Le #UnfollowAMan day encourage chaque année les femmes à se désabonner d’un homme sur Twitter. Oui, c’est un peu absurde. Mais, c’est aussi une manière de s’interroger : qui fait le contenu que l’on consomme en ligne ? C’est le thème de la newsletter Règle 30 cette semaine.

Si vous travaillez dans un bureau, l’été est souvent une période d’un ennui mortel. C’est peut-être ce qui motive Katie Notopoulos, alors journaliste pour le média américain BuzzFeed News, à tweeter le message suivant, le 27 juillet 2014 : « aujourd’hui c’est la journée #UnfollowUnHomme. Choisissez un homme que vous en avez marre de voir dans votre fil d’actualité, et désabonnez-vous de son compte.« 

Cet article est extrait de la newsletter #Règle30, qui est envoyée tous les mercredis à 11h. 

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Dans un article publié quelques jours après, elle donne plus de détails sur sa démarche, en révélant qu’elle a carrément retiré tous les hommes de sa liste d’abonnements Twitter. Elle s’est inspirée d’une autre expérience, cette fois-ci menée par l’entrepreneur Anil Dash, qui avait lui décidé de ne retweeter que des messages écrits par des femmes pendant un an. « Anil voulait changer le genre des choses qu’il amplifiait », précise-t-elle. « Moi, je veux modifier le genre des choses que j’écoute. » 

L’opération était typique d’une époque où 1) Twitter était un réseau social influent et 2) on mélangeait allègrement les intentions réelles et le troll (« Unfollower un homme c’est comme manger des Pringles, tu ne peux pas te contenter d’un seul !« , écrit Katie Notopoulos). Elle touchait cependant à une vérité qui a soulagé pas mal de femmes, et qui a agacé énormément d’hommes. Les réseaux sociaux, parfois qualifiés de « nouveaux médias », sont autant le royaume des mecs que les médias traditionnels.

Honnêtement, à quoi ça sert de quitter Twitter si c'est pour retrouver autant d'hommes ailleurs ? (Marie Turcan est la rédactrice en chef de Numerama)
Honnêtement, à quoi ça sert de quitter Twitter si c’est pour retrouver autant d’hommes ailleurs ? (Marie Turcan est la rédactrice en chef de Numerama)

Depuis 2014, je respecte scrupuleusement le #UnfollowAMan day sur tous les réseaux sociaux que je fréquente. Cette année, j’ai unfollow un homme sur Mastodon pour la première fois ! C’est évidemment plus un symbole qu’un changement radical. Je n’ai jamais retiré tous les hommes de mes abonnements en ligne, ne serait-ce que parce que ça me prendrait trop de temps (et parce que j’apprécie certains d’entre vous, promis).

Mais, j’y vois des similitudes avec les déclarations d’Alice Coffin qui, dans son essai Le Génie lesbien (Grasset, 2020), encourageait à privilégier les œuvres d’artistes femmes. J’avais moi-même fait le test, en arrêtant complètement de lire des livres écrits par des hommes pendant un an. L’idée n’était pas d’affirmer mon désintérêt soudain pour tous les auteurs. Au contraire, avant cela, j’en lisais davantage que des autrices. Cette expérience m’a justement forcée à réfléchir aux raisons de ce déséquilibre.

Arrêter de suivre un seul homme ne changera pas votre monde, ni le sien

Dans la littérature, on peut (entre autres) pointer du doigt le fonctionnement du milieu de l’édition pour expliquer la surreprésentation des hommes en librairies et sur nos tables de chevet. Les grandes plateformes, elles, refusent de se définir comme des médias. En revanche, elles effectuent bien un travail d’éditorialisation : elles décident qui a le droit d’utiliser leur porte-voix (parfois pour d’excellentes raisons, comme dans la lutte contre la haine), et qui sera davantage mis en avant par leurs algorithmes de recommandation.

S’ajoutent à ces enjeux politico-techniques d’autres aspects incontrôlables par les réseaux sociaux, qui influencent tout de même nos expériences (par exemple, on valorise plus les corps minces que les corps gros). Tout le monde n’a pas les mêmes chances d’écrire un livre et d’être publié·e. Tout le monde n’a pas non plus les mêmes chances de devenir populaire en ligne, en fonction de son genre, son capital économique, sa couleur de peau, etc. 

C’est pour cela que j’aime le #UnfollowAMan day. Bien sûr que c’est un peu crétin. Mais, est-ce vraiment plus absurde que de ne voir que des hommes sur ses fils d’actualité ? Dans un web où les algorithmes remplacent de plus en plus nos choix, j’aime me rappeler que j’ai encore un peu le contrôle. Sur les chaînes YouTube que je suis, les podcasts que j’écoute, les streams Twitch que je regarde, les newsletters que je lis (hum), les pouets et les tweets et les snaps et les posts Insta que je fais défiler sans trop y réfléchir. Moi aussi, j’ai un pouvoir d’éditorialisation, et surtout un devoir de curiosité. Si les livres font mon imaginaire, les réseaux sociaux sont mon divertissement et mes informations quotidiennes. Arrêter de suivre un seul homme ne changera pas votre monde, ni le sien. Alors, qu’est-ce qui vous empêche de le faire ?

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