Amazon a communiqué à ses employés de Whole Foods Market une vidéo qui s'assimile grandement à une campagne anti-syndicale. Elle enseigne, entre autres, à ses responsables comment reconnaître les « signaux d'alerte » de la création d'un syndicat.

Amazon n’est pas connu pour sa grande préoccupation à l’égard des conditions de travail de ses employés. Le géant se serait peut-être passé de la fuite d’une de ses vidéos de formation.

Cette vidéo de 45 minutes a été obtenue le 26 septembre 2018 par le média américain Gizmodo via une source anonyme — Amazon a confirmé que c’était une vidéo maison, mais a estimé que le média avait repris des « points particuliers  » pour construire une histoire dramatisée. Nos confrères ont alors demandé à Amazon de diffuser la vidéo complète afin que chacun se fasse son idée — ce qui n’a pas été fait. Elle était à destination des employés de Whole Foods Market, une entreprise alimentaire rachetée par Amazon en juin 2017.

Une campagne agressive et dissuasive

Cette vidéo de 45 minutes à l’attention des employés de Whole Foods Market contenait tous les éléments laissant penser à une campagne anti-syndicale. Gizmodo a choisi de ne pas publier la vidéo pour protéger l’anonymat de la personne l’ayant divulguée mais quelques extraits ont été partagés par le site.

La vidéo prend la forme d’une animation dans un centre de traitement. Le narrateur affirme qu’Amazon « n’est pas anti-syndicat mais n’est pas non plus neutre. » Selon la compagnie, les syndicats ne seraient pas dans l’intérêt des clients, des actionnaires et de ses associés. La raison ? Leur modèle économique. Construit sur la vitesse, l’innovation et l’obsession du client, il ne serait pas compatible avec un syndicat.

« Lorsque nous perdons de vue ces domaines essentiels, nous mettons en danger la sécurité de l’emploi de tous : la vôtre, la mienne et celle des associés », affirme la vidéo. Au diable donc le droit des travailleurs, puisque la vitesse et la satisfaction du client conditionnent les emplois.

Extrait de la vidéo, les T.I.P.S sont les stratégies que les responsables ne doivent pas suivre // Source : Gizmodo

Gizmodo poursuit par la section 4, celle des « signaux d’alerte », ceux qui indiqueraient, en vérité, la formation d’un syndicat. L’usage de mots tels que « délégué syndical », « salaire décent » ou encore la distribution de tracts, le port de t-shirt syndicaux, l’intérêt pour le droit des salariés… La liste semble longue et non-exhaustive. Les responsables sont ensuite entraînés à reconnaître ces « signaux d’alerte ».

La vidéo atteint son paroxysme lorsqu’elle rappelle aux responsables qu’il ont le droit de donner leur opinion sur les syndicats devant leurs employés. Cette opinion peut être nuancée ou forte comme assimiler les syndicats à « des rats menteurs et trompeurs. » Une liberté d’expression qui instaurera sans aucun doute un climat de confiance entre les employeurs et les employés.

« Ils vous rendront le travail aussi difficile qu’il est humainement possible de l’être. »

Se refusant à tout commentaire, un porte-parole d’Amazon a tout de même déclaré auprès de Fortune qu’ils restaient perplexes et ne comprenaient pas pourquoi Gizmodo s’opposait à une entreprise souhaitant «  mieux impliquer ses employés, former des centaines de managers pour maintenir un dialogue ouvert et direct avec ses collaborateurs, et créer des canaux pour promouvoir l’innovation au nom de ses clients dans un environnement attentif et inclusif.  »

Des propos que l’on retrouve dans la vidéo : elle affirme que l’entreprise préfère un dialogue direct entre employés et responsables plutôt qu’avec un syndicat au milieu. Une simple devanture d’après les témoignages recueillis par Gizmodo. Un ancien employé dans un centre de traitement dans l’Indiana a ainsi déclaré qu’Amazon « prétend qu’ils ont cette politique de la porte ouverte mais quand vous essayez de l’emprunter, au lieu d’être autorisé à entrer, vous êtes piégé. » En vérité, il n’existerait même aucun dialogue. «  Si vous êtes quelqu’un qui parle et ils vous rendront le travail aussi difficile qu’il est humainement possible de l’être. »

Pour Amazon, la rémunération des employés et tous les avantages sociaux fournis sont suffisants pour justifier ce rejet du syndicalisme.

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