Une organisation de lutte contre l'antisémitisme a intégré le geste « ok » dans sa liste des symboles haineux. Il est utilisé depuis 2015 par des personnalités politiques à des fins controversées.

Si vous êtes féru de plongée, sachez que vous risquez désormais de passer régulièrement pour un suprémaciste blanc. Le geste « OK », qui consiste à former un cercle avec son pouce et son index, est normalement utilisé sous l’eau pour signifie que l’on va bien. La ligue anti-diffamation américaine (ADL) le classe depuis le 26 septembre parmi les symboles de haine, a repéré CNN.

Un symbole des suprémacistes blancs, selon l’ADL

L’ADL, une organisation non gouvernementale qui lutte contre les discriminations et la haine à l’encontre des personnes juives, tient à jour une liste des symboles qu’elle considère comme étant haineux. Elle en répertorie plus de 200 au total. On y trouve notamment des tatouages marquant l’appartenance à un gang, des gestes de reconnaissance racistes ou les bannières de groupes antisémites.

Le symbole « OK » a récemment rejoint ce registre. L’ADL précise qu’elle le considère comme un symbole haineux. Selon elle, cela daterait de 2017, lorsque des utilisateurs du forum 4chan l’ont utilisé «  en tant que symbole du pouvoir blanc ».

Capture d’écran de la liste des symboles tenue par l’ADL. // Source : ADL

« Utilisé par beaucoup de personnes à droite — et pas seulement des extrémistes — dans le but de nuire aux libéraux, il peut aussi être utilisé par des suprémacistes blancs », précise l’ADL, qui ajoute toutefois : « Il faudra se méfier du contexte lorsqu’on évaluera la portée de ce symbole. »

Il y a quelques mois, nous vous racontions en détail l’histoire de ce geste et son utilisation par l’extrême droite.

Un geste politisé dès 2015

Plusieurs personnalités politiques avaient été critiquées pour avoir fait ce geste en public, consciemment ou non. Ce fut le cas de Zina Bash (lien abonnés), une femme politique républicaine aux États-Unis, ou, en France, de Marine Le Pen. Cette dernière avait assuré à l’AFP qu’elle ignorait la signification cachée de ce geste, effectué sur une photo aux côtés d’un jeune néonazi.

Si l’ADL parle de 2017, le geste « OK » a en fait été détourné plus tôt. En 2015, des soutiens de Donald Trump et des figures d’extrême droite avaient commencé à l’utiliser comme signe de ralliement, lors de leurs apparitions publiques. D’après le site Know your meme, « Pizza party Ben », un conservateur pro-Trump qui s’est fait connaître grâce à des blagues sur Vine et Twitter, serait le premier à avoir lancé le mouvement, en avril cette année là.

Des personnalités conservatrices, complotistes ou connues pour leurs propos haineux l’ont ensuite reproduit.

Mème ou véritable symbole ?

Au départ, il s’agissait d’un symbole neutre, mais il serait devenu un symbole de haine pour certaines personnes. Cette explication fait débat. Certains expliquent qu’il s’agit plutôt d’une blague. Sur 4chan, des internautes se sont ainsi moqués des médias qui selon eux surinterpréteraient ce geste. Ils ont lancé dès 2017 « l’operation O-KKK » qui consiste, expliquent-ils, à « inonder Twitter et les autres médias sociaux avec des spams, déclarant que le signe OK fait avec la main est un symbole de la suprématie blanche. »

L’ADL est critiquée, car selon eux, elle n’aurait fait que plonger dans le piège tendu sur 4chan. L’histoire est même devenue un mème.

L’auteure de la chaîne YouTube ContraPoints expliquait en septembre 2017 comment les groupes politiques, notamment l’extrême droite, détournent des symboles à priori neutres. Ce fut le cas de la Croix de fer, décoration militaire devenue synonyme sous le IIIème Reich, ou, dans une toute autre mesure, de Pepe the frog, une grenouille verte passée de personnage de bande dessinée à mascotte politisée.

Pour elle, utiliser des symboles aussi neutres participe à décrédibiliser ses adversaires, qui verraient de l’extrémisme partout. À force d’en rire, ils ont cependant entériné cette double signification du geste « OK ». Il a été utilisé lors de rassemblements d’extrêmes droites ou par l’auteur de l’attentat de Christchurch lors de son procès — il avait également eu recours à d’autres mèmes comme la phrase « abonnez-vous à PewDiePie ».

Le dirigeant de l’ADL, Jonathan Greenblatt, a fait savoir à la BBC que la liste des symboles de haine était faite à destination du public, mais aussi «  pour les forces de l’ordre ». Celles-ci doivent en effet se former à reconnaître des symboles pour mieux identifier des groupes haineux.

C’est un véritable jeu du chat et de la souris entre la police et les groupes. Des objets tout à fait innocents sont détournés, comme la brique de lait qui peut marquer la supposée supériorité des blancs pour les suprémacistes. Pour s’en sortir, les forces de l’ordre s’appuient sur leur propre expertise, mais aussi celle d’organismes spécialisés dans la lutte contre la haine, comme l’ADL.

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