Vous pensiez en avoir fini avec le régime de Gilead ? Que nenni ! Le 8 avril, Disney + diffuse les trois premiers épisodes de The Testaments, la suite de la série culte The Handmaid’s Tale. « Under His Eye ».  

À peine les adieux avec The Handmaid’s Tale effectués en 2025, après six saisons de bons et loyaux services – et de qualité inégale, il faut bien l’avouer -, le showrunner Bruce Miller rempile à Gilead avec The Testaments. Composée de dix épisodes pour sa première saison, diffusée sur Disney + à compter du 8 avril (trois épisodes mis en ligne d’un coup, puis un par semaine), cette nouvelle série prend place cinq ans après la saison 6 de The Handmaid’s Tale et son final explosif. 

Cette fois, pas de servantes en robe rouge et coiffe blanche. The Testaments nous plonge au cœur de la fabrique des futures épouses des Commander. Numerama vous donne cinq bonnes raisons de lui donner sa chance.  

SPOILERS (8)

C’est une nouvelle adaptation d’un roman de Margaret Atwood

Penguin Random House
La couverture du roman de Margaret Atwood,The Testaments // Source : Penguin Random House

A l’instar de The Handmaid’s Tale, série adaptée du roman éponyme de Margaret Atwood publié en 1985, la nouvelle série The Testaments s’appuie sur la plume géniale de l’écrivaine féministe. C’est d’ailleurs inspirée par le succès planétaire de la série pendant sa diffusion (entre 2017 et 2025) et par le mouvement Me Too que Margaret Atwood a imaginé une suite à son roman dystopique, The Testaments, publiée en 2019

Le fait d’avoir un matériel d’origine littéraire permet de faciliter la mise en place de l’univers et des personnages, qui s’inscrivent dans la continuité de celui de La Servante écarlate, tout en étant différent, puisqu’on ne suit pas les mêmes classes sociales et que le régime de Gilead a été affaibli et n’est plus aussi invincible que durant la première saison de The Handmaid’s Tale. 

The Handmaid's Tale  // Source : Hulu
June Osborn (Elisabeth Moss) dans la première saison deThe Handmaid’s Tale, diffusée en 2017 déjà. // Source : Hulu

En revanche, la sérieThe Testaments risque de se heurter aux mêmes difficultés que sa grande sœur : les scénaristes devront imaginer la suite des événements en saison 2, sans se reposer sur un roman. Et là, on pense à la jurisprudence Game of Thrones : quand une série a commencé comme une adaptation, puis doit suivre son propre chemin loin de la vision originale de l’auteur, cela peut ne pas plaire à tout le monde !  

Parce qu’on change de point de vue  

C’est l’argument principal de The Testaments pour éviter la redite avec la série-mère. Cette fois, on ne s’intéresse pas à la classe des Servantes, ces femmes fertiles réduites à l’esclavage sexuel pour les familles évoluant à la tête de Gilead, mais à celle des futures épouses des Commander. L’intrigue se déroule dans une école d’élite, supervisée par nulle autre que Tante Lydia.

On suit en particulier la trajectoire d’Agnes MacKenzie (Chase Infiniti), une adolescente endoctrinée, comme ses camarades, par l’idéologie de Gilead, la seule qu’elle ait connu. L’école accueille aussi une nouvelle venue, Daisy (Lucy Halliday), une « Pearl Girl ». Ainsi sont nommées les jeunes filles étrangères recrutées par des simili témoins de Jéhovah, version Gilead. Daisy a vécu à Toronto avant de rejoindre volontairement Gildead, après une tragédie familiale. 

Entourées d’autres adolescentes, Agnes et Daisy entament un passage à l’âge adulte semé d’embûches, qu’elles nous racontent chacune leur tour en voix-off. On leur martèle qu’elle ne doivent attendre qu’une chose de la vie : leurs premières règles, qui les fera passer de « Prunes », la couleur de leur uniforme, à « Verte », la couleur des robes des épouses, signe qu’elles peuvent être convoitées en mariage par des Commander ayant deux à trois fois leur âge.

The Testaments // Source : Disney+
Lydia et ses nouvelles protégées dans The Testaments. Du bon temps en perspective ! // Source : Disney +

Ces adolescentes grandissent trop vite, dans un environnement extrêmement puritain, misogyne et violent.The Testaments, c’est un peu la version honnête et cauchemardesque de Bridgerton. L’école de Tante Lydia leur apprend à prier et à devenir une parfaite maîtresse de maison, stricte avec ses futures Martha (le nom des domestiques au sein de la dictature) et ses enfants, soumise à son mari. 

Mais Tante Lydia, dont on accède aussi au point de vue dans certains épisodes, et les autres professeurs de l’école auraient tort de sous-estimer ces adolescentes en quête d’une émancipation impossible. Confrontées à la violence patriarcale (la série traite d’agressions sexuelles et de mariage forcé), elles pourraient bien se rebeller et porter le coup de grâce au régime délétère.  

Pour prendre des nouvelles de June 

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On retrouve une June apaisée mais toujours déterminée dans The Testaments. // Source : Hulu

Vous vous en doutez : pour établir un pont entre les deux séries, The Testaments convoque quelques protagonistes issues de la série originale. Et c’est sans surprise mais avec grand plaisir que le premier épisode de la série nous permet de retrouver June Osborn, la Servante écarlate originelle incarnée par Elisabeth Moss, résistante toujours en activité au sein du groupe Mayday.  

