Donald Trump a repris sur Twitter une vidéo dans laquelle l'un de ses partisans acclame la suprématie blanche, avant d'annuler son partage face à une polémique croissante aux USA.

Cette fois, Twitter n’aura pas eu besoin de modérer le compte de Donald Trump. En effet, le président des États-Unis a, une fois n’est pas coutume, fait machine arrière en supprimant un tweet publié le 27 juin, dans lequel apparaît une vidéo montrant des manifestants opposés au chef de l’État conspuer ses partisans, dont l’un finit par lancer la devise des suprémacistes blancs, « white power ».

Dans son message, depuis supprimé, Donald Trump exprimait son total soutien à sa base électorale. « Merci aux formidables habitants de The Villages [une localité en Floride réservée aux personnes de plus de 55 ans, ndlr]. La gauche radicale ne fait rien, les Démocrates tomberont à l’automne. Corrupt Joe est à terre. À bientôt », écrit-il, en envoyant au passage une pique à son rival, Joe Biden.

Le partage de Donald Trump, depuis supprimé.

La vidéo originale, toujours en ligne, a été publiée le 27 juin et dure un peu plus de deux minutes. On y voit plusieurs voiturettes traverser une foule de manifestants, dont certaines sont décorées de slogans et de symboles patriotiques, en écho à l’expression « America First » (l’Amérique d’abord) que Donald Trump utilisait fréquemment lors de sa première campagne électorale, en 2016.

C’est toutefois dans les premières secondes de la vidéo que la séquence polémique se passe, avec l’un des partisans de Donald Trump qui, pris dans la confrontation verbale, finit par lancer à plusieurs reprises « white power » à un manifestant. La cacophonie se poursuit, chaque camp invectivant l’autre, avec quelques contacts plus directs entre les voiturettes et les protestataires.

Le suprémacisme blanc est une idéologie raciste qui est enracinée l’histoire américaine à travers l’héritage de l’esclavage. Courant de l’extrême droite, elle suppose que les blancs sont supérieurs aux autres — un présupposé que l’on retrouve dans le nazisme avec l’idée de la race supérieure — et qu’il faut se défendre face à l’accroissement supposé des personnes non blanches aux USA.

 

La rediffusion de cette vidéo avec l’approbation de Donald Trump à l’égard de ses troupes a entraîné une controverse aux États-Unis, compte tenu des circonstances actuelles avec le mouvement Black Lives Matter, qui réclame la fin des violences policières contre les noirs, et le passé esclavagiste des États-Unis qui ressurgit à travers des accrochages autour de statues de généraux confédérés ou d’œuvres jugées complaisantes avec l’histoire, comme Autant en emporte le vent.

Une inattention de Donald Trump ?

Face à la controverse, un porte-parole de la Maison-Blanche a défendu l’hypothèse que Donald Trump a en fait retweeté le 28 juin le message sans en consulter le contenu ou du moins sans y avoir prêté une attention digne de ce nom. « Le président Trump est un grand fan de The Villages. Il n’a pas entendu la seule déclaration faite sur la vidéo. Ce qu’il a vu, c’est l’énorme enthousiasme de ses nombreux supporters », a réagi Judd Deere, dont les propos ont été rapportés par Bloomberg.

Pour autant, ce qui a aussi été relevé, c’est l’absence de condamnation de l’homme ayant crié « white power ».

Par le passé, Donald Trump s’est pourtant désolidarisé du suprémacisme blanc. En 2019, le président avait déclaré à la télévision que « notre nation doit condamner d’une seule voix le racisme, le sectarisme, et le suprémacisme blanc ». L’intéressé avait semblé à l’époque réticent à une telle condamnation, puisqu’il avait aussi renvoyé dos à dos, dans une autre actualité, des manifestants antiracistes et des militants d’extrême droite.

Sa fille, qui occupe un rôle de conseillère, qualifiait alors la suprématie blanche de « terrorisme » et de « mal qui doit être détruit ».

Ce partage de tweet survient dans un contexte très tendu aux États-Unis : outre une élection présidentielle qui aura lieu dans quelques mois, le pays est traversé par une série de crises : sociétale, symbolisée par le mouvement Black Lives Matter, sociale, avec des dizaines de millions de chômeurs, et sanitaire, avec une épidémie de coronavirus qui n’en finit pas de se propager aux USA.

USA coronavirus covid 29 juin 2020
Aux USA, l’épidémie de coronavirus n’est plus sous contrôle, avec une explosion des cas, notamment dans le sud du pays.

Ces différentes séquences, toujours en cours, sont politiquement désastreuses pour Donald Trump, qui apparait aujourd’hui à la traîne derrière « Sleepy Joe » et à rebours de ce qu’il conviendrait de faire. D’où la crainte d’une radicalisation du président américain dans sa prise de parole et ses décisions, pour essayer coûte que coûte de se maintenir au pouvoir après 2020.

Reste à savoir si son camp suivra, du moins au sein de son parti. «  Il n’aurait pas dû retweeter et il devrait simplement l’enlever… C’est indéfendable », a commenté sur CNN le sénateur républicain Tim Scott. Alex Azar, le secrétaire à la santé, a essayé de calmer le jeu, en expliquant que personne dans l’administration « ne ferait quoi que ce soit pour soutenir la suprématie blanche ou quoi que ce soit qui soutiendrait une quelconque discrimination ».

Pour John Bolton, ex-conseiller à la sécurité nationale des États-Unis et désormais en conflit avec Donald Trump, toute cette affaire n’est peut-être qu’un signe de plus de la bêtise du président américain. Il ne croit pas à l’idée d’un soutien au suprémacisme blanc de la part de son ex-patron. Il a juste été séduit par les pancartes en sa faveur. « C’est tout ce qu’il avait besoin de voir. Ne pas faire attention, ne pas considérer toutes les implications des informations qu’il reçoit, est typique de Trump ».

Partager sur les réseaux sociaux