« Hello Sidney ! » Si vous avez grandi dans les années 90, ces deux mots ont des airs de madeleine de Proust. Sorti en 1996, réalisé par Wes Craven et écrit par Kevin Williamson, le film Scream a marqué toute une génération d’adolescents et relancé à lui seul le sous-genre horrifique alors moribond du slasher. Trente ans plus tard, la franchise conserve son pouvoir d’attraction intact : la sortie de Scream 7 fait couler beaucoup de sang, pardon d’encre.
Dérivé de slash, soit trancher, le slasher a connu sa première heure de gloire dans les années 70/80, avec des films comme Black Christmas (1974), Massacre à la tronçonneuse (1974) ou Halloween (1978). Sa recette est limpide : un groupe de jeunes personnes se retrouve aux prises avec un tueur masqué, qui les élimine un par un à l’arme blanche. À la fin, il n’en reste qu’une, la Final Girl, plus intelligente et débrouillarde que ses petits camarades.
Au milieu des années 90, Scream avait bousculé les codes du slasher, en y apportant une généreuse dose d’humour et de références méta, en proposant un tueur, Ghostface, au masque iconique et une Final Girl, Sidney Prescott (Neve Campbell) à la fois vulnérable et résiliente. Si l’identité de Ghostface change à chaque film, Sidney est présente dans presque tous les volets de la franchise Scream, dont on vous propose un classement forcément débattable.
7. Scream 7 (2026)
Après le départ précipité de Melissa Barrera (virée après avoir publiquement soutenu le peuple palestinien) et Jenna Ortega, ce nouveau volet de Scream mise tout sur la nostalgie. Réalisé par Kevin Williamson, le scénariste de l’original (mais aussi de Scream 2 et Scream 4), il nous embarque dans la ville de Pine Grove, où Sidney, son mari Mark (censé être joué par Patrick Dempsey, le Mark de Scream 3, il est finalement incarné par Joel McHale) et leur fille Tatum (Isabel May) vivent paisiblement, jusqu’à l’arrivée d’un nouveau duo de tueurs…

Appréciés ou non des fans, les films Scream 5 et 6 avaient le mérite d’avoir innové. Ce septième opus rétropédale, se perd dans ses auto-références lourdingues au premier film et ne fait évoluer ni Sidney Prescott, ni sa fille Tatum (même si on apprécie le clin d’œil à la Tatum du premier film, incarnée par Rose McGowan), qui s’avère une Final Girl bien fade.
Il y a bien cette idée de jouer sur les Deepfakes mais elle tombe à plat et ne nous dit au final pas grand-chose de notre époque. Mis à part la scène d’introduction, plutôt réussie et qui se moque des AirBnb célèbres, les séquences d’épouvante sentent le réchauffé. On ne vous parle même pas de la révélation des tueurs, qui n’a ni queue ni tête. Le créateur de Scream aurait-il enterré sa propre franchise ? L’avenir nous le dira.
Points forts
- Ok, il y a Neve Campbell
- Ok, certaines morts sont réussies
- Ok, on aime Ghostface
Points faibles
- Projet mort né
- Trop de nostalgie tue la nostalgie
- Un reveal risible à souhait
6. Scream 3 (2000)
Trop de méta tuerait-il le méta ? Le passage au XXIe siècle se fait dans la douleur pour ce dernier volet de la trilogie initiale, toujours réalisé par Wes Craven mais avec un nouveau venu au scénario, Ehren Kruger. Nos personnages se démènent loin de Woodsboro, à Hollywood sur le plateau de tournage de Stab 3. Le film ménage quelques effets divertissants : par exemple, chaque personnage fait face à son double fictionnel et Gale Weathers (Courteney Cox) ne supporte pas Jennifer (incarnée par la très camp Parker Posey) qui joue son rôle dans Stab 3.

