Paris Eternal a son tout premier match de la nouvelle saison de l'Overwatch League ce samedi 16 février à 21h. À cette occasion, l'entraîneur de l'équipe, Julien Ducros, donne à Numerama son sentiment avant la rencontre contre London Spitfire.

Le samedi 16 février est une journée à marquer d’une pierre blanche pour la scène de l’esport, en tout cas au niveau hexagonal. C’est en effet à cette date que la toute jeune équipe de Paris Eternal va faire ses grands débuts au sein de l’Overwatch League, la plus relevée de toutes les compétitions que propose Blizzard avec ce jeu de tir à la première personne — à l’exception de la Coupe du monde, qui mobilise des équipes nationales.

Des débuts qui pourraient s’avérer en réalité compliqués, car pour son premier match de la saison régulière, qui a débuté le 14 février, en pleine Saint-Valentin, Paris Eternal va avoir droit à un très gros client : London Spitfire, l’équipe qui a remporté la saison inaugurale de la Ligue Overwatch l’an passé. Une équipe qui d’ailleurs n’aligne que des Sud-Coréens, une nationalité qui s’est forgée au fil des ans une redoutable réputation dans le domaine du sport électronique.

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La ligue Overtwatch

Un contexte favorable

Mais cette première affiche n’alarme pas plus que ça Julien Ducros, alias Daemon. L’entraîneur français de l’équipe parisienne, que Numerama a pu rencontrer à Los Angeles dans la gaming house de Paris Eternal deux jours avant le match, se dit « très confiant » sur ce que sont capablesq de proposer les dix joueurs de l’effectif pour la saison à venir. « Quand je regarde nos derniers entraînements, je vois que cela se passe très bien », confie-t-il au moment où ses poulains sont en train de prendre l’ascendant sur un match d’entraînement contre une autre équipe de l’Overwatch League.

Il faut dire que la pression psychologique est avant tout du côté de London Spitfire : Paris Eternal n’a rien à perdre : le collectif n’a aucun titre à défendre, aucun rang à tenir, aucun prestige à assurer. Tout reste à écrire. L’important en réalité, c’est surtout de ne pas passer à côté du match, même si cela se solde par une défaite. London Spitfire est dans une configuration différente au regard de son palmarès de l’an passé et surtout à cause de son entrée ratée dans la compétition, avec un premier match perdu.

Gaël Poko Gouzerch
Poko lors de l’All-Star Game en 2018. // Source : Robert Paul

Le match d’ouverture a en fait été la réédition de la finale contre Philadelphia Fusion (une équipe dans laquelle joue un Français, Gaël Gouzerch, alias Poko). L’équipe américaine a pu prendre sa revanche cette année contre les « Londoniens » en leur infligeant un score final de 3 à 1. Cela ne dit évidemment rien du classement final qu’occupera London Spitfire à la fin de la saison, mais les voilà à devoir composer avec un faux pas d’entrée de jeu et de devoir maintenant enchaîner avec une équipe dont ils ne connaissent rien.

Et surtout, c’est du pain béni pour Paris, car le staff a pu voir comment jouait Londres dans un vrai match de compétition : quels sont les joueurs qui ont été alignés, quels ont été les personnages sélectionnés, quelles stratégies ont été déployées et quelles positions ont été occupées sur les différentes cartes. Et il n’est pas fréquent que les stratégies changent du tout au tout d’un match à l’autre. Cela ne bouge que lorsque la méta (basiquement, l’équilibrage du jeu) évolue au gré des correctifs.

Julien Ducros, quand il était coach de l’équipe de France. // Source : Fleur Labrunie / Numerama

D’autres grosses affiches prévues

Toutefois, cela ne changera pas nécessairement les six qui seront retenus pour le premier match. « On a déjà une composition qui est déjà plus ou moins décidée et elle devrait demeurer pour la première phase de la compétition, si la méta ne change pas », explique Daemon, lorsqu’on lui demande s’il a déjà une équipe-type. Les grandes lignes ont déjà été fixées il y a quelquesu temps de cela, en accord avec les autres membres du staff — Julien Ducros affirme beaucoup consulter ses collègues avant de trancher.

Maintenant, c’est sur le terrain que tout cela va se jouer. Et les London Spitfire ne sont qu’un match parmi de nombreux autres qui ponctueront la saison. Quand on lui demande quelles sont les équipes de l’Overwatch League qui sont difficiles à jouer, en tout cas dans celles que Paris Eternal a pu rencontrer pendant ses entraînements — les équipes de la Ligue ne s’entraînent quasiment qu’entre elles –, trois noms reviennent dans la bouche de Julien Ducros.

