Par les temps incertains qui courent, les reboots de séries cultes ont plus que jamais le vent en poupe. Même s’ils arrivent rarement à la cheville de l’original, les suites ou réinvention d’un concept qui a captivé des millions de personnes constituent une sorte de valeur refuge. La plateforme Disney +, qui diffuse en France les suites des séries Malcolm – Malcolm : Rien n’a changé disponible depuis le 10 avril, et Scrubs, dont la saison 10 sera mise en ligne à compter du 15 avril, l’a bien compris !
Laquelle est la plus culte ?
Chacune à leur manière, ces deux séries ont dynamité le format de la sitcom américaine pour le faire entrer dans le 21e siècle. Créée par Linwood Boomer et diffusée entre 2000 et 2006 sur Fox et M6 chez nous, Malcolm raconte les mille et une bêtises fomentées par une fratrie de quatre garçons que tentent d’élever Lois, leur mère vénère et au bout du rouleau, et Hal, leur père à l’Ouest et presque aussi irresponsable que sa progéniture. C’est Malcolm (Frankie Muniz), le troisième de la fratrie et petit génie geignard, qui nous raconte les mésaventures ubuesques de sa famille, en nous prenant à témoin face caméra.
De son côté, Scrubs, créée par Bill Lawrence et diffusée entre 2001 et 2010 sur NBC et une nouvelle fois M6 en France, suit le quotidien du personnel de l’hôpital du Sacré-Cœur, narré en voix-off par ce grand rêveur de J.D. (Zach Braff) qui débute comme interne. Ce personnage à la Ally McBeal possède une vie intérieure riche. Il se déconcentre facilement et les scènes loufoques qui lui viennent à l’esprit prennent vie sous nos yeux. Il peut toujours compter sur Turk (Donald Faison), son meilleur ami et Elliot (Sarah Chalke), son love interest, pour lui remettre les idées en place ou le conforter dans ses délires, selon les situations.
Les deux séries oublient les rires enregistrés. Malcolm use d’un style de réalisation « fisheye » et Scrubs lorgne du côté de la BD. Avec respectivement sept et neuf saisons au compteur, ces deux comédies ultra-rythmées ont bercé la décennie des années 2000. Mais en s’attaquant au sujet par excellence du genre de la sitcom, la famille contemporaine et d’un point de vue de la classe moyenne qui galère à boucler ses fins de mois, Malcolm s’est révélée plus fédératrice que Scrubs. On peut donc considérer que Malcolm et son anarchie familiale est plus culte que Scrubs.
Laquelle a le meilleur angle de revival ?
Avec Tracy Katsky Boomer, sa femme et productrice exécutive de la série, le créateur de Malcolm a trouvé un point de départ truculent aux quatre épisodes qui constituent ce revival : saoulé par sa famille, Malcolm fait en sorte de rater toutes les réunions et autres anniversaires avec sa tribu; en se cachant derrière son travail. Il en est même venu à cacher à ses parents l’existence de sa fille adolescente, Leah (Keeley Karsten) ! Quand Lois et Hal découvrent le pot aux roses, alors qu’ils préparent une grande fête pour leur 40 ans de mariage, c’est la panique générale.
Du côté de Scrubs, le point de départ de la saison 10, composée de neuf épisodes, est plus classique mais fonctionne aussi : un temps éloigné de l’hôpital Sacré-Cœur, J.D. en prend la direction sur la demande du Dr. Cox, dépassé par la nouvelle génération d’internes. L’ancien interne retrouve son BFF Turk, devenu chef du département chirurgie, et Elliot, de laquelle il est divorcé et a eu un enfant. J.D. va devoir trouver son style en tant que chef et mentor des futurs médecins, alors qu’ils navigue dans sa nouvelle vie de célibataire.
Difficile de donner un gagnant dans ce match : les deux points de départ de ces suites tiennent très bien la route. Aller, on l’accorde à Malcolm pour l’originalité.


Laquelle respecte le mieux son ADN d’origine ?
Ce n’est pas au vieux sage que l’on apprend à faire la grimace ! Les créateurs de Scrubs et Malcolm ont pensé au fan service. C’est avec plaisir que l’on retrouve Malcolm, ses frères – seul Erik Per Sullivan, l’acteur incarnant Dewey n’a pas souhaité revenir, remplacé par Caleb Ellsworth-Clark – ainsi que ses parents, incarnés, avec toujours autant de grain de folie par Jane Kaczmarek et Bryan Cranston. D’autres personnages secondaires, comme les membres de la fanfare de Hal ou les potes pas très futés de Francis, viennent passer une tête dans la série.
Aux côtés du trio formé par J.D., Turk et Elliot,Scrubs rappelle aussi quelques personnages « fan favorite » comme le Dr. Cox et sa mauvaise humeur légendaire, le très gênant Dr. Todd ou le fameux concierge qui prenait J.D. comme souffre-douleur. La série rend aussi hommage au Dr. Kelso (incarné par Ken Jenkins, âgé de 85 ans), le mentor de J.D. qui n’est pas présent physiquement dans cette suite. La série dissémine également des petites doses de nostalgie à intervalles réguliers, en insérant de courts passages des personnages à l’époque du début de Scrubs. C’est très malin et ça marche bien, sans parasiter l’épisode.

