Porté par une ambiance bien menée et une réalisation encourageante, Alone in the Dark déraille dès que l’action s’en mêle. Dommage, tant cette réinterprétation d’un titre qui a marqué son temps mérite de la considération.

Dans le manoir Derceto, perdu au beau milieu d’une ténébreuse Louisiane, des personnages incarnés par David Harbour et Jodie Comer mènent tant bien que mal l’enquête : l’oncle de la jeune femme a mystérieusement disparu et elle a chargé Edward Carnby, détective privé (David Harbour), de découvrir la vérité. C’est le point de départ d’un récit étrange au parfum lovecraftien, niché dans une ambiance inquiétante à défaut d’être flippante. Se mélangent à l’écran hallucinations, monstres bizarroïdes et autres leviers fantastiques.

Alone in the Dark est un nom qui parlera volontiers aux plus anciens. C’est en 1992 qu’est née cette saga horrifique. Aujourd’hui, on pense plutôt à Resident Evil comme ténor du genre, même s’il est né après. Mais, à l’époque, le titre, création de Frédérick Raynal, avait fait forte impression. Le jeu de 2024 est une réinterprétation qui, à en croire la description officielle, tient de la « véritable lettre d’amour au classique des années 90. » Aux manettes, on retrouve Pieces Interactive, qui a trop voulu en mettre malgré un manque criant de moyens.

Alone in the Dark est un jeu d’horreur à l’ancienne

Deux aventures ?

On peut choisir d’incarner David Harbour et Jodie Comer au début du jeu. Mais les différences sont faibles. Cela permet suand même de doubler une durée de vie assez courte (7/8 heures sans forcer).

Alone in the Dark se décompose en deux phases. La plupart du temps, on mène l’enquête au sein du manoir Derceto, dont chaque pièce renferme des mystères et des vérités sur ce qui se trame dans ce lieu maudit. Puis, parfois, on se retrouve propulsé dans une réalité parallèle, soit en perdant la tête, soit en traversant des portails. On devient alors la proie de monstres agressifs, qu’il va falloir combattre. Alone in the Dark mélange donc des moments de tranquillité, avec des scènes sous haute tension. Le hic : elles sont loin d’offrir la même qualité.

Une réalisation élaborée pour une production qui n’a pas dû bénéficier d’un gros budget

Le jeu est bien plus à son aise quand on est forcé de réfléchir aux quelques énigmes qui parsèment le récit (hormis une tirée par les cheveux, elles ne sont guère compliquées). Elles permettent de profiter d’une atmosphère réussie, portée par une réalisation élaborée pour une production qui n’a pas dû bénéficier d’un gros budget. Les éclairages, notamment, sont saisissants, tandis que la variété des décors fait illusion. Le choix de resserrer l’action permet en outre de ne pas lésiner sur les détails. Un excellent point.

Alone in the Dark // Source : Capture PS5
Les yeux de la peur ? // Source : Capture PS5

Le casting principal est plutôt bien modélisé. Il est simplement dommage de constater que les expressions faciales et les animations soient sommaires. Avoir des visages connus (qui ont pu peser sur le budget), c’est bien, les exploiter convenablement aurait été encore mieux. La partie visuelle est aussi rattrapée par certains bugs : des ralentissements beaucoup moins pénalisants quand on sait qu’on peut se retrouver bloqué dans un élément de l’environnement. Là encore, Alone in the Dark se heurte à des ambitions démesurées par rapport à ses frêles épaules.

Mais ces griefs ne sont rien face aux combats tout à la fois nécessaires et pénibles. C’est simple, les sensations ne sont pas là. À distance, le feeling est inexistant et la visée peu convaincante, qu’importe l’arme choisie (pistolet, fusil à pompe ou mitraillette). Il n’y a pas non plus de gestion poussée des dégâts en fonction de la zone d’impact, ce qui réduit les phases de tir à une simple économie des munitions. Au corps-à-corps, c’est encore pire. Non seulement l’arsenal de fortune qu’on ramasse se casse trop vite, mais, en prime, on a constamment l’impression de taper dans le vide. C’est imprécis et on passe son temps à prier pour que les coups atteignent leur cible. À l’écran, c’est ridicule, surtout avec des animations rigides qui n’aident pas pour la crédibilité. Pour le coup, c’est moins une question de budget que de savoir-faire.

Une jolie éclipse Et de jolies aurores boréales

Si Alone in the Dark est parfois agaçant, voire éreintant, il se révèle aussi très charmant. L’impression de vivre une aventure à l’ancienne est là, un argument qui parlera bien davantage à celles et ceux qui ont été biberonnés avec ces vieux jeux d’horreur, mâtinés de mécaniques poussiéreuses (les gros plans sur les clés qui s’insèrent dans les serrures, les puzzles simplistes, les tableaux à ordonner). Ce charme d’antan au goût familier permet d’adoucir un peu son exigence et faire fi des quelques défauts. Cela demande un peu d’efforts, mais Alone in the Dark est parcouru par ce je-ne-sais-quoi qui donne envie d’en voir le bout. La force du mystère, quand il est suffisamment captivant.

Le verdict

En dépit de défauts assez horripilants (les combats, bon dieu) et d’un manque de budget qui saute aux yeux, Alone in the Dark n’est pas un mauvais bougre. Il se pose comme le descendant direct des jeux d’horreur à l’ancienne, en assumant leur rigidité pour en faire une madeleine de Proust. Il faut une bonne dose d’indulgence pour suivre David Harbour et Jodie Comer dans leur aventure lovecraftienne, mais l’expérience est loin d’être amère.

On en reviendrait presque à regretter la composante action, indissociable des monstres qui pullulent dans Alone in the Dark. Elle s’impose comme une épée de Damoclès, une case maladroitement cochée qui pénalise l’expérience au global. Le jeu reste sauvé par son ambiance et sa réalisation étonnamment brillante. Au final, le studio Pieces Interactive a soigné certains atouts pour que la magie opère.

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