L’origin story de Maureen Prescott, la mère de Sidney, annonce le mouvement Me Too (jeune actrice, elle a été victime d’un viol par un producteur) et les séquences avec son fantôme qui hante Sid font vraiment flipper.
Pourtant, trop d’incohérences, un mauvais dosage entre humour et scènes de meurtre, des révélations tirées par les cheveux (Roman, le tueur, s’avère être le demi-frère de Sidney, qui aurait tout orchestré depuis le premier film) font de Scream 3 un maillon faible d’une franchise globalement de très bonne facture.
5. Scream 4 (2011)
Une décennie après le dernier volet, Kevin Williamson revient écrire le script de ce nouvel opus. On retrouve une Sidney Prescott trentenaire, qui revient à Woodsboro pour promouvoir un livre autobiographique et tenter de décoller l’étiquette de victime qui lui colle à la peau. Gale et Dewey (David Arquette) sont aussi de retour, mais l’intrigue tourne autour de Jill (excellente Emma Roberts), la cousine adolescente de Sidney, cible d’un nouveau tueur.
Comme dans chaque Scream, certains personnages secondaires sortent du lot, comme la très smart et cool Kirby (Hayden Panettiere) et la révélation des tueurs ne manque pas de piment. On retiendra la fameuse réplique de Jill, la tueuse qui voulait être la final girl : « Je m’en fous d’avoir des amis. Je veux des fans. »
Ce quatrième volet de Scream se fait le reflet de la tendance vlog de l’époque et de la montée en puissance du personal branding et de l’addiction aux réseaux sociaux (Facebook et Twitter commençaient leur ascension). Le film manque en revanche de scènes de meurtre vraiment marquantes et certains protagonistes sont vraiment insipides (les deux podcasteurs, le petit ami de Jill).
4. Scream 5 (2022)

Stylisé tout simplement Scream au moment de sa sortie, ce cinquième volet réalisé par Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin (à qui l’on doit aussi l’excellent Wedding Nightmare) avait la lourde tâche de réveiller une franchise en sommeil depuis une bonne décennie.
Pour se faire, ce « requel » (un mélange de reboot et de sequel) introduit deux nouvelles final girls, les sœurs Sam (liée à l’univers de Scream par un secret de famille) et Tara Carpenter (Jenna Ortega est alors en train de devenir une star planétaire avec la série Mercredi) qui vont faire face à deux tueurs en compagnie d’un nouveau groupe d’adolescents et des survivants historiques (Sidney, Gale et Dewey).
On retient la surprenante scène d’introduction avec Tara, qui rebat les cartes des « filles d’ouvertures » systématiquement trucidées dans la franchise. La scène la plus marquante du film reste celle, déchirante, du meurtre de Dewey (« C’est un honneur » lui lance Ghostface), présent depuis le premier volet et qui a failli y passer mille fois. Il fallait bien tuer un « historique » pour relever les enjeux dramatiques.
Si les tueurs de Scream 5 restent plutôt oubliables, ce volet a su renouveler l’intérêt du public pour Ghostface et actualiser l’archétype de la final girl. Tandis que Sidney, toujours aussi badass, transmet son savoir de survivante à une nouvelle génération de femmes, dont Sam, première final girl racisée de l’histoire de la franchise.
3. Scream 6 (2023)
En déplaçant son action à New York, où Sam et Tara ont élu domicile, en compagnie de deux autres survivants du précédent volet, les attachants jumeaux Chad (Mason Gooding) et Mindy Meeks-Martin (les neveux de Randy), les cinéastes Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin apportent un nouveau souffle à une franchise qui en avait besoin. Les scènes de meurtre ont lieu dans de nouveaux lieux familiers des citadins – supermarché, appartement haut perché, métro – qui permettent aux cinéastes de déployer toute leur sanglante créativité (la scène de l’échelle).
Les cinéastes prennent même dans une scène la liberté d’ajouter un fusil de chasse à la panoplie de couteaux de Ghostface, ce qui n’a pas été du goût de tous les fans de la saga horrifique !

