« La robe est devenue un uniforme et nous sommes devenues une armée. » explique June dans la saison 6 de The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate. Sans même avoir regardé une minute de la série de Bruce Miller, la silhouette de ses héroïnes convoque un imaginaire féministe. Les Servantes écarlates du terrible régime de Gilead ont traversé l’écran pour rejoindre notre réalité : depuis 2017, les militantes reprennent ce costume saisissant pour manifester contre la présidence de Trump et en faveur de l’égalité femmes-hommes.
Si vous ne connaissez de la série que ses costumes iconiques, imaginés par Ane Crabtree, l’heure est venue pour vous de découvrir la mythologie qui se cache derrière.
De quoi parle The Handmaid’s Tale
Adaptée par Bruce Miller du roman « La Servante écarlate » de Margaret Atwood, publié en 1985, la série The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate suit pendant six saisons la trajectoire de June Osborne (Elisabeth Moss), une femme devenue une Servante après la chute des États-Unis et la mise en place du régime brutal et violemment patriarcal de Gilead.
Dans ce récit dystopique glaçant, suite à une baisse du taux de natalité dans le pays, une secte politico-religieuse protestante a pris le pouvoir et installé une théocratie (une régime politique fondé sur des principes religieux) qui a retiré aux femmes tous leurs droits fondamentaux, à commencer par celui à disposer de leurs corps. Les femmes ont été divisées entre fertiles et non fertiles. Celles que l’on appelle les Servantes ont été « réquisitionnées » par les Commander et leurs épouses (reconnaissables à leurs robes vertes) pour leur produire un enfant. En d’autres termes, June et les autres femmes en capacité de procréer ont été réduites en esclavage sexuel.

La cérémonie est en fait un viol ritualisé d’un homme sur une femme, qui se répète chaque mois. Rebaptisé « Defred » (« Offred » dans la version originale), June est au service du commandant Fred Waterford (Joseph Fiennes) et de sa femme toxique, Serena Waterford (Yvonne Strahovski).
Sa vie est tout simplement un enfer. Séparée de son mari Luke (O-T Fagbenle) lors du coup d’État, June ne sait pas s’ il est vivant ou mort. On lui a aussi arraché sa fille, Hannah. Au fil des saisons et de ses péripéties dans et hors Gilead, June va retrouver sa meilleure amie Moira (Samira Wiley), se trouver des alliés inattendus et devenir l’une des plus grandes résistantes au régime mortifère.
Où voir The Handmaid’s Tale en France

Diffusée entre 2017 et 2025 sur Hulu aux États-Unis, The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate s’est frayée un chemin en France via OCS. Elle est donc restée relativement confidentielle, avant de prendre ses quartiers sur Disney + en avril 2026. Au même moment, son spin-off, The Testaments, centré sur la vie d’adolescentes à Gilead et se situant cinq ans après le final de The Handmaid’s Tale, débutait sur la même plateforme.
L’arrivée le 6 mai de The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate en intégralité (66 épisodes répartis sur six saisons) sur Netflix, la plateforme qui domine encore le marché français en France, va permettre à la série de gagner en visibilité dans l’Hexagone et de toucher un nouveau public.
Pourquoi The Handmaid’s Tale est déjà culte
Déjà acclamée pour son rôle de Peggy Olson dans la série Mad Men, Elisabeth Moss semble prédestinée à incarner des personnages féminins évoluant vers leur émancipation au coeur d’un environnement ultra-hostile. Dans le rôle de June, survivante de viols, mère et résistante, elle nous embarque avec elle du début à la fin d’une série, qui a connu des hauts et des bas en terme de qualité. Détentrice d’un Emmy et d’un Golden Globe pour sa performance intense, respectivement obtenus en 2017 et 2018, Elisabeth Moss est indissociable du succès planétaire de la série.
L’actrice livre une partition inoubliable dès les premiers épisodes de The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate, réalisés par Reed Morano. La cinéaste a posé les bases de la direction artistique de la série avec ses plans floutés et faussement lumineux, qui rendent l’atmosphère oppressante ; et ses gros plans tendus sur le visage de June et ses micro-expressions, notamment lors de scènes de viol où la caméra adopte son point de vue. On assiste à sa dissociation.

Plus tard, en saison 4, quand June fait face à Fred Waterford, c’est sur une scène clipesque (au ralenti et sur une musique pop) dont la série use et abuse parfois qu’elle libère tout son « female rage », sa rage féminine nourrit par des années de violences patriarcales.
La série propose un regard féminin, également incarné par la voix-off de June, seule porte d’entrée vers sa vraie personnalité puisqu’à Gilead, elle ne peut qu’obéir et échanger des bondieuseries (comme « Béni soit le fruit », auquel il faut répondre « Que le Seigneur ouvre ») avec les autres Servantes écarlates comme la combattante Emily (Alexis Bledel) ou la touchante Janine (Madeline Brewer). L’exceptionnel casting de la série est complété par Ann Dowd dans le rôle de Tante Lydia, la cheffe cruelle mais néanmoins ambigüe des Servantes.

La série a su développer visuellement et narrativement la mythologie imaginée par Margaret Atwood, notamment son système de classe féminine (les Servantes, les Épouses, les Marthas) représenté par différents costumes.
Même s’il s’agit d’une dystopie, l’écrivaine n’a cessé de rappeler qu’elle ne s’est inspirée que de faits réels pour créer la République de Gilead. La série dresse des parallèles avec la dictature de Pinochet ou le régime hitlérien. Difficile aussi de ne pas penser au sort des femmes iraniennes.
Une série tristement visionnaire

The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate s’est aussi fait le témoin d’une époque. Elle a accompagné les deux mandats de Donald Trump, a vu passer le renversement de l’arrêt Roe v. Wade en 2022, qui protégeait l’avortement dans la constitution américaine au niveau national.
Tandis qu’elle racontait comment le régime de Gilead s’est insidieusement mis en place, par grignotement des droits des femmes et des minorités (les personnages LGBTQ+ dans la série, comme Emily ou Moira, sont appelés des « traîtres à leur genre » et risquent la mort), les femmes américaines réalisaient avec horreur que la montée du fascisme et du masculinisme était en marche dans leur pays.

Dépeignant sans fard les violences faites aux femmes (viols, féminicides, travail du sexe forcé), parfois accusée de verser dans le trauma porn (des scènes sensationnalistes destinées à provoquer un plaisir malsain), The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate est devenue une série symbole de la condition féminine à travers le monde et une synthèse flippante de la décennie post Me Too. On retient aussi l’esprit de résilience et de résistance de ses personnages féminins qui parviennent à tisser une sororité indispensable à leur survie.
Dans l’épisode 4 de la saison 1, June, enfermée dans sa chambre pendant des jours, traverse une profonde dépression. Au fond de son unique placard, elle découvre une inscription bien cachée, gravée par sa prédécesseure : « Nolite te bastardes carborundorum », à traduire par « Ne laisse pas les salauds te broyer ». Cette phrase, devenue la réplique la plus culte de la série, lui redonne la force de continuer à vivre et à se battre malgré les circonstances. Elle conclut par ces mots : « Il y avait une Offred avant moi. Elle m’a aidé à trouver mon chemin. Elle est morte. Elle est en vie. Elle est moi. ».
Le verdict

The Handmaid’s Tale
Voir la ficheVous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci
Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.
Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :
- 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
- 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
- 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.
Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.
Toute l'actu tech en un clin d'œil
Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !
Pour ne rien manquer de l’actualité, suivez Numerama sur Google !













