brevets : les inégalités de genre. En effet, seuls 17 % des brevets sont déposés par des femmes. Cet énorme écart entre les deux sexes s’expliquerait par le fait qu’on trouve généralement moins de femmes dans les métiers scientifiques ou techniques, qui sont plus portés à déposer des demandes de brevets.  La part des femmes augmente certes chaque année, mais à ce rythme, la parité ne serait atteinte qu’en… 2070 ! De manière assez surprenante, c’est en Russie que les femmes en déposent le plus, sans qu’on sache très bien pourquoi. Et pour bien appuyer encore les clichés, il se trouve que le brevet sur le lave-vaisselle a été obtenu par une femme…

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L’USPTO est l’instance qui valide les brevets aux USA. // Source : etorov

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Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à celles et ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

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