C'est le retour du Copyright Madness, après une pause estivale bien méritée. Et pour cette rentrée, les dérives sont toujours aussi gratinées !

Cette semaine, le Copyright Madness revient sur Moulinsart qui s’en prend à un auteur de BD, un patron qui détient la marque We et qui fait payer son entreprise pour utiliser la marque ou encore une histoire de vibromasseurs en Belgique.. Bonne lecture et à la semaine prochaine !

Copyright Madness

Bande de bachibouzouks. C’est la rentrée des classes et le retour des dérives de la propriété intellectuelle. Pour attaquer cette nouvelle saison du Copyright Madness, on commence avec la société Moulinsart qui prouve une fois de plus son incapacité à comprendre le concept d’hommage. En début de semaine, Emmanuel Lepage a publié sur son compte Instagram le visuel de l’affiche des trente ans du Centre Belge de la Bande Dessinée. Un grand événement qui sera organisé au début du mois d’octobre. Afin de célébrer le 9ème art, Emmanuel Lepage avait glissé plusieurs clin d’œil au monde de la BD et notamment la fusée de Tintin de l’album Objectif Lune. Moulinsart a aussitôt dégainé la carte propriété intellectuelle et demandé à l’auteur de retirer la célèbre fusée à damiers. Afin d’éviter l’objectif procès, l’auteur s’est exécuté et a produit une nouvelle affiche. Mais de façon habile, cette affiche est un beau pied de nez à Moulinsart.

Mauvaise blague. Nous avons souvent parlé des trolls du copyright dans cette chronique : ces personnes mal intentionnées qui utilisent de fausses accusations fondées sur le droit d’auteur pour extorquer de l’argent. Mais un nouveau champion dans cette catégorie vient d’être repéré ! L’Américain Christopher Brady a tellement abusé du système de notification de YouTube qu’il se retrouve aujourd’hui en procès avec Google. À l’occasion des audiences, on a appris que Brady faisait du chantage avec des vidéastes, en leur proposant de le payer pour qu’il retire ses plaintes. Mais il allait plus loin : il récupérait les données personnelles de ses victimes via les échanges qu’il avait avec elles sur YouTube pour leur faire de très mauvaises blagues. Sa préférée était le « swatting », une pratique consistant à alerter la police pour faire débarquer l’équivalent du GIGN chez quelqu’un, sans raison apparente ! Google l’a épinglé et il risque à présent de prendre très cher. Ces dérives montrent à quel point le système de notifications sur YouTube est défaillant…

Susan Wojcicki, la patronne de YouTube. // Source : Steve Jennings

Prédateur. On dit que le requin est un animal féroce, mais certains humains n’ont rien à lui envier. Un musicien coréen du nom de Pinkfong a réalisé un carton mondial avec une chanson pour enfants intitulée Baby Shark, dont la vidéo a été vue plus de 3 milliards de fois sur YouTube. Mais un autre musicien répondant au nom de Johnny Only prétend que cette chanson est un plagiat d’une de ses propres compositions postées sur YouTube en 2011. Problème : personne ne possède en réalité cette musique, car il s’avère que ce morceau a pour origine une vieille chanson apparue aux États-Unis dans les années 70 après le succès du film Les dents de la Mer. L’air était chanté autour des feux de camp dans les centres de vacances et plus personne ne sait qui l’a écrite en premier. Si cette chanson appartient à quelqu’un, c’est au domaine public.

Baby Shark, doo doo doo doo doo doo. // Source : Conal Gallagher

Cannibalisme. Certains patrons peuvent s’avérer particulièrement cupides au point de plomber leur propre entreprise. En la matière, Adam Neumann mérite sans doute qu’on lui décerne un prix. Cofondateur de la société WeWork, il se fait verser par celle-ci près de 6 millions de dollars par an, car il détient à titre personnel une marque de commerce sur le terme « We ». Outre que la marque consiste ici à s’approprier un mot du langage courant, elle est utilisée par un PDG pour extorquer sa propre entreprise… Les stock options et les parachutes dorés peuvent aller se rhabiller !

Source : 401(K) 2012

Trademark Madness

Petitesse. La célébrité peut faire tourner la tête et donner le sentiment d’être intouchable. Après Kim Kardashian qui a attaqué pour usurpation de look, c’est au tour de la chanteuse Ariana Grande de se faire remarquer. La pop star accuse de violation de droit d’auteur, de marque et violation de son droit de publicité la marque Forever 21, parce qu’elle se serait inspirée de son style vestimentaire pour la campagne promotionnelle de ses cosmétiques. Les affiches de la marque mettent en scène une mannequin maquillée, habillée, avec une queue de cheval dans un décor aux couleurs chaudes. Bon, en d’autres termes, une publicité ! Que ce soit pour un parfum ou pour du maquillage, c’est souvent le même genre de mise en scène. Mais parce qu’Ariana Grande a l’habitude d’apparaître avec une queue de cheval, elle considère que toute personne portant une queue de cheval haute porte atteinte à ses titres de propriété. De même, elle porte des accessoires sur la tête et estime que toute personne avec un diadème ou une couronne commet un acte de contrefaçon. Ariana Grande réclame 10 millions de dollars à la marque et fait preuve d’une bassesse d’esprit…

La chanteuse Ariana Grande. // Source : Lindsay Neilson

No Limit. Aux États-Unis, le football américain est un énorme business, y compris au niveau des universités. Ces établissements engrangent de grosses sommes grâce au merchandising et cela peut les pousser à déposer des marques fantaisistes. L’Ohio State University vient néanmoins de repousser toutes les limites, car elle cherche à déposer une marque sur le mot « THE ». Oui, vous avez bien lu. L’idée consiste à imprimer ce mot sur des T-shirts ou des casquettes pour les vendre. On rappelle qu’une marque est censée avoir un pouvoir distinctif pour désigner spécifiquement des produits et « THE » est sans doute le mot le moins distinctif au monde ! Si cette marque est acceptée, la prochaine frontière consistera à déposer les lettres de l’alphabet et les signes de ponctuation…

Football américain
Un joueur de footbal américain. // Source : Brook Ward

Patent Madness

Jeux interdits. L’adage « quand il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir » pourrait devenir dans l’univers de la propriété intellectuelle « quand il y a des brevets, il n’y a pas de plaisir ».  L’entreprise belge JEP commercialise des vibromasseurs et espère bien limiter la concurrence sur ce secteur. Pour parvenir à ses fins, elle n’hésite pas à invoquer le droit des brevets pour évincer les concurrents. L’entreprise a saisi le tribunal contre l’entreprise néerlandaise Ladies Night qui a tenté de conquérir le marché belge des jouets pour adultes. Cette dernière s’est inspirée du modèle des réunions tupperware pour écouler sa marchandise et en particulier son modèle Cloud9.  Ce produit serait justement celui qui viole un brevet détenu par JEP. Or, il semblerait que les deux entreprises se fournissent auprès du même fabricant qui leur vend un bout de plastique qui vibre. Cette affaire pourrait peut-être se terminer en plan à trois si le fabricant décidait d’être de la partie…

Un modèle de sextoy. // Source : Lora DiCarlo

Le Copyright Madness vous est offert par :

Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à celles et ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

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