Oppenheimer brosse le portrait du père de la bombe atomique, le destructeur de mondes, et montre le déroulement du projet Manhattan. Au-delà du film de Christopher Nolan, d’autres longs-métrages ont mis l’arme nucléaire au centre du sujet ou en toile de fond.

Un film fleuve de trois heures, des couches temporelles qui se superposent les unes sur les autres, un double récit, l’un en couleur, l’autre en noir et blanc, une narration atomisée. Oppenheimer, le nouveau long-métrage de Christopher Nolan, est l’un des évènements cinématographiques de l’été, avec Barbie et Mission impossible : Dead Reckoning, partie 1.

Un évènement qui tient à la fois à la réputation du cinéaste (Inception, Tenet, Interstellar, pour n’en citer que trois), à la charge du sujet (la création de la bombe atomique, véritable tournant de l’histoire de l’humanité) et au casting, de très haute volée (Cillian Murphy, Robert Downey Jr, Emily Blunt, Matt Damon et presque tous les autres, jusqu’aux seconds rôles).

Oppenheimer offre une plongée fascinante dans l’aventure de l’atome à des fins militaires. On assiste à la mise en place du projet Manhattan, qui vise à doter les États-Unis de l’arme nucléaire avant l’Allemagne nazie. On suit également les dilemmes moraux qui traversent Oppenheimer, qui saisit plus que tout autre les conséquences de ses recherches.

Avant Oppenheimer, d’autres films ont exploré le péril nucléaire — parfois de façon superficielle, comme dans Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, avec la célèbre explosion qui projette un frigo dans lequel se trouve le pauvre archéologue. C’est aussi le point de départ d’Akira, film d’animation dans lequel on apprend que Tokyo a été ravagé par une explosion nucléaire.

Docteur Folamour — Stanley Kubrick, 1964

Classique du cinéaste américain Stanley Kubrick, Docteur Folamour — dont le titre complet est Docteur Folamour ou : comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe — expose l’escalade militaire inarrêtable entre les États-Unis et l’Union soviétique, deux puissances dotées de l’arme atomique, prise dans une course aux armements et une paranoïa mutuelle.

À contre-pied de la gravité du sujet, Docteur Folamour est un long-métrage qui en appelle à la comédie et à la satire pour révéler l’absurdité des plans des stratèges qui consistent à assurer la destruction de l’ennemi avec un système que l’on ne peut freiner. C’est la Machine infernale, Doomsday machine en anglais. Un film qui a résonné particulièrement durant la Guerre froide.

Docteur Folamour
Un film aux apparences loufoques, mais à la thématique lourde. Et un chef d’œuvre du cinéma. // Source : Docteur Folamour

Gen d’Hiroshima — Mamoru Shinzaki, 1983

Adapté du manga de Keiji Nakazawa, auteur qui avait à peine six ans quand a eu lieu le bombardement d’Hiroshima, Gen d’Hiroshima est un film d’animation à la portée autobiographique. On y suit le jeune Gen, qui a survécu à l’explosion, contrairement au reste de sa famille. Il y découvre l’horreur immédiate de la déflagration, dont les ombres de personnes figées sur les murs et le sol.

Gen d’Hiroshima développe les conséquences à long terme de la destruction de la ville de Keiji Nakazawa, bien au-delà des morts immédiats. Celles et ceux qui ont péri à cause de maladies provoquées par les radiations intenses, des années plus tard, mais aussi la difficulté de se relever, la pauvreté, la faim, la criminalité et l’abandon de la société japonaise, traumatisée.

Gen d'Hiroshima
L’instant fatidique. // Source : Gen d’Hiroshima

La Somme de toutes les peurs — Phil Alden Robinson, 2002

L’Union soviétique s’est effondrée, la Russie a pris la suite. La fin de la Guerre froide et de la guerre nucléaire ? C’est sans compter les groupuscules terroristes. Dans ce film, des néonazis parviennent à récupérer une bombe nucléaire et cherchent à la faire exploser aux États-Unis, afin de déclencher un conflit global entre les deux superpuissances.

Le film, tiré du roman de Tom Clancy, qui met en scène un certain Jack Ryan, analyste de la CIA, met en lumière l’escalade militaire qui prend place entre Washington et Moscou, le premier accusant le second d’avoir fait détoner une arme nucléaire sur son sol, tandis que le second dément, mais est incité à la surenchère face à la montée militaire du premier.

