Dans une tribune, Tim Cook demande une sorte de RGPD à l'américaine. Une idée parfaitement en accord avec la stratégie Apple.

Le 16 janvier 2019, Digidays relatait dans ses colonnes l’expérience du New York Times avec la publicité en ligne en Europe. Le magazine américain a en effet coupé la publicité ciblée pour ses utilisateurs européens à la suite de la mise en place du RGPD. Le média est revenu à de la publicité plus traditionnelle, basée sur le contexte (la ligne éditoriale de l’article en cours de lecture), le pays ou des contrats gré à gré. Résultat : alors que l’adtech a longtemps estimé que le RGPD allait détruire le secteur en coupant l’accès aux données comportementales des internautes, le NYT n’a vu aucune baisse dans ses revenus. Mieux encore : ils ont augmenté.

Cette expérience qui remet en cause la nécessité publicité ciblée pour des publications de qualité, qu’on disait providentielle il y a encore quelques années, est une preuve de plus qu’il existe un autre moyen, plus respectueux de la vie privée des utilisateurs, de monétiser le web. Et ce n’est pas un hasard si Tim Cook, CEO d’Apple, a pris la parole en ce sens cette fois dans les colonnes du Time. Alors que la marque à la pomme s’est fait remarquer lors du CES 2019 par des affiches dans les rues de Las Vegas mettant en avant le respect de la vie privée des utilisateurs de ses produits, le dirigeant s’est mis en tête de porter le débat au niveau politique.

Du bon encadrement de la collecte de données, par Apple

Dans le Time, Cook énonce alors, à l’américaine, une solution prête à déployer en quatre points.

  • « D’abord, le droit à ce que la collecte des données personnelles soit la plus minime. Les entreprises devraient redoubler d’efforts pour masquer les informations permettant d’identifier un consommateur, ou ne pas les collecter  ».
  • « Ensuite, le droit de savoir — savoir ce qui est collecté et pourquoi ça l’est ».
  • « Troisièmement, le droit d’avoir un accès. Les entreprises devraient rendre simple l’accès aux données de leurs utilisateurs, leur permettant de les supprimer ou de les corriger  ».
  • « Quatrièmement, le droit à ce que les données soient en sécuritésans quoi la confiance est impossible  ».

En d’autres termes, le dirigeant d’Apple souhaiterait que les États-Unis apprennent de ses produits pour créer une loi encadrant la vie numérique de ses utilisateurs. Car si en 2018, Apple a été pointé du doigt comme étant en manque d’innovation, le géant, sous l’impulsion de Tim Cook, a semblé porter toute son attention à deux concepts ignorés par l’industrie et les investisseurs : mieux protéger les utilisateurs et rendre meilleure et plus responsable la consommation de produits technologiques.

Et ces deux principes sont fondamentalement innovants. Certes, ils ne rapportent pas plus d’argent et ne permettent pas d’entraîner des algorithmes avec des données ultra-précises — Siri, en retard, en sait quelque chose. Mais ils sont innovants au sens où ils portent une vision de l’avenir qui, petit à petit, fait son chemin auprès du grand public. Après les différents scandales liés à la vie privée depuis 2016, on s’étonne même que le business de la donnée, si risqué, soit encore pratiqué — les prochains scandales seront, à n’en pas douter, écologiques.

Le bon choix ?

Tim Cook. // Source : Fortune Global Forum

En 2019, Apple lance son année non pas avec un nouveau produit, mais avec une profession de foi renouvelée : l’entreprise ne deviendra pas un fournisseur de service reposant sur les données personnelles de ses clients. Plus encore, Tim Cook semble prêt à militer pour que les principes qui lui sont chers deviennent des lois et s’appliquent à l’ensemble des marques. Bien entendu, les propositions d’Apple coïncident avec un modèle d’affaires construit sur plusieurs années et ne mettront pas en péril leur activité — contrairement aux autres géants, Apple gagne surtout de l’argent en vendant des objets.

Mais on ne peut s’empêcher, alors que la deuxième voie du web semble être un modèle chinois peu respectueux de la vie privée face à une Europe qui a du mal à s’imposer, de voir un semblant de raison germer : et si le risque pris il y a quelques années par un retard technologique et financier était finalement la voie à suivre ?

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