Les personnages ont beau avoir pris 15 ans dans la vue, c’est comme si on les avait quitté hier ! La série a conservé tout ce qui faisait son charme : les loufoqueries de J.D., les répliques drôlissimes, la tendresse derrière les blagues.
On aimerait en dire autant de Malcolm, mais la sitcom si culte, qui reprend vingt ans après son final, a pour le coup un peu oublié ses racines « classe moyenne ». Dans cette suite, tout le monde semble avoir trouvé un super travail. Et puis la mécanique de la série – gérer des bambins qui créent une anarchie sans commune mesure – ne peut plus fonctionner de la même façon. Les enfants ont grandi et ont quitté le nid. Nous donnerons donc ce point à Scrubs.
Laquelle parvient vraiment à se renouveler ?

Du point de vue de la forme, Malcolm avait l’obligation de se renouveler. Elle élargi le dispositif de confidence face caméra à Leah, la fille de Malcolm. Ce qui fonctionne, sans vraiment faire d’étincelles. Si Reese est encore là pour tourmenter Hal, la série ne nous dit plus grand chose de moderne sur la famille ou les Etats-Unis, si ce n’est que c’est le bazar et qu’il faut l’accepter. C’est un peu court.
La série saupoudre ici là une façade de modernité sans vraiment la rendre organique : Kelly (Vaughan Murrae), l’enfant non-binaire de la fratrie, aurait pu être mieux intégré, tout comme des personnages queer secondaires assez accessoires. C’est déjà ce qu’on reprochait à And Just Like That, le reboot de Sex and the City qui avait introduit un peu de diversité LGBTQ+ et de personnages racisés pour un résultat mitigé. Leur écriture laissait à désirer. Résultat : les nouveaux personnages n’ont aucune alchimie avec les anciens et ça se voit.

Si quelques scènes de Malcom nous tirent des sourires, notamment celles qui laissent Bryan Cranston cabotiner (il l’a mérité, ayant été celui qui a tout donné pour que cette suite de Malcolm ait lieu), la série ne nous arrache pas de rires francs. La comparaison avec l’originale fait mal, parce que cette suite a raté le coche d’actualiser son propos sur la famille, un sujet pourtant inépuisable.
A contrario, Scrubs n’a pas eu à changer sa recette, seulement à la renouveler. Le jeune J.D. et ses collègues dans la série originale deviennent sont devenus des Millenials en proie aux affres des débuts de la quarantaine. Le personnage de J.D., autocentré mais aussi empathique, avait quelque chose de très moderne qui fonctionne encore aujourd’hui. J.D., c’est l’anti-masculinité toxique et le monde a plus que jamais besoin de contre-modèles face au retour de la figure du mâle alpha, notamment sur les réseaux sociaux.

Et puis avec lui, mais aussi Turk et Elliot, la série parle de ce milieu de vie où l’on fait le bilan, où l’on a mal au dos, où l’on aimerait faire des folies comme sortir avec ses collègues de la Gen Z en rave party, avant de se rendre compte que cela inclut un début de soirée à minuit !
Scrubs fonctionne aussi car elle propose un choc des générations drôle et tendre entre les Millenials et les internes appartenant à la fameuse Gen Z (Sam, Asher, Amara etc), qui a ses pratiques et ses propres challenges à gérer. La série évite de caricaturer cette jeunesse qui a grandi avec un téléphone greffé à la main.

La série parle toujours aussi bien des hauts et des bas de l’amitié, des joies du mentorat. Elle se moque gentiment de la culture de la bienveillance en entreprise, grâce à la truculente Sibby Wilson (Vanessa Bayer), la nouvelle directrice RH et d’un centre de bien-être à l’hôpital, ou encore de notre dépendance grandissante aux IA et nouvelles technologies.
Avec cette suite, Scrubs parvient à fois à rester elle-même, drôle, tendre, militant pour la joie du collectif, et à se renouveler, en constatant comme d’autres séries médicales la dégradation du système de santé américain à travers les problèmes d’assurance des patients et la charge mentale des soignants. Elle bat donc Malcolm à plate couture.
Est-ce qu’on en veut plus ?

A ce stade, vous l’aurez compris : la saison 10 de Scrubs est une vraie réussite, qui viendra mettre du baume au cœur des nostalgiques, et séduira avec un peu de chance un nouveau public. Incroyable mais vrai : une suite de série culte peut donc être réussie ! Si l’écriture reste aussi aiguisée et en prise avec notre société, on en redemande. Vivement une saison 11 !
Même si on ne boude pas notre plaisir à retrouver les personnages adorés de Malcolm, ils semblent avoir trop grandi, trop changé, pour que la magie perdure. Le thème de la famille aurait pu être exploité autrement : en explorant les difficultés des anciens enfants à devenir parents (c’est à peine esquissé entre Malcolm et sa fille, beaucoup trop sage pour créer du conflit), ou en se penchant sur le rôle de grands-parents modernes.

La série est trop concentrée sur Malcolm et ses faux problèmes (il va globalement très bien, a une fille qu’il aime et une petite amie géniale) et sur le « Hal show ». On adore Bryan Cranston, mais Hal finit carrément par invisibiliser Lois, dont le personnage de mère croulant sous la charge mentale était le plus moderne à l’époque de la série originale.
Au match des revivals de série culte, Scrubs l’emporte donc haut la main ! Mais vous avez toujours la possibilité de regarder les deux séries sur Disney +, pour vous faire votre propre avis.
Le verdict

Malcolm: Life’s Still Unfair
Voir la ficheOn a aimé
- Le plaisir des retrouvailles avec la tribu
- Hal est toujours aussi fou
- Quelques scènes amusantes
On a moins aimé
- Hal est le seul à être toujours aussi fou !
- Les nouveaux personnages ne fonctionnent pas
- On perd la satire familiale mordante
- Les appartés face caméras n’apportent plus rien
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