Donald Trump a rejoint la plateforme Twitch, à quelques mois du début de la campagne présidentielle américaine. Mais qu'a-t-il vraiment à y gagner ?

C’est le streameur qu’on n’attendait pas vraiment. Donald Trump a rejoint la plateforme Twitch, a annoncé son équipe de campagne par un tweet ce 11 octobre. Il ne fera à priori aucune partie de Fortnite dessus… L’objectif est clair, dès la page d’accueil de sa chaîne : on y parlera politique, et élections à venir.

Le compte Twitch semble exister depuis quelques jours et il a d’ores et déjà été certifié par Twitch. Il compte, ce vendredi 11 octobre au matin, environ 35 600 abonnés.

La chaîne de Donald Trump // Source : Capture d’écran Twitch / Numerama

Pour le moment, seule une vidéo a été publiée. Il s’agissait d’une retransmission en direct d’un discours politique de 1h45, prononcé à Minneapolis.

La chaîne ne précise pas quels types de contenus seront mis en ligne à l’avenir. L’objectif, en revanche, est clairement affiché sur la plateforme. Il s’agit de conquérir de nouveaux électeurs avant 2020 et la prochaine campagne présidentielle, à laquelle Donald Trump se présente de nouveau.

L’image de Une invite ainsi à envoyer un SMS à un numéro donné. Les internautes s’inscriront ainsi, d’après le site de campagne, à une sorte de newsletter des dernières actualités de l’actuel président des États-Unis. En dessous de cette image, un bouton renvoie vers une boutique de souvenirs avec des casquettes « Make America Great Again » (rendons sa grandeur à l’Amérique) le slogan de Donald Trump, ou des t-shirts à son effigie. D’autres invitent à faire des dons financiers directs, ou à devenir bénévole pour la campagne du candidat.

Des électeurs jeunes à séduire sur Twitch

Donald Trump est déjà très présent sur les réseaux sociaux, surtout sur Twitter. Il publie chaque jour des dizaines de messages sur la plateforme, où ses dérapages sont nombreux. Il a également une chaîne YouTube de 200 000 abonnés, sur laquelle ses discours sont retransmis.

Rien ne laissait penser qu’il viendrait sur Twitch. Déjà, parce que Donald Trump n’est généralement pas tendre avec Amazon, l’entreprise qui détient Twitch. Il s’en prend régulièrement à l’entreprise ainsi qu’à son dirigeant, Jeff Bezos. Ensuite, parce que les politiques sont encore rares sur Twitch, alors que beaucoup d’entre eux ont investi des plateformes concurrentes comme YouTube.

Le nouveau logo de Twitch

La plateforme peut-elle lui rapporter de nouveaux électeurs ? Il se pourrait bien que oui. Entre juin 2017 et juin 2018, Twitch estime qu’elle a eu 15 millions d’utilisateurs actifs chaque jour en moyenne. Ils auraient regardé en cumulé 355 milliards de minutes de contenus.

81,5 % des « viewers » étaient des hommes, 62 % regardaient des contenus anglophones et 55 % étaient âgés de 18 à 34 ans, selon différentes études compilées par le site Influencer Marketing Hub. Les jeunes sont des électeurs potentiels importants pour Donald Trump.

Dans une infographie, Le Monde indiquait que la majorité des électeurs qui avaient voté pour lui en 2016 étaient des hommes blancs, peu diplômés, habitant en milieu rural et… âgés de plus de 45 ans. Les moins de 29 ans avaient voté à 55 % pour Hillary Clinton, contre seulement 37 % pour Donald Trump. Ces jeunes âgés de 21 ans (l’âge de la majorité dans le pays) et 29 ans représentent pas moins de 50 millions d’électeurs potentiels, d’après des statistiques sur la population américaine.

Lever des fonds sur Twitch ?

Twitch est aussi une plateforme qui crée de l’engagement. Par exemple, en un an, 30 millions de dollars ont été levés sur la plateforme à destination d’organisations caritatives. Cela peut être particulièrement bénéfique dans le cadre d’une campagne aux États-Unis. Contrairement à la France, il n’y a pas de plafond concernant les fonds d’une campagne dans le pays — et d’énormes montants sont investis, notamment à travers les PAC.

Pour Twitch, cette arrivée n’apportera sûrement pas un trafic aussi important que celui du streameur Ninja, récemment parti chez la concurrence. Cela ne simplifiera peut-être pas non plus le travail de modération, connaissant les dérapages de Donald Trump sur les autres réseaux sociaux. La modération est pourtant une question de plus en plus urgente sur la plateforme. Cette semaine, elle a par exemple dû gérer pour la première fois la diffusion d’une fusillade en direct sur sa plateforme.

Dans les commentaires de la première vidéo de Donald Trump, les commentaires sont pour le moment partagés. Certains semblent soutenir le candidat, d’autres se moquent de lui ou rappellent qu’il « déteste » les utilisateurs de Twitch. Il y a également des commentaires s’amusant de l’absence supposée de modérateurs sur la plateforme.

« No Mods », scande un internaute. // Source : Capture d’écran Twitch / Numerama

Donald Trump semble ne bénéficier d’aucun traitement de faveur en matière de modération. Sur sa première vidéo, on entend plusieurs minutes de silence. En cause : la plateforme a repéré des extraits de musique visiblement soumis à des droits d’auteur, qu’elle a décidé de retirer automatiquement. Quelques jours plus tôt, un label avait neutralisé l’un des tweets de Donald Trump pour la même raison.

Oupsi. // Source : Capture d’écran Twitch / Numerama

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