Mark Zuckerberg doit prendre ses responsabilités et cesser de se dérober : tel est, en substance, le message du Parlement européen et de la Commission européenne, alors que le PDG de Facebook est invité à venir en Europe pour s'expliquer sur le scandale Cambridge Analytica.

La deuxième tentative sera-t-elle la bonne ? Alors que Mark Zuckerberg vient de sortir de deux séquences politiques délicates au cours desquelles il a dû s’expliquer en personne devant des membres de la Chambre des Représentants et du Sénat aux USA à propos du scandale Cambridge Analytica, le patron de Facebook a reçu une seconde invitation de la part du Parlement européen.

La représentation du Vieux Continent souhaite en effet que le PDG du réseau social se présente devant les parlementaires pour qu’il réponde à certaines questions sur cette affaire mais aussi, plus généralement, sur les pratiques du site communautaire et sur le nouveau cadre qui est en train d’être mise en place dans les vingt-huit pays membres avec le Règlement général sur la protection des données.

La requête est venue cette fois des chefs des partis politiques présents au Parlement, fait savoir le site EurActiv.

Elle vient ainsi soutenir une précédente demande formulée en mars par Antonio Tajani, qui est le président de l’instance parlementaire. « Nous avons invité Mark Zuckerberg au Parlement européen. Facebook doit clarifier devant les représentants de 500 millions d’Européens que les données personnelles ne sont pas utilisées pour manipuler la démocratie », a-t-il annoncé le 20 mars.

À cette invitation, Facebook avait répondu en proposant plutôt de dépêcher à la place Joel D. Kaplan, l’un des vice-présidents du site communautaire dont la responsabilité porte sur les politiques publiques de l’entreprise. Cette offre avait été déclinée par le Parlement : « la conférence des présidents n’est pas intéressée, elle réclame le fondateur de Facebook », avait expliqué une porte-parole d’Antonio Tajani.

Si d’aventure Mark Zuckerberg prenait ses responsabilités et répondait positivement aux requêtes européennes, l’intéressé ferait alors face, comme aux États-Unis, à une commission mixte extraordinaire, avec des représentants des commissions libertés civiles, justice et affaires intérieures (LIBE), affaires juridiques (JURI), affaires constitutionnelles (AFCO) et industrie, de la recherche et de l’énergie (ITRE).

Le scandale Cambridge Analytica a relativement peu touché l’Europe. Comme le rappelle la Commission nationale de l’informatique et des libertés, cette affaire a affecté 87 millions de personnes dans le monde, mais 80 % des victimes sont des citoyens américains. En ce qui concerne la France, on évalue à environ 210 000 le nombre de personnes dont les données privées ont effectivement été aspirées.

Cela étant, même si Cambridge Analytica n’a que peu impacté la population européenne, le sujet qui est derrière concerne la sécurité et la confidentialité des données personnelles, leur monétisation mais aussi leur manipulation pour des finalités pas toujours très claires, voire cachées. C’était notamment le sens du message publié il y a a quelques semaines par Antonio Tajani.

C’est pour ces raisons d’ailleurs que la Commission européenne soutient la requête du Parlement. « J’ai conseillé à Mme Sandberg [la numéro deux de Facebook, ndlr] que M. Zuckerberg devrait accepter l’invitation du Parlement européen », a déclaré Věra Jourová, la commissaire européenne à la justice et aux consommateurs, après avoir eu un entretien téléphonique avec Sheryl Sandberg.

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