La chaîne officielle de YouTube Créateurs prévient les vidéastes qu’il est préférable d’observer une période de réserve pendant les week-ends d’élection. En clair, il leur faut éviter de publier du contenu politique à ces moments-là.

C’est un rappel qui de prime abord étonne : dans la journée du 21 avril, le compte Twitter de YouTube Créateurs a publié un tweet de mise en garde pour les vidéastes qui seraient tentés de proposer des vidéos politiques pendant le week-end (23-24 avril 2022) du second tour de l’élection présidentielle. La plateforme recommande de s’abstenir et de différer éventuellement la publication.

« Petit rappel pour vos contenus concernant l’élection du 24 avril. Du vendredi 22 à minuit, au dimanche 24 à 20 h, le code électoral impose une période ‘de réserve’ qui permet de laisser un temps de réflexion aux électeurs », écrit le compte officiel, avant d’orienter les internautes vers un article du Code électoral qui fixe ce cadre à respecter.

Cette consigne s’applique à YouTube, mais aussi aux autres réseaux sociaux. De façon générale, il vaut mieux éviter de faire la promotion de son candidat sur Internet pendant les week-ends d’élection — la règle s’applique avant tout aux équipes de campagne, mais elle peut aussi concerner les personnalités publiques, les influenceurs et aussi les internautes.

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Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont les finalistes de l’élection présidentielle. // Source : Numerama

Norman s’était fait prendre à publier une vidéo politique en plein premier tour

Le tweet, qui semble en apparence émerger de nulle part, s’inscrit toutefois dans une brève controverse qui a eu lieu lors du week-end du premier tour, les 9 et 10 avril. Le vidéaste Norman Thavaud, qui anime la chaîne « Norman fait des vidéos », avait publié une vidéo réfléchissant à quoi pourrait ressembler une présidence sous Marine Le Pen, la candidate d’extrême droite.

L’initiative avait mal tourné pour le youtubeur : il avait dû retirer sa vidéo, après avoir été contacté par YouTube, mais aussi, affirmait-il (voir ci-dessous), par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) — ce qu’elle dément. L’Arcom a, succédé au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et a récupéré ses pouvoirs, dont celui de veiller au respect de certaines dispositions électorales.

À la suite de cet incident, Norman avait publié une vidéo sur Instagram pour expliquer les raisons du retrait de sa vidéo auprès de sa communauté, mais aussi pour manifester sa surprise quand il a appris que cette période de réserve, qu’il connaissait, s’appliquait aussi à lui, lui « qui fait des vidéos sur YouTube ». La vidéo litigieuse n’a pas été remise en ligne depuis.

L’affaire a pu sembler excessive de prime abord, mais elle illustre l’évolution prise par une poignée de vidéastes sur YouTube qui sont maintenant des personnalités publiques. Leur parole peut porter politiquement, bien plus qu’un petit youtubeur sans audience. Norman est suivi par 12 millions de personnes sur YouTube et est l’un des Français les plus connus du site.

Évidemment, des internautes n’ont pas manqué de tacler Norman en réaction au tweet de YouTube Créateurs, pour lui rappeler son écart et pour l’inciter à ne rien dire lors du second tour. À la suite du rappel de l’Arcom et de YouTube, il est très probable que cette fois, Norman s’abstienne de publier quoi que ce soit, pour ne pas gravir davantage l’échelle des avertissements.

(mise à jour avec une précision sur l’Arcom, qui déclare ne pas être intervenue)