Mélange détonnant de films adolescents à la Lolita malgré moi avec une touche de fantastique façon The Faculty, le film Jennifer’s Body nous ramène à la fin des années 2000, au cœur d’un lycée américain typique. On suit les aventures de Jennifer (Megan Fox) et sa meilleure amie Needy (Amanda Seyfried). La première est une mean girl sexy et populaire, que toutes les filles rêvent d’être à cet âge et qui fait fantasmer tous les garçons. La deuxième est une « fausse moche » (un grand classique hollywoodien dans les teen movies) au look de bibliothécaire, qui a du mal à s’affirmer.
Leur amitié déséquilibrée bascule quand un soir, Jennifer et Needy survivent de justesse à l’incendie spectaculaire d’un bar. Alors que Jennifer suit les membres d’un groupe de rock sataniste qui se produisait ce soir-là, Needy rentre chez elle. Victime d’un sacrifice rituel, Jennifer revient possédée par un succube. Pour survivre, elle doit désormais manger ses pairs à intervalles réguliers ! Au-delà de ce pitch déjà fou, voici six bonnes raisons de savourer Jennifer’s Body.
Pour la performance de Megan Fox
A l’époque de sa sortie, le film est vendu sur le nom de Megan Fox. Le marketing capitalise sur son image de sex-symbol international, acquise depuis le succès de Transformers, sorti en 2007. Le but est de séduire les jeunes hommes. Une scène de baiser entre Needy et Jennifer figure dans la bande-annonce. Furieuse, la scénariste Diablo Cody rappelle aux publicitaires que « ce film est aussi pour les jeunes femmes ! ».

Actrice objectifiée à Hollywood depuis son adolescence, puis slutshamée pour son apparence et ses opérations chirurgicales, sans parler de ses désaccords avec Michael Bay qui lui ont coûté cher en terme de carrière, Megan Fox n’a pas reçu les louanges qu’elle aurait dû pour sa performance inoubliable dans le rôle de Jennifer.
L’actrice parvient à être à la fois drôle, effrayante et sexy dans un rôle de « méchante » qui aurait pu devenir totalement antipathique. Si le film est devenu iconique, c’est aussi grâce à elle.
Pour la relation entre Jennifer et Needy
Si Megan Fox irradie de charisme, sa partenaire de jeu, Amanda Seyfried, qui a depuis fait ses preuves dans des rôles marquants (Mamma Mia, The Dropout ou plus récemment La Femme de ménage), lui donne idéalement la réplique dans le rôle d’une adolescente coincée, qui refoule ses véritables désirs. Ce duo féminin, à l’alchimie palpable, constitue le cœur battant du film.

Il y a bien le petit ami de Needy, ce pauvre Chip (incarné par Johnny Simmons), qui traîne par là, mais il est relégué à l’équivalent masculin de la demoiselle en détresse. Jennifer’s Body est un des rares films hollywoodiens, encore plus à la fin des années 2000, centré sur la relation complexe et chaotique entre deux jeunes femmes. Mi-amicale, mi-romantique, elle est faite d’un mélange explosif de désir, de violence et de rivalité à un moment de la vie, l’adolescence, où l’on se construit.
La scénariste Diablo Cody a apporté sa vision de ce couple hyper fun mais un brin toxique : « Needy était amoureuse de Jennifer. Et j’aime que notre public queer le reconnaisse et le célèbre. […] Je ne pense pas que Jennifer ait nécessairement partagé les sentiments de Needy, mais je pense que Jennifer aimait être désirée par Needy. Elle apprécie l’attention qu’elle lui porte. »

En dehors de leur baiser et de la fameuse réplique codifiée bisexuelle – « Je joue dans les deux camps » – lancée par Jennifer à Needy alors que cette dernière lui fait remarquer qu’elle ne tue que des garçons, la meilleure preuve de l’interprétation queer de leur relation, c’est le nombre d’éveils LGBTQ+ que le film a provoqué.
En 2021, Megan Fox témoigne dans une interview : « Je ne peux pas vous dire combien de filles, que ce soit des filles de 30 ans ou des adolescentes – et de mon âge – viennent me voir et me disent : « J’ai réalisé que j’étais gay grâce à toi » ou « Je me sentais à l’aise de faire mon coming out grâce à toi, en raison de Jennifer’s Body et des interviews que tu as données révélant que tu étais bisexuelle avant que ce ne soit considéré comme cool. »
Un duo féminin derrière la caméra

Jennifer’s Body a été pensé par deux femmes, un geste toujours rare à Hollywood quand l’inverse (un homme à la réalisation, un homme au scénario) reste d’une banalité confondante.
La réalisatrice Karyn Kusama, féministe assumée, a une prédilection pour les récits centrés sur des personnages féminins complexes, qui expriment leur violence. On lui doit notamment Girlfight (2000) avec Michelle Rodriguez et le film d’action Aeon Flux (2005) avec Charlize Theron. Plus récemment, c’est l’une des productrices et réalisatrices de l’excellente série horrifique Yellowjackets (diffusée depuis 2021 sur Showtime et Canal +).

