Alors que les voyants virent au rouge sur la pandémie de coronavirus, le gouvernement invite la population à se servir de l'application StopCovid. Pour l'instant, celle-ci n'a pas du tout fait ses preuves.

Des milliers de nouveaux cas détectés depuis en août en France. Une incidence du coronavirus qui est au-delà du seuil d’alerte dans dix-neuf départements (50 cas pour 100 000 habitants) et un taux de positivité (rapport entre le nombre d’individus positifs, divisé par celui des personnes testées, au cours des sept derniers jours) qui progresse, à 5,1 %, contre 4,5 % à la dernière semaine d’août.

Les statistiques de la propagation du coronavirus ne sont pas bonnes. Actualisées lors d’un point d’étape le 7 septembre, elles montrent une hausse des cas confirmés, des décès et des nouvelles hospitalisations. Et il y a désormais une majorité — 68 — de départements en situation de vulnérabilité modérée ou élevée. La situation est telle d’ailleurs que le traçage des contacts par téléphone commence à atteindre ses limites.

De quoi relancer l’intérêt de StopCovid, l’application franco-française de traçage des contacts ? C’est en tout cas dans cette direction que s’est placé Olivier Véran, le ministre de la Santé et des Solidarités, ce mardi 8 septembre, lors d’une interview accordée à France Inter : « Il est essentiel [de l’utiliser], ce n’est pas trop tard, au contraire, vous aurez les informations encore plus tôt », a argué le ministre.

StopCovid est disponible depuis le 2 juin, mais l’application est ignorée par la grande majorité de la population. // Source : Louise Audry pour Numerama

« Nous avons fait le choix de passer par une application nationale, sécurisée, anonyme, franco-française, toutes les données sont stockées en France et il y en a qui ne sont pas stockées. Tout est sûr, tout est sécurisé dans l’application StopCovid », a poursuivi le ministre, passant un peu vite sur certaines polémiques, comme l’utilisation du captcha de Google (désormais remplacé par une solution fournie par Orange) ou sur l’anonymat, qui s’avère plutôt être du pseudonymat — d’autant qu’il y a une collecte des adresses IP, à des fins justifiées de sécurité informatique.

Toujours est-il qu’il s’étonne de la défiance ou du désintérêt de la population sur le sujet, à la différence de l’Allemagne, alors même que la CNIL a fait savoir début septembre que les griefs qu’elle reprochait à StopCovid (utilisation d’un captcha étranger, absence de pré-filtrage des cas contacts avant l’envoi des données au serveur central, insuffisance de la documentation liée au RGPD ou encore circulation de trop vieilles versions de l’application) ont été réglés.

Outre-Rhin, l’application locale de StopCovid — Corona-Warn-App — a été téléchargée par plus de 17 millions de personnes, selon Léa Salamé, qui interrogeait Olivier Véran, contre 2 millions et demi dans l’Hexagone (selon des chiffres datant de la fin juillet) — un écart important, qu’il faut pourtant nuancer par le fait que le compteur des téléchargements de l’application ne dit rien sur l’utilisation au jour le jour de l’application.

La France seule en Europe

Toujours est-il que ces chiffres laissent stupéfait le ministre : « C’est le comble, d’autant que l’Allemagne n’utilise pas une application nationale, mais passe par des GAFA », en l’espèce Google et Apple, qui se sont associés ce printemps pour faciliter les liaisons par Bluetooth entre O.S., Android pour le premier et iOS pour le second. Corona-Warn-App a été lancée à la mi-juin, deux semaines après StopCovid.

Reste que le choix de miser sur Apple et Google pour faire marcher son application confère à l’Allemagne un avantage que la France n’a pas : l’interopérabilité. Le fait est que la France est quasiment le seul pays en Europe à avoir suivi une voie complètement nationale, et centralisée, là où tous ses voisins ont opté pour la décentralisation. Même le Royaume-Uni en est revenu, après avoir un temps exploré ce chemin.

« C’est le comble, d’autant que l’Allemagne n’utilise pas une application nationale, mais passe par des GAFA »

Résultat, il n’est pas (encore ?) possible à la France de participer au projet européen de contact tracing qui permet de faire fonctionner les applications de traçage des contacts ensemble. Un projet a été lancé en ce sens début août par la Commission européenne avec dix-huit applications, mais sans la France, qui est pourtant au carrefour de l’Europe et la première destination touristique. Un comble.

Le week-end du 5 et 6 septembre, le secrétaire d’État au numérique, Cédric O, est revenu sur StopCovid, suggérant que son manque de succès a surtout été dû à un manque de pédagogie — comme si ce n’était au final qu’un problème d’explication, et rien d’autre. « On aurait dû être plus pédagogue. Les gens n’ont pas tous bien compris à quoi ça sert. Je regrette cela, mais je ne regrette pas que nous ayons fait cette application. »

Il reste à savoir sous quelle forme le gouvernement entend relancer une campagne de sensibilisation au profit de StopCovid. Fin août, le Premier ministre Jean Castex a aussi supposé un possible « défaut de communication ». L’outil « n’a pas obtenu les résultats qu’on en espérait », a-t-il ajouté, avant de reconnaître qu’il n’est de toute façon pas censé être un outil décisif de lutte contre la pandémie.

Toujours est-il que dans son communiqué du 7 septembre, le ministère de la Santé et des Solidarités insiste sur l’usage de StopCovid. « Afin de contenir la diffusion du virus, les autorités sanitaires font du dépistage la priorité. Afin de faciliter l’identification des personnes atteintes et de leurs cas contacts, pensez à activer l’application StopCovid et à vous faire dépister au moindre symptôme ».

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