Le régulateur des télécoms, tout en reconnaissant que la TNT reste un mode important d'accès à la télévision, observe son déclin. S'il ne veut pas présumer de son avenir, il invite à anticiper la suite des évènements.

La télévision numérique terrestre (TNT) est-elle vouée à disparaître ? Il est sans doute encore un peu trop tôt pour l’affirmer : cependant, force est de constater que son usage relatif est en train de décliner face à la montée en puissance d’autres modes de réception de la TV. À commencer par la distribution par Internet, c’est-à-dire via les réseaux ADSL et en fibre optique.

L’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes a publié le 20 juin un graphique éloquent, où l’on voit la part relative de la TNT passer de 67 % à pratiquement 50 % en l’espace de sept ans, tandis que celle de la télévision par IP (IPTV) a fortement cru sur cette période : elle atteignait 55 % en 2017, contre un peu plus de 21 % en 2010. Les deux courbes se sont d’ailleurs croisées l’an passé.

Bascule des usages.

Aux yeux du régulateur des télécoms, « la substitution de la TNT devrait se poursuivre à mesure que s’accroit le nombre de foyers éligibles à Internet haut et très haut débit », et du fait que l’accès à la télévision se fait beaucoup à travers les formules dites « triple play » des fournisseurs d’accès à Internet, qui mêlent à la fois un accès au réseau, une ligne téléphonique et un service TV.

Cette substitution pourrait avoir un avantage : libérer des fréquences additionnelles pour développer l’ultra haut débit mobile. Aux Échos, le président de l’ARCEP considère qu’il est «  inéluctable que les fréquences TNT basculent du côté des télécoms », du fait des usages changeants du côté de la télévision, mais aussi à cause du « quasi-doublement des volumes de données tous les ans ».

Sébastien Soriano note d’ailleurs que ce transfert de ressources immatérielles a eu lieu aux États-Unis, les fréquences de la TNT ayant été réattribuées aux opérateurs mobiles. « La 5G aura besoin de bandes supplémentaires. Si un jour les télécoms doivent reprendre celles de la TNT, comme cela s’est fait pour la 4G, c’est une décision qui doit être prise au niveau européen. Cette question va se poser en 2019 », observe-t-il.

S-Soriano
Sébastien Soriano, patron de l’ARCEP.

Reste que cette bascule devra se faire uniquement à la condition de trouver une solution de remplacement pour les personnes n’ayant accès qu’à la TNT. Dans un rapport publié le 22 mai, le Conseil supérieur de l’audiovisuel explique que la TNT « demeure cruciale » car « elle est l’unique mode de réception pour 24 % des foyers et sa gratuité en fait le mode de réception privilégié sur le poste secondaire ».

À ce sujet, quelques pistes sont esquissées par Sébastien Soriano : « à certains endroits, notamment les zones rurales, on pourrait, par exemple, permettre aux chaînes de passer plus rapidement par le satellite. […] Les réseaux télécoms peuvent accueillir le signal audiovisuel. Il faut recourir à un mix technologique pour apporter la télévision à tous ». Ce que l’on prend d’une main, on le rend de l’autre, en somme.

« Le sujet aujourd’hui, c’est de préparer l’avenir du secteur audiovisuel »

Outre la couverture du territoire, une obligation de la TNT, dont il faudra tenir compte si l’IPTV continue de se développer (ainsi que les autres types de diffusion, par câble et satellite), d’autres problématiques devront être adressées, comme celle, toujours délicate, du financement de la production audiovisuelle française — celle-ci étant aussi une obligation des chaînes TNT.

En la matière, même si ce n’est pas son domaine d’action, le président de l’ARCEP note que « de nouveaux cadres de financement sont en train d’être développés ». Ceux-ci ne sont peut-être pas suffisants et il faudra aller plus loin, car la TNT « est une peau de chagrin » et sa trajectoire laisse entendre «  qu’elle ne pourra pas durablement contribuer à financer [la création] comme elle le fait aujourd’hui ».

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