D'après la Lettre A, Free aurait déposé un recours auprès du Conseil d'État pour s'opposer à la validation de Salto par l'Autorité de la concurrence. Mais pourquoi la plateforme de SVOD française génère-t-elle tant d'animosité ?

Salto n’a pas que des amis. Selon les informations de la Lettre A (lien payant), publiées le 26 février 2020, Free aurait déposé un recours auprès du Conseil d’État pour s’opposer à la validation de la plateforme française de vidéo en streaming.

Après des mois de zone de flou, l’Autorité de la concurrence a validé la création de Salto en août 2019. Il doit s’agir d’une plateforme de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) qui proposera aussi du replay et de la diffusion de chaînes en direct, pour un tarif pour l’instant inconnu. Or, c’est sur ces derniers points que l’opérateur français Free semble être le plus préoccupé.

Salto est le produit de la volonté des trois grands groupes audiovisuels français : TF1, M6 et France Télévisions. Aujourd’hui, il s’agit d’une entreprise indépendante dont les trois ne sont officiellement qu’actionnaires — bien que, par exemple, le développement de la plateforme technique ait été confié à Bedrock, une filiale de M6.

Quelles sont les craintes de Free ?

Au moment de valider le projet, l’Autorité de la concurrence a imposé de nombreuses contraintes aux trois groupes afin d’éviter tout favoritisme à l’égard de Salto et pour se prémunir de pratiques qui pourraient être jugées anticoncurrentielles — à l’époque, nous évoquions combien ces barrières allaient ralentir l’affirmation de Salto, alors que les plateformes américaines sont déjà bien installées dans le paysage français et ne cessent de gagner des abonnés.

Mais ce n’est pas assez, estime Free, qui craint un «  cartel vis-à-vis des distributeurs », comme il l’a déjà mentionné dans une lettre adressée à l’Autorité de la concurrence, révélée par Électron Libre en juillet. Selon Free, M6, TF1 et France Télévisions représenteraient « 80 % de l’audience » française aujourd’hui. L’opérateur craint que les trois groupes audiovisuels ne favorisent Salto au moment de fixer les prix de vente de leurs chaînes.

Il convient de noter qu’à son lancement en juin prochain, Salto sera uniquement en OTT : cela signifie que l’offre ne sera pas accessible sur les box Internet.

Le logo de Free

Cela fait plusieurs années que les chaînes et les distributeurs sont en conflit, depuis que TF1 et M6 ont commencé à demander aux opérateurs de les rémunérer pour avoir le droit de diffuser leurs contenus et leur replay — alors que ces chaînes sont pourtant gratuites sur la TNT et via Internet.

Y a-t-il vraiment un risque pour que France Télévisions, M6 et TF1 décident de ne diffuser leurs chaînes que sur Salto, et plus via Free, Orange et SFR ? Cela semble improbable au vu du nombre de Français et Françaises attachés à leur box.

Y a-t-il un risque que France Télévisions, M6 et TF1 choisissent de faire payer plus cher aux opérateurs la diffusion de leurs chaînes ? L’Autorité de la concurrence a normalement mis des garde-fous en obligeant que les conditions des trois groupes soient «  objectives et non discriminatoires » entre les différents acteurs. Ce qui n’empêche pas Free de craindre que les trois groupes s’associent pour gonfler artificiellement leurs tarifs et donc contraindre les opérateurs à payer plus.

Nous avons contacté Iliad, la maison-mère de Free, qui n’a souhaité faire de commentaire.

C'est sûr : vous payez votre forfait 4G trop cher

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