On a le temps de s’attacher au « Core Four », le gang des quatre survivants (Mindy, Chad, Tara et Sam) qui resserrent leur lien amical. Le film fait aussi évoluer intelligemment la relation sororale entre Sam et Tara, au cœur de cette nouvelle saga. Et comme dans les meilleurs Scream, ce sixième volet raconte quelque chose de notre société à travers le personnage de Sam.
Victime de gaslighting et de victim-blaming — des théories du complot circulent sur les réseaux sociaux et la font passer pour la tueuse de Woodsboro alors qu’elle en a été la victime — elle incarne une final girl contemporaine, qui n’hésite pas à faire appel à la psychopathe qui sommeille en elle pour survivre dans un monde très hostile.
2. Scream 2 (Wes Craven, 1997)

A sa sortie, Scream 2 a pâti de la comparaison avec l’original. Pourtant, rétrospectivement, il regorge de bonnes idées comme celle du film dans le film pour creuser l’ADN méta de la saga ou celle du débat entre étudiants autour des suites toujours pourries.
Il propose son lot de scènes marquantes : l’intro dans le cinéma avec Jada Pinkett Smith, la course poursuite haletante entre Gale, Dewey et Ghostface dans l’aile audiovisuelle de la fac qui commence dans une ambiance de comédie romantique pour s’achever dans un bain de sang ; ou encore ce moment hautement stressant durant lequel Sidney et Hallie (Elise Neal), sa nouvelle BFF (un rôle à haut risque si vous voulez mon avis) sont coincées dans une voiture et doivent passer par-dessus un Ghostface évanoui…
Et puis Scream 2 offre un casting de second rôle délicieusement nineties : Sarah Michelle Gellar, Jerry O’Connell, Joshua Jackson ou encore Tori Spelling viennent y passer une tête. C’est une très bonne idée également d’avoir fait de Sidney (au look dark hyper cool dans ce volet) une Cassandre moderne pour évoquer son traumatisme (la jeune femme doit jouer ce rôle dans une pièce de théâtre qui va bien mal tourner).
Wes Craven n’hésite pas non plus à tuer Randy (Jamie Kennedy), un fan favorite, dans une scène mémorable et tragique. Enfin, le duo de tueurs tient bien la route. Laurie Metcalf brille dans le double rôle d’une journaliste fan de Gale et de la mère cray cray de Billy Loomis (les chiens ne font pas des chats…).
1. Scream (Wes Craven, 1996)

En se moquant des conventions du genre dans des dialogues auto-réflexifs très drôles, comme la fameuse scène où Randy se met en quête d’expliquer les codes du slasher à ses petits camarades, en nous proposant une nouvelle représentation de Final Girl à la fois badass et sensible (Sidney est traumatisée par la mort de sa mère et se traîne une mélancolie bouleversante) et en inventant un tueur au look iconique (visage inspiré de la peinture « Le Cri » d’Edvard Munch, longue cape noire théâtrale), Scream a redéfini les codes du slasher au milieu des années 90.
Il nous a procuré des frissons dès sa scène d’introduction culte et brutale — Drew Barrymore aux prises avec Ghostface — puis nous a fait rire avec des répliques restées dans les annales (« Je faisais rien de spécial, je regardais L’Exorciste, ça m’a fait penser à toi » ) et encore flippé avec des scènes de meurtre imprévisibles et créatives (Tatum, on pense encore à toi trucidée par une porte de garage).
N’oublions pas les vibes années 90 inimitables (le son pop rock, les fringues, les acteurs vingtenaires censés jouer des lycéens…), l’introduction de personnages géniaux comme la journaliste opportuniste et hyper bien sapée Gale Weathers (Courteney Cox) et son fan numéro 1, le policier naïf et maladroit Dewey Riley (David Arquette). Qu’on se le dise : aucun Scream ne peut dépasser Scream.
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