La nouvelle compilation hebdomadaire de l'actualité de la propriété intellectuelle et de ses dérives est arrivée, toujours concoctée par Lionel Maurel et Thomas Fourmeux, spécialistes de la question du copyright.

Cette semaine, le Copyright Madness revient sur le Kenya doit se battre pour ne pas se faire voler son hymne national ou encore l’éditeur de jeu vidéo Rockstar fait le ménage contre la triche. Bonne lecture et à la semaine prochaine !

Copyright Madness

Tricher, c’est voler. L’éditeur du jeu vidéo GTA est réputé dans le monde du jeu vidéo pour les différents volets de sa saga vidéoludique ou encore pour Red Dead Redemption. Désormais, il est aussi célèbre pour avoir rejoint le très select club du Copyright Madness. L’entreprise s’opposait à un tricheur du jeu GTA V qui a trouvé une méthode pour débloquer de l’argent infiniment dans le jeu. Avec sa technique, le joueur n’était plus obligé de dépenser véritablement de l’argent pour acquérir de la devise virtuelle. Il a même d’ailleurs vendu son code à d’autres joueurs. Évidemment, Rockstar n’a pas apprécié puisque son modèle économique en a pris un coup. L’entreprise a donc porté plainte pour violation de droit d’auteur. C’est assez curieux d’invoquer le copyright dans ce cas de figure a fortiori dans un jeu où le joueur peut être un gangster sans foi ni loi…

Fausse note. Les dérives du robocopyright de YouTube peuvent presque déclencher des incidents diplomatiques ! Cette semaine, une des chaînes YouTube les plus importantes d’Afrique a été frappée d’une plainte pour avoir posté une vidéo comportant l’hymne national du Kenya. La demande de retrait émanait étrangement d’une société basée en Angleterre. Le département de la justice du Kenya a publié une réaction officielle expliquant que l’hymne national appartenait au domaine public et qu’il désapprouvait ce qui s’apparente à ses yeux à une appropriation indue du patrimoine du pays. Le plus cocasse, c’est que cet hymne a été composé, il y a 50 ans, lorsque le Kenya a gagné son indépendance face à l’Angleterre !

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Scène au Kenya. // Source : ViktorDobai

Magouille. Le journal Les Échos a publié cette semaine un article digne d’une de nos chroniques du Copyright Madness. En reprenant quelques célèbres exemples, il rappelle comment les héritiers d’auteurs majeurs du 20e siècle s’organisent pour protéger leur poule aux œufs d’or afin d’éloigner le plus longtemps possible l’échéance du domaine public. Ces héritiers, dont certains ne vivent que de la rente que leur naissance leur a accordée, déposent des marques, protègent des personnages de romans ou encore créditent des veuves pour prolonger la durée des droits de l’auteur décédé. Ces stratagèmes nuisent à l’enrichissement du domaine public et porte atteinte à la liberté de tous ceux qui voudraient s’approprier l’œuvre pour la réinterprétée à leur façon en rendant hommage à l’auteur.

Calendrier de l'Avent 2019 Domaine Public
Chaque année, de nouvelles œuvres entrent dans le domaine public. // Source : SavoirsCom1

Trademark Madness

Corsé ! On vous en a déjà parlé, il y a quelques semaines, mais les choses ne s’arrangent pas du côté de la famille de Bob Marley, qui semble accorder beaucoup d’importance à des choses très éloignées de la musique. Leur préoccupation du moment consiste à faire confirmer par la justice américaine une condamnation de 2,5 millions de dollars à l’encontre de la société Jammin Java. Celle-ci avait obtenu de la famille une licence pour vendre un café « Bob Marley », mais après quelques années, la relation s’est envenimée et les descendants du pape du Reggae ont lâché une horde d’avocats. Ceux-ci vont visiblement réussir à maintenir l’amende, mais l’histoire ne dit pas si le grand Bob approuve cette mercantilisation de son nom…

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Grafitti de Bob Marley. // Source : Thynus

Bêtise suprême. Il y a quelques semaines, nous vous rapportions le cas d’un partenariat entre Samsung et la marque de vêtements Supreme. Ce rapprochement commercial avait surpris et mérité sa place dans notre chronique parce que Samsung s’était associée avec une marque non officielle qui a profité d’un flou juridique dans le droit des marques italien. La véritable marque Supreme, basée à New York, s’était manifestée en dénonçant ce partenariat avec une entreprise contrefaisante. Nous pouvons être rassurés, Samsung a annoncé avoir fini de réévaluer ce partenariat et y a mis terme. On reste un peu sur notre faim, on espérait que cette affaire remonte jusqu’à la Cour… Suprême. ;-)

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Le Samsung Galaxy S8. // Source : Numerama

Petit malin. C’est fou comme certains filous peuvent être créatifs quand il s’agit de faire de l’argent en bidouillant le droit des marques. L’université Harvard a eu la mauvaise surprise de constater qu’un certain nombre d’écoles privées portaient son nom en Turquie, sans son autorisation. Ce qui explique cette épidémie de contrefaçon, c’est un petit malin qui vendait des licences d’utilisation en espérant que sa combine passe inaperçue. Le personnage avait déposé dans le pays la marque Harvard Publishers, liée à une société bidon. La prestigieuse université américaine a fini par saisir la justice turque qui a condamné ces agissements. On accorde de notre côté à cet individu un diplôme de Trademark Madness !

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Harvard // Source : Daderot

Le Copyright Madness vous est offert par :

Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à celles et ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

 

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