Le Grand Débathon a réuni des ministres, des vidéastes et des jeunes. L'objectif : parler politique pendant 11 heures, et le diffuser en direct sur Twitch. Pour quel succès ?

Le Grand Débathon, c’était la promesse de débats politiques destinés aux jeunes, diffusés en direct sur Twitch, YouTube et Facebook. Autour de la table, 10 ministres, des vidéastes, des entrepreneurs, entrepreneuses, étudiants et étudiantes se sont succédés. On a passé une grande partie de la journée à suivre ces échanges. Pour le meilleur et pour le pire.

5 grands thèmes

Le Grand Débathon a été co-organisé par la chaîne Accropolis et celle d’HugoDécrypte, en partenariat avec le gouvernement. 5 thèmes y ont été abordés. 4 d’entre eux correspondent à ceux du Grand débat (un site de consultation citoyenne lancé par le gouvernement). Il s’agit de la transition écologique, de la fiscalité et les dépenses publiques, de la démocratie et citoyenneté et de l’organisation de l’État et des services publics.

Les thèmes du Grand débat // Source : Le Grand Débat

Un 5e thème a été ajouté pour l’occasion, à savoir celui des jeunes et la politique. Les débats ont commencé à 9h. Ils ont été diffusés sur Twitch, YouTube et Facebook. Sur Twitch, les internautes pouvaient réagir via un chat et des sondages.

Un sondage où 100 personnes ont répondu. // Source : Capture d’écran Numerama

Plus de 7 000 spectateurs en direct

Le premier (très) bon point est d’avoir réussi à convaincre plusieurs ministres, parmi lesquels le Premier ministre Édouard Philippe, à venir discuter sur Twitch. Jean Massiet, l’un des membres d’Accropolis, nous avait expliqué que cela n’avait pas été simple. Au départ, ils étaient réticents, car plus habitués aux plateaux télévisés qu’aux débats sur Twitch. Ils ont semblé finalement plutôt à l’aise dans l’exercice.

Le débat a eu lieu en direct sur Twitch. // Source : Pixabay / Numerama

La seconde réussite indéniable tient au nombre de spectateurs. Dès 9h, on comptait plus de 6 000 spectateurs en direct, rien que sur Twitch. Ce chiffre a ensuite augmenté, pour rester autour des 7 200 toute la journée. À en croire les commentaires, on trouvait parmi les spectateurs aussi bien des lycéens que des personnes un peu plus «  âgées », de 30 à 35 ans ou de l’âge qu’il faut avoir pour utiliser l’expression « nos jeunes ». Il est difficile de dire quelle était exactement la proportion de jeunes — il faut dire que la période de actuelle vacances scolaires ne les concerne pas tous… Elle semble par ailleurs avoir été plus ou moins importante selon les sujets débattus.

Une modération réussie

Le chat Twitch a été particulièrement actif. Au début de la journée, on ne cachera pas avoir eu un peu peur. Pour modérer le chat, les co-organisateurs ne comptaient que sur les 11 modérateurs normalement présents sur la plateforme de streaming. Les règles étaient claires : ni spam, ni remarques sur le physique, ni messages en majuscules, pas de liens et surtout, pas de propos homophobes, sexistes, racistes, haineux ou homophobes.

La journée a commencé avec une bonne dose de trolling. Certains ont argué «  c’est nul, ils sont où les jeux vidéo », d’autres ont demandé : « quand est-ce qu’on commence à jouer à Fortnite ? ». Cet esprit propre à Twitch est resté dominant toute la journée. On a aperçu beaucoup de «  rends l’argent » ou de références à Fornite ou Apex Legends. Et puis, il y a eu des moments, comme lors du débat sur la fiscalité, où les discussions sont tout à coup devenues excessivement sérieuses.

AH ! // Source : Captures d’écran Numerama

De manière générale, les spectateurs ont posé beaucoup de questions. Certaines ont été reprises en plateau et posées aux ministres présents.

Quant aux propos problématiques, notamment à caractère sexiste, ils étaient relativement rares, et ont tous été retirés très rapidement.

Des débats plus ou moins accessibles

Venons-en maintenant au contenu du débat. Les jeunes étaient censés être le public visé par le Grand Débathon. Sur ce point, il faut admettre que les thèmes étaient… plus ou moins abordables.

Juste après la pause déjeuner, nous nous sommes plongés (et perdus) dans le débat sur la fiscalité. On a entendu parler CSG, ISF, dividendes des actionnaires, dette publique, et on a eu très envie de fuir. À moins d’être très, très intéressé par la politique ou l’économie de nature, il était parfois difficile de comprendre. Dans les commentaires, certains ont d’ailleurs osé s’enquérir : « On parle de quoi ? ».

Mood vers 14h // Source : Capture d’écran Numerama

D’autres thèmes étaient beaucoup plus accessibles et / ou ciblés sur les jeunes. La présence d’étudiants, étudiantes et jeunes entrepreneurs ou entrepreneuses a permis de ramener le débat sur des thèmes à priori plus concernants. On a ainsi évoqué le prix des billets SNCF, les quotas dans les études de médecine, l’accès à la culture pour les jeunes et les limites du Pass Culture, les stages de 3ème, des questions d’environnement compréhensibles ou le montant élevé des loyers. Ouf.

Extrait du Grand Débathon. // Source : Capture d’écran Numerama

Twitch ou France 2 ?

Les questions étaient également en demie-teinte. Certains modérateurs ou intervenants étaient jugés trop complaisants par les spectateurs. D’autres comme Pauline, une étudiante qui apparaissait durant le débat sur la fiscalité ou le chroniqueur Usul ont en revanche eu droit à leur petit fan club.

De manière générale, un sentiment mitigé émane de tous ces débats. Il était certes intéressant, bien ficelé, et la forme était originale. Mais on manquait sérieusement de diversité au niveau des intervenants (seulement une femme sur certains débats, peu de personnes non-blanches), et plusieurs d’entre nous ont soulevé le fait qu’il n’y avait, finalement, pas beaucoup de différences entre ce débat et un échange télévisuel sur une chaîne traditionnelle.

Nous avons en effet eu droit à quelques travers typiques de la télévision. Il y a eu des sondages que personne ne comprenait vraiment (avec des réponses de quelques centaines de personnes), pas même les présentateurs et présentatrices. Les questions qui étaient censées refléter les inquiétudes des jeunes collaient parfois également beaucoup trop à ce qu’on avait déjà entendu dans les débats télévisés.

Notre cerveau a bugué // Source : Capture d’écran Numerama

Bref : c’était chouette, on a bien ri, on a appris des choses, on a apprécié que des ministres se prêtent au jeu, mais on a quand même arrêté vers 15h30 pour aller regarder une partie de Fortnite.

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