De son côté, Diablo Cody sortait de la hype de Juno (2007), la comédie dramatique indé qui a révélé Elliot Page au grand public. Elle était considérée comme une plume talentueuse et subversive que Hollywood commençait à s’arracher, tout en ne sachant pas trop comment la rendre mainstream. La même année que Jennifer’s Body, Diablo Cody crée la série United States of Tara, portée par Toni Collette.
Avec Jennifer’s body (le titre du film est une référence à la chanson éponyme du groupe de rock Hole, mené par Courtney Love), Diablo Cody va sublimer le film de série B en y apportant de l’humour méta et des dialogues irrésistibles du genre « Hell is a teenage girl ».
Pour son propos féministe avant-gardiste

Échec commercial et critique à sa sortie, Jennifer’s body a été un film longtemps incompris. Les analyses sont passées à côté de son style camp – une esthétique qui chérit le mauvais goût, le kitsch et l’ironie, et se moque des conventions de genre en créant des personnages aux styles exagérés – et de son propos féministe précurseur.
Au fil de nouvelles projections en cinéma club et de la ferveur jamais démentie du public LGBTQ+, Jennifer’s body est devenu un classique sous-côté. A partir de 2017, le mouvement Me Too permet à Diablo Cody et Megan Fox de reprendre la parole sur le film, et les analyses féministes se multiplient.
Jennifer est l’archétype d’un personnage féminin qui n’est pas censé survivre dans un film d’horreur. C’est une jeune femme sexy, comme Tatum dans le premier Scream, sûre de son pouvoir de séduction et qui n’est pas vierge. Autant de caractéristiques qui font d’elle de la chair à canon dans un film d’horreur basique. Pas dans Jennifer’s body.

A la suite d’un sacrifice rituel (de jeunes hommes la tuent pour s’assurer richesse et prospérité) qui peut être lu comme une métaphore du viol, Jennifer revient sous la forme d’un succube. Le fait qu’elle ne soit pas vierge l’a ironiquement sauvée. Son corps a été sexualisé, objectifié et violenté. Sous sa forme de succube, Jennifer va se le réapproprier et l’utiliser comme un outil de vengeance, en s’attaquant exclusivement aux hommes tout au long du film.
Pour regarder Lisa Frankenstein
Réalisé par Zelda Williams en 2024 et écrit par Diablo Cody, Lisa Frankenstein est une variation féministe autour du mythe de la créature de Frankenstein. L’action se situe en 1989 et on suit les aventures macabres et hilarantes de Lisa (Kathryn Newton, à l’affiche de Wedding Nightmare 2), une lycéenne marginale qui réanime accidentellement le cadavre d’un beau jeune homme (incarné par Cole Sprouse, de Riverdale) de l’époque victorienne lors d’un orage.
Dans ce film électrisant, situé quelque part entre Une créature de rêve de John Hughes (1985) et Edward aux mains d’argent (1990) de Tim Burton, on retrouve toute la verve de Diablo Cody alliée à une reconstitution pop des années 80. Cerise sur le chouchou : la reine de la comédie d’horreur méta a fait savoir dans une interview que Lisa Frankenstein se situait dans le même univers fictif que celui de Jennifer’s body. Si vous avez aimé son film culte, donnez donc votre chance à ce bonbon horrifique.
Une suite est en préparation !
Incroyable mais vrai : Diablo Cody a révélé en mars dernier qu’elle était en train d’écrire le script de la suite de Jennifer’s Body ! La scénariste prévient qu’il ne s’agira pas d’une suite ordinaire. Elle a eu carte blanche pour écrire ce revival, qui vont faire frémir les fans du premier opus de plaisir.

La scénariste explique : « En vérité, c’était une situation inhabituelle où ce sont les fans qui m’ont inspirée à mon tour. Tout le film est imprégné de cet amour, de cette reconnaissance et de cette redécouverte. Chaque film traite d’autre chose que son sujet apparent. Celui-ci ne parle pas seulement de Jennifer et Needy, il parle de moi. L’écrire a été une expérience vraiment cathartique. J’ai ressenti beaucoup de gratitude pendant le processus d’écriture. Tout cela ne serait pas arrivé si les gens n’avaient pas manifesté autant d’amour pour le premier film. »
La grande question qui nous brûle les lèvres concerne les retours d’Amanda Seyfried et Megan Fox. S’ils n’ont pas été officiellement confirmés, la première a fait savoir qu’elle était dans les starting blocks pour reprendre son rôle, mais aussi qu’elle ne reviendrait pas sans Megan Fox. Hashtag sororité !
Le verdict

Jennifer’s Body
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