La fameuse finale de 2018. // Source : Overwatch League

Il y a New York Excelsior, que le coach parisien décrit comme étant « très constante, très propre dans sa façon de jouer, avec beaucoup de stabilité et d’intelligence ». Il y a aussi Hangzhou Spark, qui est une équipe « extrêmement novatrice, que l’on a vu tester beaucoup de choses et qui s’est montrée très intéressante ». Enfin, il y a Los Angeles Valiant, une équipe qui « sait s’adapter, qui sait bosser et qui a de très bons résultats en entraînement ».

L’on notera que ces trois équipes comptent beaucoup de joueurs sud-coréens (qui est la nationalité la plus répandue dans la Ligue). Il n’y a que ça chez New York Excelsior et ils occupent presque tous les postes chez Hangzhou Spark. Ils sont aussi majoritaires chez Los Angeles Valiant. On compte en tout vingt équipes dans l’Overwatch League, réparties de manière équivalente entre les divisions Atlantique et Pacifique. Paris est la seule équipe liée à l’Europe, avec Londres.

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Paris a même droit à sa carte en jeu. // Source : Blizzard

Des entraînements qui paient

En visitant la gaming house, qui était alors investie par les joueurs pour une énième après-midi d’entraînement, Julien Ducros a fait savoir que Paris Eternal « a un très bon ratio » de victoires par rapport aux défaites. « On a une équipe qui performant très, très bien à l’entraînement », déclare-t-il, même si ce n’est pas ce qu’il recherche en priorité. Ce qu’il attend de ses joueurs, c’est qu’ils appliquent les consignes établies avant le match et qu’ils se détachent des résultats eux-mêmes.

« Aujourd’hui, si un joueur se concentre trop sur la victoire ou la défaite, il va être affecté et cela peut se répercuter sur son entraînement, et par conséquent ses coéquipiers et les résultats du groupe », met-il en garde. « Le résultat n’est juste que la partie visible de l’iceberg ». Là où il faut se focaliser, c’est sur le degré d’application de la tactique et ce que cela a pu produire en jeu.

« Le résultat n’est juste que la partie visible de l’iceberg »

« C’est là-dessus que j’entends beaucoup insister, surtout dans un contexte où 80 % de ton temps concerne entraînement. Je n’ai pas envie d’entendre quoi que ce soit sur la victoire ou la défaite dans ces créneaux-là. Ce n’est pas l’important », argue-t-il. « Je préfère avoir une équipe qui applique exactement ce qu’on a dit en entraînement ou qui essaie d’appliquer les stratégies, qui donne son maximum et qui perd, plutôt qu’une équipe qui semble vraiment laxiste et qui se retrouve à faire un résultat en compétition très mauvais contre une équipe qui est censée être moins bonne ».

Il reste maintenant à passer de la théorie à la pratique pour les dix joueurs de l’équipe parisienne — qui est composée de quatre Français et de six Européens, une particularité qui n’a pas manqué d’être soulignée depuis que l’effectif a été dévoilé, fin octobre 2018. « aujourd’hui, je pense qu’on est prêt, pour quoi qu’il puisse se passer pendant le match », insiste Daemon, en pointant du doigt que les dix compétiteurs ont fait de belles choses à l’entraînement, même lorsque le schéma de jeu était différent de ce à quoi ils sont habitués.

Objectif en fin de saison

Mais au-delà de ce premier match, l’enjeu pour Paris Eternal sera surtout de savoir comment se terminera l’aventure de cette première année. Si bien sûr toutes les équipes ont pour ambition officielle de finir en tête du championnat, le coach parisien admet qu’il sera déjà satisfaisant de se placer au milieu du tableau. « Je pense que pour une équipe comme la nôtre, si on atteint le top 10 en saison régulière, ça sera bien. Ça sera un bon résultat général, surtout par rapport aux attentes du public et de la scène professionnelle ».

L’intéressé a toutefois nuancé son propos : « je ne me fixe pas formellement un objectif spécifique. la seule chose que je veux faire, c’est me focaliser sur la saison et au bout du neuvième mois voir le résultat et établir un constat ». Et, forcément, tirer les conclusions qui s’imposeront. Et surtout, Daemon tiendra compte du respect de la stratégie. « Si on arrive à un milieu de tableau sans appliquer tout ce qu’on avait prévu, là je ne serai pas content, même si c’est un top 5 ».

« Le bilan ne sera bon que si tout ce qui a été envisagé a été appliqué. C’est pour cela que je ne donne jamais d’importance aux résultats et que j’essaie d’inculquer aux joueurs de faire de même  », écrit Julien Ducros. C’est la condition pour « accéder à un meilleur classement », assure l’homme de 22 ans, qui a été dans une autre vie assistant coach pour Los Angeles Valiant. Il reste à savoir si le haut du tableau sera accessible à ses dix joueurs. Un début de réponse surviendra donc à 21h, heure française, contre London Spitfire.

Le personnage de Doomfist, avec les couleurs de Paris Eternal. // Source : Paris Eternal

Crédit photo de la une : Paris Eternal

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