On ne rentrera pas dans les détails des raisons de son apparition, mais June tient un rôle émouvant et indispensable de mentore pour les jeunes générations dépeintes dans cette nouvelle série. Il s’agit de continuer le combat – d’autant que sa fille aînée a grandi à Gilead et y est toujours – mais aussi de passer le relais de la résistance, avec la victoire complète en ligne de mire. June en est persuadée : Gilead va tomber. Mais la chute d’un régime autoritaire prend du temps. 

Pour son excellent casting

Chase Infiniti dans The Testaments // Source : Disney+
Chase Infiniti dans The Testaments // Source : Disney+

Le personnage d’Agnes est incarné avec subtilité par Chase Infiniti, une nouvelle venue à Hollywood, remarquée dans la série Présumé innocent en 2024 avant de tenir le rôle de la fille de Leonardo DiCaprio dans le film de Paul Thomas Anderson, Une bataille après l’autre. Elle représente notre point de vue principal, et son éveil aux horreurs de Gilead que nous suivons. A ses côtés, l’actrice Lucy Halliday sort aussi du lot dans le rôle de Daisy, une adolescente complexe et attachante, qui risque beaucoup.  

La série tient aussi grâce au casting secondaire impeccable : Ann Dowd reprend son rôle d’une Tante Lydia plus tiraillée que jamais entre sa mission sacrée à Gilead et sa volonté de protéger les adolescentes.

D’autres jeunes actrices sortent du lot, comme Rowan Blanchard et Mattea Conforti, qui incarnent avec conviction deux archétypes adolescents, Shunammite, la mean girl aux répliques tranchantes, et Becka, qui en pince pour Agnes, sa meilleure amie.  

Pour son esthétique à la Virgin Suicides 

Le thème de l’adolescence empêchée par des environnements familiaux toxiques a été exploré plus d’une fois à Hollywood. L’esthétique de The Testaments, ses tons doux qui contrastent avec la violence du régime, évoque celle d’un classique du genre, Virgin Suicides. 

Comme dans le film de Sofia Coppola, où une sororie de cinq adolescentes étouffée par des parents puritains se suicidait, une musique rock typique de l’adolescence des années 90/2000 (on entend les Cranberries ou Alt-J) accompagne certaines séquences de The Testaments aux allures de clip (une des marques de fabrique de The Handmaid’s Tale). Il y a quelque chose d’éthérée, de solaire et de fantasmé (à l’image du fantasme de l’amour que l’on inculque à ces jeunes filles) dans l’esthétique proposée par la série, qui reflète les possibles de l’adolescence mais cache aussi la noirceur du destin de ces futures épouses. 

Pour voir (enfin) à quoi ressemble les règles

The Testaments // Source : Disney+
Derrière les façades poudrées et les chorégraphies gracieuses, la vie des « Prunes » est loin d’être rose dansThe Testaments // Source : Disney+

Même en 2025, le sujet des menstruations reste délicat à aborder dans la fiction, et rarement mis en image de façon réaliste. The Testaments vient combler ce manque : dans cet univers obsédé par la natalité et le contrôle des corps féminins, l’arrivée des règles, ritualisée, marque une étape majeure. La série en profite pour nous montrer ce que les publicités se sont refusées à mettre en images pendant (trop) longtemps : des serviettes hygiéniques tachées de sang rouge ! 

Dans cette école aux airs de lycée pour bourgeoises des années 50, la série montre aussi le manque d’information que reçoivent ces jeunes femmes quant à leur santé sexuelle et à la sexualité dans son ensemble.

Quand on voit la levée de bouclier que soulève la mise en place d’un programme de santé sexuelle et affective pour les jeunes en France, en 2026 (sans parler d’autres pays comme les Etats-Unis), The Testaments n’apparaît pas tant comme une dystopie que comme le miroir fictionnel de l’ère de backlash féministe que nous vivons, dix ans après Me Too. Sa pertinence sociétale est peut-être la meilleure raison de la visionner.

Le verdict

Chase Infiniti dans The Testaments // Source : Disney+
7/10

The Testaments

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Suite ambitieuse à la série déjà culte The Handmaid’s Tale, The Testaments prolonge l’univers de Gilead en renouvelant son point de vue. Adaptée du roman éponyme de Margaret Atwood, The Testaments séduit par son changement de perspective, centré sur de jeunes filles promises à devenir des épouses de Commander, offrant un récit d’apprentissage sombre et politique. Un casting rafraîchissant est emmené par Chase Infiniti tandis que Tante Lydia, toujours incarnée par l’excellente Ann Dowd, gagne en complexité. L’esthétique douce contraste efficacement avec la violence du propos. Enfin, la série se distingue par sa représentation des violences sexuelles et des menstruations, renforçant sa portée critique et contemporaine. Elle risque en revanche de faire face aux mêmes impasses et facilités scénaristiques que The Handmaid’s Tale dans ses prochaines saisons, puisque les deux séries ont le même but : faire tomber Gilead.
Comparatif svod // Source : Montage Numerama

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