La Somme de toutes les peurs
Morgan Freeman et Ben Affleck. Le directeur de la CIA et Jack Ryan. // Source : La Somme de toutes les peurs

Le Chant du loup — Antonin Baudry, 2019

Une escalade militaire entre la Russie et la Finlande, la France qui décide de mobiliser des forces pour venir en aide à son allié européen, Moscou qui réplique par un chantage nucléaire… et la France qui déploie ses sous-marins lanceurs d’engins pour montrer qu’elle aussi, elle peut se montrer menaçante. Un tir de missile ennemi, à un moment, survient. Mais qui tire ?

Dans ce film français aux accents militaires, salués pour sa qualité narrative, sa réalisation et sa justesse sur le plan militaire, on retrouve la logique du Docteur Folamour : ici aussi, des procédures censées être inarrêtables existent, pour qu’un tir français en riposte puisse avoir lieu coûte que coûte. Mais que se passe-t-il si ce tir de riposte a été déclenché sur une mauvaise appréciation ?

Le chant du loup
Mathieu Kassovitz, François Civil et Omar Sy. Un casting de haute volée pour un film de guerre français. // Source : Le chant du loup

Wargames — John Badham, 1983

Que se passerait-il si un adolescent, un peu nerd sur les bords et fin bidouilleur, accédait à un superordinateur, le WOPR (« War Operation Plan Response »), en croyant affaire à un jeu vidéo de simulation sur la guerre nucléaire, alors qu’il s’agit effectivement de la machine qui commande les missiles nucléaires américains ? Voilà le synopsis de Wargames.

Autre film typique de la Guerre froide, Wargames montre également le rôle que peut prendre l’intelligence artificielle dans la prise de décision et, sans doute, la nécessité de garder un contrôle humain dans la boucle, afin de reprendre la main à tout moment. À bien des égards, l’IA est parfois considérée comme une menace de même magnitude que le nucléaire.

wargames
Quand tu crois ne jouer qu’à un jeu vidéo de simulation alors qu’en fait c’est le cerveau du commandement nucléaire américain. // Source : Wargames

À la poursuite d’Octobre rouge — John McTiernan, 1990

Autre adaptation cinématographique d’un roman de Tom Clancy, Octobre Rouge, À la poursuite d’Octobre rouge est également un film de sous-marin. Cette fois, c’est un submersible soviétique qui décide de passer à l’Ouest, trahissant l’URSS. Ou, plus exactement, ce sont les intentions du commandant du navire. Or, ce plan n’est pas clair pour les Américains, qui craignent un subterfuge.

Comme Le Chant du loup, À la poursuite d’octobre rouge illustre le rôle crucial des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins dans les opérations de dissuasion. Les submersibles doivent être invisibles et indétectables, afin de garantir à la puissance qui les emploie d’avoir toujours une option de riposte même si elle est largement frappée en premier.

À la poursuite d'Octobre rouge
Sean Connery, à gauche, dans le rôle du commandant rebelle. // Source : À la poursuite d’Octobre rouge

Le Tombeau des lucioles — Isao Takahata, 1988

Le Tombeau des lucioles n’est certes pas tout à fait un film sur l’arme nucléaire (on parle plutôt d’une bombe incendiaire) ni tout à fait un film sur Hiroshima ou bien Nagasaki (c’est la ville de Kobe qui est dépeinte). Et pourtant. On ne peut pas s’empêcher d’y voir d’une certaine manière la symbolique d’un bombardement nucléaire, sans le dire.

Film d’animation du studio Ghibli, Le Tombeau des lucioles est certainement l’une des œuvres les plus bouleversantes du cinéma. Et l’un des longs-métrages les plus touchants et les plus importants. C’est un film dur, tragique, qui met en scène deux pauvres petits enfants. Au-delà de la bombe nucléaire, c’est surtout un film sur toute l’horreur de la guerre.

le tombeau des lucioles
Le film est difficile et n’est pas à montrer trop tôt aux enfants. // Source : Le Tombeau des lucioles
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Christopher Nolan a-t-il fait exploser une vraie bombe nucléaire dans Oppenheimer ? #cinema #film #oppenheimer #christophernolan #cylianmurphy

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